La langue des bêtes

Voilà 15 jours que je l’ai refermé, 15 jours que je cherche les mots. La plume bouleversante de Stéphane Servant a une nouvelle fois opéré, dans la collection Doado au Rouergue.

105915812 Un chapiteau de cirque dézingué au fond d’un bois, entre un village et une grande ville éclairée. La piste aux étoiles ne brille plus, les saltimbanques isolés et usés, les animaux errant parmi des voitures fracassées, le puits aux anges déchus. Seuls les yeux de la Petite restent éclairés, nourris d’histoires et de légendes, avalant les mots trouvés dans les livres, et ceux que lui content le Père aux mains d’ogre, Belle la mère trapéziste-funambule, Colodi et sa marionnette, Pipo le clown et son lion Franco, Major Tom le nain. Une famille. Une famille cabossée, une famille hors norme, une famille en résistance.  » Il faut continuer à tisser. Peu importe le motif, Petite. L’important, c’est que la couverture soit chaude et douce et que tu puisses t’y blottir quand le froid est tout autour. Il faut tisser, Petite. Nous sommes là pour ça. » No pasaran.

Une expulsion pour cause de construction routière. La Petite découvre l’école, les enfants et leur cruauté, un monde civilisé qu’ils disaient. Un instituteur-poète et des mots. Des maux. La chute. Fatalement. Irrémédiablement. « Parce que parfois les mots s’imposent à notre esprit comme des augures et que dès lors nous sommes soumis à leur seule volonté. Et c’est peut être là qu’ils acquièrent leur vraie magie : quand nos propres mots nous submergent et font de nous des marionnettes de papier. » 

« Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer ». Stéphane Servant nous rappelle avec humilité et poésie combien le monde a oublié ce que disent les histoires, ce qu’est la langue des bêtes, son pouvoir universel et sa beauté, ce qu’est l’Amour. La Petite, c’est vous, c’est moi, c’est la convocation immédiate de l’enfant intérieur que nous sommes. Ses mots, qu’on avale et qui nous happent, entre ombre et lumière, viennent murmurer, gratter, appuyer, vibrer, tendre et tisser à l’intérieur, dans une lenteur savoureuse. A travers ce roman sublime et maîtrisé, on perçoit l’intime, le beau, le fragile, l’essentiel. Tout, absolument tout de la couverture-photo de l’artiste Laura Makabresku, au titre, en passant par les personnages, l’intrigue, le décor et le style si romanesque, si subtil, si poétique, est une invitation au voyage, à l’abandon, à l’imaginaire : de la Grande Littérature. Désormais, il y aura pour moi un avant/après La Langue des Bêtes. 

… And I’m floating in a most peculiar way, And the stars look very different today…

Un de mes plus beaux moments de lectrice : une évidence, un rendez-vous, une émotion rare. Certaine qu’on en parlera encore longtemps.

Merci Monsieur Servant.

Mes copinautes Pépita, Céline et Kik bouleversées aussi.

 

 

 

 

 

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3 réponses à La langue des bêtes

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  3. Pépita dit :

    Oui, un roman qui vous poursuit, vous happe, vous engloutit pour mieux renaître. De la trés grande litterature et de la littérature jeunesse, qu’on se le dise !

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