Les disparitions d’Annaëlle Faier

Aujourd’hui, je vous parle d’un coup de coeur, que dis-je ? non, un coup de foudre doublé d’un coup de bambou serait plus juste. Il s’agit du roman Les Disparitions d’Annaëlle Faier de Jean-Noël Sciarini, paru jeudi chez l’Ecole des Loisirs, dans la collection Médium.



 » Je m’appelle Annaëlle Faier, j’ai quinze ans, et je suis une superhéroïne. Oui, une superhéroïne, comme tous ces types un peu ridicules moulés dans leur combinaison en latex. Evidemment, tout comme eux, j’ai un superpouvoir. Sauf que le mien est loin d’être super. Car je suis une superhéroïne inversée. En somme, mon pouvoir n’est pas un don, mais une malédiction… « 

Voilà les premiers mots de ce texte à couteaux tirés. Son pouvoir, ce sont les disparitions. Elle fait tout disparaître : les objets divers, mais surtout les sentiments, à commencer par l’amour de son amoureux et celui de ses parents, et tout ça le même jour. La métaphore de la disparition guide alors sa plume, celle de cette fille de papier qu’on suit à travers son journal. On souffre avec elle, on apprend avec elle, on sourit parfois avec elle, mais surtout on grandit avec elle. Annaëlle a besoin de l’écriture pour supporter la réalité. Sa réalité, c’est un loup hurlant et dévorant, qu’elle contient à l’intérieur, communément nommé la dépression. Et mon coup de foudre est là : cette adolescente qui survit à ses maux par les mots. Cette idée que l’écriture apaise, aide, défoule, je m’y retrouve complètement.

Et nous voilà au coup de bambou : l’écriture, le style de l’auteur. Si en littérature jeunesse, on trouve souvent l’intention, et on s’en réjouit chaque jour davantage, il est plus rare de trouver le style. Et là, nous y sommes réellement. C’est vif, sans concession, piquant, plein de répartie. La mise en abyme de l’écriture, les jeux de mots, l’ironie, le sarcasme parfois, la profondeur des réflexions d’Annaëlle :  tous les ingrédients stylistiques qui donnent du corps et de l’âme à un texte. Tout y est.

Sur son chemin, elle va rencontrer l’Amitié bien sûr, la vérité aussi. Elle basculera alors dans la magie : celle des apparitions, à savoir de nouveaux sentiments, de nouveaux liens, une nouvelle façon de vivre et de percevoir les choses. Avec plus de sourires. L’ennemi du loup se nomme la Consolation.  Et l’écriture, toujours, qui la guide sur le chemin de la guérison, voire de la résilience. On s’en réjouit et on veut une suite ! Et puis, il y a cette théorie, si juste à mon sens, sur le lien que nous entretenons avec les livres, ceux qu’on lit et ceux qu’on écrit :  » ces combinaisons de mots qui n’existaient pas et que tu as fait apparaître jour après jour sous l’impulsion de ta souffrance, de tes doigts, et aussi, ne l’oublie surtout pas, de tes plus grandes espérances « .

Je finis cet article par des mots qui m’ont particulièrement touchée :  » Je crois qu’il existe pour chacun de nous un livre qui nous est destiné. Et non seulement je crois qu’il existe un livre pour chacun de nous, mais aussi que son auteur l’a écrit, si l’on peut dire, en pensant à nous. Et qu’il sera aussi précieux pour nous de le lire que pour l’auteur de le savoir lu par la personne à qui il est destiné… » Merci Monsieur Sciarini.

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8 réponses à Les disparitions d’Annaëlle Faier

  1. Ping : Ces romans en or, Des pépites ? |

  2. C’est un très joli billet 🙂 ♥

  3. Ping : En janvier, on a préféré … | A l'ombre du grand arbre

  4. bouma dit :

    trop envie de le lire à cause de vous !!!

  5. Pépita dit :

    Faut que je le lise celui-là ! La façon dont tu en parles me touche particulièrement, comme si elle m’était elle aussi destinée…Je m’y retrouve aussi complétement…Merci !

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