Première fois

Rentrée littéraire oblige, une quantité quasi vertigineuse de parutions depuis fin août ! Un régal pour les passionnés gourmands de lecture, mais aussi parfois un casse-tête pour s’y retrouver, non ? Aujourd’hui, j’ai choisi 4 romans qui ont un point commun : ce sont des premières oeuvres. Parce que la littérature jeunesse, c’est aussi de nouveaux talents qui émergent et qu’on a envie d’encourager !

 pensée  Pensée assise de Mathieu Robin, Actes Sud Junior, 2015.

Suite à un accident de voiture, Théo est en fauteuil roulant pour le restant de ces jours. Deuil, colère, acceptation. Et l’humour comme bouclier. Jusqu’au jour où l’amour, sous les traits de la pétillante Sofia, fait irruption dans sa vie. Théo ne désire qu’une chose : être à la hauteur, aux sens propre et figuré. Des tas d’idées loufoques et une volonté de fer le mèneront…à la paralysie affective.

Pensée assise est avant tout un court métrage scénarisé par Mathieu Robin en 2005 et novélisé pour Actes Sud Junior. Pas toujours simple d’évoquer le handicap d’un ado, et pourtant beaucoup d’humour et de tendresse dans ces quelques pages. Se dépasser pour soi et l’autre, se construire dans la différence, aimer sans condition. Mention spéciale à la couverture. L’avis de Pépita.

 sauvageCoeur Sauvage de Fabien Fernandez, Collection aventures, Oskar éditeur, 2015.

Johann, ado moscovite, perd son grand-père avec qui il avait une relation vraiment tendre et forte. Ses parents ne s’en préoccupent pas, et pris de colère il s’enfuit. En quête de vérité, il part en pèlerinage affectif sur les traces de Papi Vassily. Des enfants des rues, les Bezprizorni, à certains membres inconnus de sa famille, en passant par la jolie Yulia, Baba Yaga et sa rencontre avec le tigre de l’amour : comment s’en sortira-t-il ?

Ecrit à la première personne, très bien documenté, ce roman embarque le lecteur pour une aventure dans des paysages reculés et des traditions vraiment passionnantes ! De la musique, des coutumes, le transsibérien, les légendes et poèmes, tout est voyage dans ces pages. Je connaissais un peu les illustrations de Fabien Fernandez, je découvre son autre plume et j’en suis ravie ! Un voyage qui révèle un personnage bien au-delà de ce qu’il pensait. Une très belle réussite ! ***coup de coeur*** Embarquez, vous aussi ! 

 DeCapesEtDeMots-204x300De capes et de mots de Flore Vesco, Didier Jeunesse, 2015.

Serine est une jeune fille qui n’a pas sa langue fantaisiste dans sa poche et plus d’un tour de passe-passe dans son sac. Alors quand elle se présente pour devenir demoiselle de compagnie d’une reine tyrannique et sournoise, c’est une promesse d’aventures et de rire ! Elle va semer la zizanie à tout-va sans se douter que quelques personnes ne lui veulent pas du bien. Sa joie de vivre et ses inventions langagières seront ses plus grands atouts !

Quand vanité, manipulation, trahison et mensonge perdent le duel face à l’inventivité, les idées brillantes, la répartie et les mots qui font mouche ! Mais quelle drôlerie et quel personnage ! Un brin impertinente, la couverture nous rappelle… Fantômette ! Un tourbillon de rebondissements, un humour décapant, de la créativité et des néologismes dans tous les sens : un premier roman jubilatoire ! ***coup de coeur***. A lire d’urgence pour muscler ses zygomatiques ! 

La pyramide des besoins humains de Caroline Solé, pyramide

collection Médium,  Ecole des loisirs, 2015.

Christopher est un ado SDF au coeur de Londres. Un jour, devant une vitrine, il tombe sur une publicité annonçant le nouveau jeu de télé-réalité : la pyramide des besoins humains. Le principe est simple : 5 catégories de besoins, 15 000 candidats, 5 semaines, un texte de 500 mots et vidéo/photo, le vote du jury. Il s’appelle Christopher, porte le n°12 778, et dans 5 semaines il deviendra célèbre.

Une fulgurante ascension virtuelle comme un pied-de-nez à la société qui laisse ses gosses dans la rue. Roman court, juste et bien écrit, comme un regard critique sur la société de consommation, la superficialité des médias, le voyeurisme, les réseaux sociaux. Et surtout une vraie réflexion sur la vie des SDF et nos besoins fondamentaux. Pas de pathos, beaucoup d’acuité pour un premier roman maîtrisé. Une auteure à suivre. Les avis de Bouma et Nathan.

