Lily

Je l’attendais ce roman. Pour son titre. Pour son auteure, Cécile Roumiguière. Pour cette collection, Encrage, chez la Joie de Lire. Promesse tenue.

lily Paris, aujourd’hui, sortant d’une séance à la cinémathèque, Les Parapluies de Cherbourg, un grand-père raconte à sa petite-fille ses souvenirs. Il lui parle de sa cousine, Lily, qui rêvait d’entrer à l’Opéra de Paris. Et de cet amour inconditionnel qui la liait à son grand frère Michel.

Mais en 1961, cet amour est mis à mal lorsque Michel part en Algérie. La distance s’installe et tue à petit feu l’énergie et l’espoir de Lily. De rébellion en désertion, Michel nous raconte l’horreur.

Pendant ce temps-là, une ombre des toits de l’Opéra veille sur la jeune danseuse, et Lily découvre la nécessité de faire des choix…

Roman à 3 dimensions : Paris d’aujourd’hui, Paris des années 60, l’Algérie en guerre. L’alternance des narrations permet à ce roman dense de s’aérer le temps de quelques pages, pour mieux retendre les fils de l’histoire. Cécile Roumiguière dénonce la Guerre et les non-dits sur ce qu’on a trop longtemps nommé « les événements », et qu’on rencontre peu en littérature jeunesse. Un roman nécessaire.

Lily, étoile mise en lumière par tous les hommes de l’ombre qui gravitent autour d’elle : seul absent, le père. Car il s’agit aussi d’un roman sur la filiation, thème déjà présent dans le sublime album, le fil de soie, sélectionné par les Incorruptibles. Ici, la fraternité est omniprésente : le lien entre Michel et Lily bien sûr,  mais aussi de façon plus symbolique celui entre Lily et son partenaire de danse Jacques, et celui entre Michel et Yassim se soutenant dans l’enfer. Je vous conseille la lecture de la genèse du roman par l’auteure.

C’est aussi un roman sur une jeune fille en devenir, l’histoire d’une émancipation. Lily est un personnage féminin fort et touchant. Elle s’affranchit et s’affirme dans la douleur de la rupture, dans sa passion de la danse, dans sa relation à l’autre. Pendant ma lecture, j’ai repensé au roman inachevé et autobiographique de Camus, le Premier Homme, et si Lily était la première femme…?

Vous l’aurez compris, c’est un ***coup de coeur***. Mention spéciale à la couverture de Séverin Millet, à la dédicace de l’auteure « A ceux qui disent non », et à toutes les références-hommage à la création artistique des années 60. Je finirai avec ces mots qui me touchent particulièrement : » La vie, c’est énorme, ça ne peut pas être un seul fil qui se déroule sous tes doigts. Il en faut plusieurs, qui se tressent, se nouent. Qui cassent, parfois. D’autres s’effilochent. » 

 

 

 

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5 réponses à Lily

  1. Ping : Coups de coeur de mars |

  2. pépita dit :

    je vais copier ma copine du haut…il me tente bien aussi…

  3. Za dit :

    J’avais envie de le lire,c’est maintenant une certitude : je vais le lire !

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