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Et si demain…

La prochaine édition du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, en décembre à Montreuil, aura pour thème : Pour de vrai, pour de faux : réel et fiction. Aujourd’hui, je vous propose des livres qui questionnent ce rapport : un recueil de nouvelles d’anticipation et des romans réalistes.

et si demain Et si demain… de Michel Piquemal, collection Place du marché, éditions Le Muscadier, 2015.

Imaginez un monde où les états seraient remplacés par un gouvernement de multinationales. Imaginez que l’on puisse effacer les mauvais souvenirs. Imaginez qu’on trouve un moyen imparable de séduction. Imaginez le mariage sur critère génétique. Imaginez l’école exclusivement en ligne. Imaginez le retour des jeux du cirque. Demain, l’enfer à portée de main.

Michel Piquemal invite son lecteur à utiliser son temps de cerveau disponible et aiguiser son sens critique. Onze nouvelles bien flanquées, efficaces, brutes, cinglantes. Ironie salutaire pour une collection indispensable et intelligente. A découvrir avant que la fiction ne dépasse la réalité.

Comme une envie de voir la mer d’Anne Loyer, mercollection tertio, Alice éditions, 2015.

Imaginez que vous êtes une jeune fille de 16 ans, brillante, jolie, entourée, le bac en poche et l’avenir tout tracé. Imaginez qu’un simple appel téléphonique va tout envoyer valdinguer. Imaginez que ce qui se terre et se tait depuis toujours en vous s’emballe comme une fulgurante colère. Imaginez que dans votre fuite vous embarquiez votre frère handicapé et angoissé pour aller voir la mer.

Roman sensible et crédible où les secrets de famille et l’amour filial dévastent tout. Anne Loyer brosse le portrait d’une ado en recherche de soi, de ses origines, et un lien fraternel fort et beau parce qu’authentique et pas acquis. Comme une envie de voir la mer(e) ou l’importance d’assumer tous les choix. ***coup de coeur***. Les avis de Pépita et Alice

peauLa peau d’un autre de Philippe Arnaud, collection X’prim, éditions Sarbacane, 2012.

Imaginez que depuis votre naissance, on ait tout choisi à votre place, y compris la couleur de votre peau. Imaginez qu’au bout de 20 ans, vous réalisiez ça et que vous décidiez alors de montrer au reste du monde qui vous êtes. Comment ? En prenant une classe de maternelle en otage, mitraillette et ceinture d’explosifs.

Roman à trois voix : celle du terroriste, celle de l’institutrice, celle d’une enfant. Une lecture sous tension pour un roman uppercut ! Une construction en huis-clos, mêlant passé et présent, focalisation interne : le lecteur est embarqué directement. Décidément, la collection X’prim a l’art et le talent d’éditer des romans dont on ne sort jamais indemne. ***coup de poing***

Le bureau des objets perdus de Catherine Grive, objetcollection doado, Rouergue, 2015.

Imaginez que depuis toujours, vous perdiez tout, absolument tout. Pas une simple étourderie, quasiment une façon de vivre. Vous en riez parfois n’hésitant pas à solliciter l’aide de vos proches. Jusqu’au drame : vous avez perdu votre blouson fétiche !

Ce qui pourrait être une histoire légère d’ado un peu superficielle est un révélateur : elle fuit les conflits entre ses parents, elle fuit le chômage paternel, elle est en quête d’elle-même. Et pour une fois, elle va chercher seule. Emancipation. Ce blouson, qui lui donne tant confiance en elle, cadeau de son oncle menteur et fantasque, symbolise son rapport à l’espace, au temps, aux êtres. Une sorte d’hommage à la valeur sentimentale qu’on donne à nos objets. Les petits riens qui changent tout. L’avis de Pépita.

50979Le jour d’après de Christophe Léon, Thierry Magnier, 2014.

Imaginez que vous êtes une lycéenne qui souhaite que son père arrête de battre sa mère. Imaginez que vous êtes un jeune brillant dont la passion est de photographier les objets qu’il vole aux gens dans le métro. Imaginez que vous êtes un septuagénaire ronchon dont les enfants tentent désespérément d’enfermer en maison de retraite. Vous allez vous rencontrer, et après…?

Construction narrative dramatique menée de main de maître, suspens, rythme rapide, personnages se dévoilant peu à peu : un roman fort et cohérent. Une fin redoutablement efficace qui ne laisse pas indifférent. Un bel exemple de jeunesse forte et vive. ***coup de coeur***

 » L’une des ambitions premières du roman sera de saisir l’expérience humaine à travers la fiction.  » André Malraux.

Bonus adulte : Et si demain, je lisais ma toute première bande dessinée ? Ce serait sur les conseils de mes amis, ils se reconnaîtront, et ce serait Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé, éditions Delcourt, 2015.

pas toiImaginez que vous allez devenir père pour la seconde fois. Imaginez que jusqu’à la naissance, vos angoisses s’apaisent, puisque le corps médical vous dit que tout va très bien. Jusqu’à la rencontre avec votre petite fille. Une petite fille pas comme les autres. Et ce diagnostique qui dit comme un gros mot : trisomie 21.

Autobiographique, et très graphique, c’est le récit émouvant d’un père pas comme les autres. Difficile chemin de traverse, semé de doutes, peurs et bonheurs inattendus. Drôle, tendre, sincère. A lire.

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La langue des bêtes

Voilà 15 jours que je l’ai refermé, 15 jours que je cherche les mots. La plume bouleversante de Stéphane Servant a une nouvelle fois opéré, dans la collection Doado au Rouergue.

105915812 Un chapiteau de cirque dézingué au fond d’un bois, entre un village et une grande ville éclairée. La piste aux étoiles ne brille plus, les saltimbanques isolés et usés, les animaux errant parmi des voitures fracassées, le puits aux anges déchus. Seuls les yeux de la Petite restent éclairés, nourris d’histoires et de légendes, avalant les mots trouvés dans les livres, et ceux que lui content le Père aux mains d’ogre, Belle la mère trapéziste-funambule, Colodi et sa marionnette, Pipo le clown et son lion Franco, Major Tom le nain. Une famille. Une famille cabossée, une famille hors norme, une famille en résistance.  » Il faut continuer à tisser. Peu importe le motif, Petite. L’important, c’est que la couverture soit chaude et douce et que tu puisses t’y blottir quand le froid est tout autour. Il faut tisser, Petite. Nous sommes là pour ça. » No pasaran.

Une expulsion pour cause de construction routière. La Petite découvre l’école, les enfants et leur cruauté, un monde civilisé qu’ils disaient. Un instituteur-poète et des mots. Des maux. La chute. Fatalement. Irrémédiablement. « Parce que parfois les mots s’imposent à notre esprit comme des augures et que dès lors nous sommes soumis à leur seule volonté. Et c’est peut être là qu’ils acquièrent leur vraie magie : quand nos propres mots nous submergent et font de nous des marionnettes de papier. » 

« Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer ». Stéphane Servant nous rappelle avec humilité et poésie combien le monde a oublié ce que disent les histoires, ce qu’est la langue des bêtes, son pouvoir universel et sa beauté, ce qu’est l’Amour. La Petite, c’est vous, c’est moi, c’est la convocation immédiate de l’enfant intérieur que nous sommes. Ses mots, qu’on avale et qui nous happent, entre ombre et lumière, viennent murmurer, gratter, appuyer, vibrer, tendre et tisser à l’intérieur, dans une lenteur savoureuse. A travers ce roman sublime et maîtrisé, on perçoit l’intime, le beau, le fragile, l’essentiel. Tout, absolument tout de la couverture-photo de l’artiste Laura Makabresku, au titre, en passant par les personnages, l’intrigue, le décor et le style si romanesque, si subtil, si poétique, est une invitation au voyage, à l’abandon, à l’imaginaire : de la Grande Littérature. Désormais, il y aura pour moi un avant/après La Langue des Bêtes. 

… And I’m floating in a most peculiar way, And the stars look very different today…

Un de mes plus beaux moments de lectrice : une évidence, un rendez-vous, une émotion rare. Certaine qu’on en parlera encore longtemps.

Merci Monsieur Servant.

Mes copinautes Pépita, Céline et Kik bouleversées aussi.

 

 

 

 

 

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Swap de l’évasion !

A l’ombre du grand arbre, nous avons nos rituels. A l’aube de notre second SummerBookCamp, nous avons organisé un swap d’été. A la veille de la première édition de Lire en Short, nous avons choisi l’évasion !

ma swappeuse est...bretonne !

ma swappeuse est…bretonne !

je suis super gâtée !

je suis super gâtée !

Au moment où j’écris ce billet, je dévore des petites étoiles car ma swappeuse a misé sur les étoiles pour m’évader…et elle a bien fait !

Que de trésors !

Que de trésors !

Allez je vous révèle le contenu en détails : Une Etoile dans le coeur de Louis Atangana, Sans la télé de Guillaume Guéraud, Histoires de la Maison qui voulait déménager d’Hervé Walbecq, l’intégrale magistrale Tobie Lolness de Timothée de Fombelle, et Et je danse, aussi d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. Une jolie pochette étoilée cousue main, une étoile cousue main aussi pour accrocher mes clés, des bonbons en forme de coeur et d’étoile, et… une brosse à dents ! Alors avez-vous deviné qui me l’a envoyé ?

C’est bien sûr Kik ! Alors un IMMENSE MERCI chère copinaute pour tous ces romans à lire, ces découvertes, ces gourmandises, ces petits cadeaux ! J’ai de quoi m’évader tout l’été et lire en short à l’ombre du grand arbre !

Bel été à tous et toutes ! Bonnes vacances ! Travaillez moins et lisez plus !

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Des dragons et des licornes

Des créatures fantastiques ou extra-ordinaires, il y en a depuis la nuit des temps. Des sirènes d’Homère aux loups-garous de Tolkien, en passant par les fées de Shakespeare et Falcor de Michael Ende. La littérature jeunesse contemporaine n’en est pas avare non plus. Aujourd’hui, je vous parle de dragons et de licornes avec 4 albums pour rêver et rire !

Les 3 dragons de Lucie Vandevelde, éditions les Minots. téléchargement

Imaginez 3 frères dragons des mers : Etoile du Nord, méchant, avare et fasciné par tout ce qui brille, Pierre de Lune, le plus beau qui utilise son élégance comme subterfuge, et enfin Fleur de Sel, le plus drôle, végétarien qui s’amuse et rit beaucoup. Ajoutez une reine des ténèbres, Gandevelour, manipulatrice et prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut. Si vous tendez l’oreille, vous entendrez aussi un harmonica, un accordéon et une trompette. Voguez sur les mers d’Islande en compagnie de Barbe Rouge, sur la mer blanche d’Alaska et ses poissons volants, et faites éternuer tous les poissons de tous les océans. A vous de découvrir la suite…

Quand Lucie Vandevelde prend la plume et ses doigts de fée, ça donne un album à l’italienne grandiose ! On plonge dans les profondeurs avec délice, on se noie dans les couleurs éclatantes, on respire les minutieux détails. L’univers graphique de Lucie est vraiment reconnaissable, original, chatoyant, et invite au voyage des yeux dès la couverture. Mais son imagination chante aussi avec les mots, la langue et les sons. On sent une grande liberté de l’artiste dans ces pages, et on en redemande ! Les éditions les Minots ont eu la brillante idée de publier un carnet d’artiste : Au Pays des Dragons : créer, inventer, lire, écrire, imaginer, dessiner, chercher, voyager, coloriser, c’est à vous d’entrer dans les illustrations et de faire vôtre cet univers. Quelle belle idée ! ***double coup de coeur***

téléchargement (1)Corne de licorne & pet de dragon de Claire Ubac, illustré par Irène Bonacina, Albin Michel Jeunesse.

Quand une licorne à toute petite corne, un basilic rabat-joie qui ne pétrifie personne, un dragon qui crache du feu du mauvais côté et une sirène qui chante comme une casserole unissent leur force pour dénoncer une escroquerie légendaire : ça promet d’être drôle ! Une aventure déjantée dans un château, des créatures fantastico-infirmes, une bonne dose de drôlerie, des situations farfelues et une révolution : rien de moins !

Intrigue hyper rythmée, rebondissements cocasses, personnages bien trempés : voici un album haut en couleurs ! Le dessin vif et humoristique, un peu à la Quentin Blake, s’accorde parfaitement au rythme soutenu du texte. C’est vraiment drôle par moment. Mention spéciale à la dernière page et son inventaire de créatures délirantes pour amateurs de jeux de mots. Très réussi !

 C’est pas toujours pratique d’être une créature fantastique : la licorne, de téléchargement (2)Sibylline et Marie Voyelle, éditions Des Ronds dans l’O.

C’est vrai que la licorne fait souvent rêver… pourtant elle n’a pas une vie facile ! En effet, aller au cinéma, faire du sport, bricoler, s’habiller ou encore jouer à cache-cache ne sont pas des activités pratiques pour les licornes, c’est le moins qu’on puisse dire ! De quoi démystifier cette créature en rigolant un bon coup ! Oui la licorne mange des arcs-en-ciel mais comme vous et moi, son quotidien lui pose quelques soucis.

Que c’est drôle ! Il faut une sacrée dose d’imagination pour se mettre dans la peau d’une licorne et vivre son quotidien ! Rien que cette idée m’a fait rire ! Les expressions des licornes sont à pouffer ! Quelques pages de drôlerie, ça fait beaucoup de bien ! Idée d’album vraiment super originale je trouve, et objet-livre bien sympathique ! A paraître dans la même collection : la sirène et le loup-garou (je me marre d’avance !)

téléchargement (3)Les bleuets du dragon bleu d’Isabelle Wlodarczyk, illustré par Minji Lee-Diebold, éditions Amaterra.

 Grégoire, petit dragon, est un gourmand : il mange tous les bleuets qu’il trouve. A force d’en manger, ses yeux deviennent couleur myrtille et ses flammes des étincelles douces et bleues. Ce qui n’est pas du tout du goût du grand dragon gris ! Grégoire conte fleurette à Spatule la libellule, ce qui redouble la colère du dragon gris ! Voilà que ce matin, Grégoire a les yeux tout rouges d’avoir tant pleuré : Spatule a été chassée de la prairie. De tristesse, Grégoire devient tout gris. Mais le printemps revient toujours, non ?

On change complètement de registre : ici c’est de la poésie ! Que ces illustrations sont belles et ces métaphores filées comme des bleuets volants …  Quelle douceur dans les mots, les images et les sons ! C’est tellement doux qu’on caresse les pages. Les couleurs des crayons sont chaudes, les personnages ont du relief, le blanc si pur enrobe les pages, le papier est beau. C’est un sublime album, grand format, qu’on a envie de garder précieusement. Beaucoup de douceur, de tendresse, de poésie pour un plaidoyer délicat sur l’acceptation de soi. ***coup de foudre***

Et vous, quelles sont les créatures que vous aimez ?

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Les Autodafeurs, la trilogie

Cher journal,

Il faut que je te raconte ma dernière expérience de lecture : passionnante, addictive, universelle. Il s’agit de la trilogie Les Autodafeurs de Marine Carteron, parue au Rouergue dans la collection doado.

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Il m’a fallu d’abord être très patiente, ce qui n’est pas ma qualité première de lectrice. J’ai donc attendu la sortie des 3 tomes pour pouvoir tout m’envoyer d’un coup ! Et ce fut un plaisir non dissimulé ! Alors par quoi pourrais-je commencer ? Le titre ? Les personnages ? L’intrigue ? Le style ? AH choix cornélien !

Il y a tant à dire : c’est très bien écrit, c’est drôle, c’est flippant, c’est prenant, c’est soutenu, c’est brillant, c’est rythmé, c’est énergique, c’est énigmatique, c’est palpitant, c’est surprenant, et tout se tient parfaitement sur plus de 1000 pages ! Marine Carteron est douée pour embarquer son lecteur, c’est le moins qu’on puisse dire !

Et les personnages… Cet idiot de Gus qui découvre son rôle au fur et à mesure, qui apprend de ses erreurs, qui grandit, qui sait reconnaître ses vrais amis et s’entourer des meilleurs maîtres, qui veut protéger sa mère et sa soeur, qui se confronte au Mal pour devenir quelqu’un de bien. Il est attachiant à souhait ! Et Césarine, ah Césarine ! Cette petite soeur autiste-artiste, à la logique implacable, à la tendre répartie, aux stratégies d’évitement pleine de bon sens, à sa capacité d’observation infinie, à sa façon de penser bien à elle : j’ai une tendresse très particulière pour elle qui m’a émue et fait sourire souvent. Evidemment, d’autres personnages existent et ont tous un rôle à jouer dans cette lutte contre les Autodafeurs.

Parce qu’il s’agit bien de lutter contre ceux qui aimeraient faire disparaître le Savoir, l’Histoire et les livres ! Cette trilogie est une déclaration d’amour aux livres, à la littérature, au savoir, à la transmission, à la filiation. « Le livre, c’est l’immortalité d’une pensée, d’une époque, d’un auteur. La fin des livres signerait la fin de l’humanité ». Tu te doutes, cher journal, que je plussoie cet avis. Et qu’à mon tour, ici et maintenant, je souhaite être une propagatrice !

Alors, vous lecteurs, foncez en librairie ou en bibliothèque, prenez ces 3 tomes, n’ayez pas peur de vous offrir un bonheur de lecture, vous en sortirez plus forts et heureux, et à votre tour devenez propagateur ! Et s’il vous faut un autre argument, jetez donc un oeil à la liste des prix obtenus : Prix Mordus du Polar 2014, Prix Handi-livres 2014, Jury littéraire du Giennois 2014/2015, Sélection des dévoreurs de Livres  2014/2015, Prix Imaginales des collégiens 2015, Prix Atout-Lire 2014/2015, Prix Futuriales 2015, Prix Frissons Vercors 2015, Prix Libr’à nous 2015, Prix roman jeunesse « lire au 17 » bibliothéque Sorbier 2014/2015, Prix Livrentête 2014/2015, Prix Abraylire 2013/2014, Prix Ruralivre en Cambresis 2015, Prix Lucioles Junior 2015…. et encore en lice pour Prix des incorruptibles 2014/2015, Prix des Embouquineurs 2014/2015, Les étoiles du Parisien, Prix littérado, Prix ado de Rennes 2015.

 Donc :

1 : Ce sont 3 coups de coeur !

2 : La forme de cet article est un hommage à Césarine

3 : j’espère qu’il y aura plus de 22 prix pour récompenser cette merveille 😉

4 : soyons tous des propagateurs ! Merci Madame Carteron. Et merci Le Rouergue d’éditer de la qualité !

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Refuges

Quelques jours avant la pire tragédie survenue en Méditerranée, à savoir le naufrage de 800 migrants Syriens, Erythréens, Somaliens, tous partis de Tripoli, a paru le nouveau roman d’Annelise Heurtier, Refuges, chez Casterman.

9782203091092FS

 

A l’occasion des vacances d’été, Mila retourne sur l’île de Lampedusa, avec ses parents. Ils n’y étaient pas retournés depuis l’année où le drame familial s’est produit : la mort de son petit frère Manuele. Hantée par ce souvenir obsédant, laissant sa mère dans un état dépressif et son père dans une hyperactivité d’évitement, l’ambiance est pesante pour cette jeune adolescente de 17 ans. Alors, Mila s’enivre des décors enchanteurs et fait la connaissance de Paola, jeune femme rayonnante qui lui fait découvrir les trésors cachés de l’île.

 Pendant ce temps-là, Amir, Saafiya, Amanuel, Meron, Pietros, Meloata, Gebriel, Awat, jeunes Erythréens âgés entre 13 et 22 ans, s’apprêtent à tenter l’impossible à bord d’un zodiaque espérant un avenir meilleur. Chacune de leurs voix  fait écho aux souffrances endurées, à la fuite, aux tortures, aux peurs, mais aussi aux espoirs et à la foi. Celle que l’on nomme « l’île du salut » devient spectatrice du drame des uns, et résilience de l’autre : entre paradis et enfer.

Roman chorale à la progression maîtrisée et à la construction parfaite, Annelise Heurtier, une fois de plus, livre un roman poignant et audacieux. Les témoignages des jeunes migrants émeuvent par leur justesse et leur intensité. La jeune Mila est attachante. Très documenté, ce roman donne une vision intime, empathique et très humaine de ces destins brisés par l’hypocrisie des gouvernements européens. Sensibiliser les lecteurs à cette affreuse réalité et susciter le questionnement,  à travers un texte vivant et très bien écrit, sans jamais verser dans le pathos gratuit ni le voyeurisme, c’est aussi ça la Littérature. A parier que ce roman recevra des prix dans les mois prochains. A lire d’urgence pour garder les yeux grands ouverts. ***coup de coeur***. Chez Pépita aussi. 

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Vertiges de l’Amour

Ah l’Amour ! Thème romanesque et inépuisable par excellence ! Comment lui dire ? Comment lui écrire ? Comment le vivre ? Comment ne pas souffrir ? A chacun son style, sa voix, ses mots, ses maux. Aujourd’hui, je vous propose deux romans et un sublime album.

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Oublier Camille de Gaël Aymon, Actes Sud Junior.

D’abord une amitié, puis l’amour qui s’installe, comme une évidence. Yanis est fou amoureux de Camille qui lui échappe, fatalement. Tempête d’émotions sous son crâne d’adolescent, des questions dans tous les sens, des codes à comprendre. La difficulté de s’exprimer et l’anéantissement de la perte de l’autre.

Je découvre les mots de Gaël Aymon dans un roman, je les connaissais dans les albums. Et j’y retrouve toute la sensibilité à fleur de peau à travers ce personnage masculin qui se questionne, s’affole, se cherche, se découvre, grandit. Roman court et authentique, qui traduit avec une justesse infinie la confusion des sentiments. Fragilité, pudeur, contradiction sont les traits du portrait honnête d’un adolescent d’aujourd’hui. Quand les hommes parlent de leur amour, c’est rare et beau.

Carton plein chez mes copinautes : Pépita, Céline, Kik, Bouma, et Nathan.

 

A ma source gardée de Madeline Roth, Thierry Magnier. téléchargement

C’est l’été, Jeanne retrouve ses amis dans le village familial. Jeanne voit Lucas et tout son être s’emballe. Leurs nuits sont leur secret. Un amour sans condition. Un bonheur vif qui brûle tout sur son passage. Jeanne revient l’été suivant. Foudroyée par la vérité. Une chute vertigineuse. Et la vie qui grandit en elle.

Lu d’une traite comme happée par un tourbillon en forme de vrille dans le coeur. Ce monologue puissant prend aux tripes et émeut aux larmes. L’impuissance face à l’amour qui dévaste, le chagrin presque inépuisable de la désillusion, la profondeur si juste des sentiments : les mots de Madeline Roth sont intenses, le style concis et essentiel, les images évocatrices, au point d’en ressentir un pincement au ventre pour de vrai. Un moment de lecture qui marque irrésistiblement. Sans aucun doute, l’auteure avait rendez-vous avec ses mots, et nous, lecteurs, nous assistons à la naissance de ce talent. *** coup de coeur ***. A lire d’urgence. 

téléchargement (2) Mme Eiffel d’Alice Brière-Haquet, illustré par Csil, Editions Frimousse.

Mr et Mme Eiffel coulent des jours heureux dans la belle capitale. Main dans la main, toujours plus loin. Jusqu’au jour où Mme Eiffel tombe malade. Les experts sont unanimes : il lui faut un bon bol d’air. Son ingénieur de mari se met alors en tête de construire des rails jusqu’au ciel….

SUBLIME est le premier adjectif qui me vient pour décrire cet objet-livre, précieux comme un trésor ! Le duo récidive après le très beau Paul, et c’est toujours aussi beau ! De la douceur des mots en passant par l’univers graphique si poétique de Csil, du noir au blanc, du rose sur les joues des amoureux comme un coucher de soleil estival sur la ville, la qualité du papier et la couverture au grain toilé : le secret de la tour Eiffel enfin dévoilé ! J’ai pensé à l’Ecume des Jours de Vian, et cet amour si fort qu’on en oublie la maladie et que rien ne semble impossible. Une réussite éditoriale dont on tombe amoureux au premier regard *** coup de coeur *** A offrir à l’être aimé. 

L’Amour n’a pas fini de faire couler les larmes l’encre, et c’est tant mieux ! Et comme on peut aussi tomber amoureux des livres, une petite étude pour sourire !

 

 

 

 

 

 

 

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Lily

Je l’attendais ce roman. Pour son titre. Pour son auteure, Cécile Roumiguière. Pour cette collection, Encrage, chez la Joie de Lire. Promesse tenue.

lily Paris, aujourd’hui, sortant d’une séance à la cinémathèque, Les Parapluies de Cherbourg, un grand-père raconte à sa petite-fille ses souvenirs. Il lui parle de sa cousine, Lily, qui rêvait d’entrer à l’Opéra de Paris. Et de cet amour inconditionnel qui la liait à son grand frère Michel.

Mais en 1961, cet amour est mis à mal lorsque Michel part en Algérie. La distance s’installe et tue à petit feu l’énergie et l’espoir de Lily. De rébellion en désertion, Michel nous raconte l’horreur.

Pendant ce temps-là, une ombre des toits de l’Opéra veille sur la jeune danseuse, et Lily découvre la nécessité de faire des choix…

Roman à 3 dimensions : Paris d’aujourd’hui, Paris des années 60, l’Algérie en guerre. L’alternance des narrations permet à ce roman dense de s’aérer le temps de quelques pages, pour mieux retendre les fils de l’histoire. Cécile Roumiguière dénonce la Guerre et les non-dits sur ce qu’on a trop longtemps nommé « les événements », et qu’on rencontre peu en littérature jeunesse. Un roman nécessaire.

Lily, étoile mise en lumière par tous les hommes de l’ombre qui gravitent autour d’elle : seul absent, le père. Car il s’agit aussi d’un roman sur la filiation, thème déjà présent dans le sublime album, le fil de soie, sélectionné par les Incorruptibles. Ici, la fraternité est omniprésente : le lien entre Michel et Lily bien sûr,  mais aussi de façon plus symbolique celui entre Lily et son partenaire de danse Jacques, et celui entre Michel et Yassim se soutenant dans l’enfer. Je vous conseille la lecture de la genèse du roman par l’auteure.

C’est aussi un roman sur une jeune fille en devenir, l’histoire d’une émancipation. Lily est un personnage féminin fort et touchant. Elle s’affranchit et s’affirme dans la douleur de la rupture, dans sa passion de la danse, dans sa relation à l’autre. Pendant ma lecture, j’ai repensé au roman inachevé et autobiographique de Camus, le Premier Homme, et si Lily était la première femme…?

Vous l’aurez compris, c’est un ***coup de coeur***. Mention spéciale à la couverture de Séverin Millet, à la dédicace de l’auteure « A ceux qui disent non », et à toutes les références-hommage à la création artistique des années 60. Je finirai avec ces mots qui me touchent particulièrement : » La vie, c’est énorme, ça ne peut pas être un seul fil qui se déroule sous tes doigts. Il en faut plusieurs, qui se tressent, se nouent. Qui cassent, parfois. D’autres s’effilochent. » 

 

 

 

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Dis, Papa…

Pourquoi tu veux hiberner alors qu’une abeille passe sous mon nez ? Hop je disparais !

oursPlus je cours comme un petit fou, plus tu es inquiet. Dans la ville, immense et pleine de fumée, le nez en l’air je me cache parmi la foule illustrée. Oh que c’est grand l’opéra ! Tu continues sans relâche de me chercher. Patatras ! Te voilà sur la scène illuminée et le silence se fait. Si tu veux tu peux me chanter cette chanson d’ours que te chantait ta maman et que tu écoutais en t’endormant :  » GROAAAAARRRRR « . C’est la panique, mais moi je reste là à t’écouter. Un câlin sur les toits, on est bien là !

Grand format, double-page fourmillant de détails rigolos, papier doux à caresser, cet album, le premier d’une série, de Benjamin chaud est un régal ! Un papa prêt à tout pour retrouver son petit casse-cou, ils sont attachants ces deux-là ! Retrouvez-les dans Poupoupidours et Coquillages et Petit Ours, chez Hélium. Et chez Pépita aussi.

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A cause de ta vilaine attaque, tu es à l’hôpital et tu ne parles plus. Alors si c’est comme ça moi non plus ! Mais j’aime trop dessiner, je vais communiquer par rébus pour que tu guérisses. Maman, ma soeur, la maîtresse, les copains et toi, vous n’aurez qu’à trouver ! En plus, c’est plus facile pour moi de te dire je t’aime comme ça….

Quand les dessins remplacent les mots/maux…. Des rébus pour papa, court roman d’Emmanuel Trédez, chez Oskar, on se prend à déchiffrer les rébus d’Amélie Falière avec plaisir. Créer une nouvelle communication quand on ne peut pas dire sa douleur, pour imiter papa, et pour fixer un point dans le temps jusqu’au retour. Récit sensible et touchant, où le jeu est je, où la liberté d’expression allège le chagrin.

Dis, papa, toi que je ne connais pas, ne serais-tu pas cet acteur génial qui met maman dans tous ses états ? Avec ma copine Lulu, on a bien essayé de t’appeler mais des Dupommier chachay’en a un paquet ! On t’a écrit aussi, mais tu n’as jamais répondu ! Est-ce que tu aimes les fraises tagaga comme moi ? Il faut que je sache ! Bon ben direction la Franche-Comté chez la tata, il paraît que tu y seras pour ton nouveau film ! On va enfin se rencontrer !

 La petite Chacha a de la suite dans les idées, un certain sens de la répartie, et une bonne dose de volonté ! Tendresse et humour pour rappeler combien il est important de savoir d’où on vient. Chacha apprendra qu’elle est née dans un trèfle irlandais, rien que ça ! Second volet du tandem Sandrine Beau/ Ariane Pinel, chez Alice, après la Robe à froufrous, Chacha se cherche un papa est un roman drôle, sensible et coloré !

gayMais quelle idée t’as eu de m’emmener en camping cet été ! Qu’ai-je donc fait pour mériter de me coltiner cette fille-là, Oriane, complètement obsédée, et que dire de son père gay et de ses toilettes customisées en piste de danse disco et boule à facettes ! Et le pire : depuis quand tu flirtes avec lui ? Depuis que tu es séparé de maman, tu fais vraiment n’importe quoi et je dois m’enfermer dans ces toilettes avec mon journal pour un peu de tranquillité ! Pour sûr, je m’en souviendrai de cet été !

Journal intime d’Arvid, 12 ans, qui découvre à la fois les affres de l’adolescence et la sexualité de ses parents ! Humour scandinave oblige, L’été où papa est devenu gay d’Endre Lund Eriksen, traduit par Aude Pasquier chez Thierry Magnier, est un roman original et surprenant, drôle à souhait, dans un style direct et assez franc, et qui aborde des thèmes sérieux comme la tolérance, l’homosexualité, la découverte de l’amour. Un plaidoyer pour le droit au bonheur de tous ! Grande réussite et carton plein chez mes copinautes : Pépita, Sophie, Alice et Céline.

Dis, papa, est-ce que ça va s’arrêter un jour ? Ai-je fait le bon choix, celui de vivre avec toi ?Deschavannes Pierre - Belle gueule de bois Est-ce qu’un jour tu tiendras tes promesses ? Est-ce qu’un jour je n’aurai plus peur de rentrer ? Est-ce qu’un jour on sera moins seuls ensemble ? Est-ce qu’un jour on s’aimera sans se faire mal ?

Premier récit aux griffonnés autobiographiques, Pierre Deschavannes nous livre, avec pudeur et émotion, le quotidien d’une relation père-fils tendue sur un fil. Entre Amour absolu et conflit alcoolisé, on sort de cette lecture avec en effet une Belle gueule de bois. Face à l’émotion qui m’a saisie, comme une évidence, ce roman est un *** coup de coeur *** 

Kik, Pépita et Nathan bouleversés aussi.

 

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