Un fil, des filles, du lien

En découdre, ne tenir qu’à un fil, s’entremêler, du fil à retordre, de fil en aiguille, cousu de fil blanc, rompre le fil, le coeur en pelote, tisser du lien, se tricoter des souvenirs…Avez-vous remarqué comme ces expressions couturières s’appliquent aux sentiments humains ? Aujourd’hui, je vous invite à découvrir 3 sublimes albums qui déroulent le fil de la filiation.

Le Petit Gilet Beige d’Ingrid Chabbert, illustré par Marie Lafrance, éditions Des ronds dans l’O, 2013.

Un perron, un chien, des feuilles d’automne qui tombent, une petite fille vêtue d’un gilet beige, une valise posée et l’attente vaine d’un papa qui ne viendra ni ce samedi ni les autres. Un gilet offert par ce père et qui finit par gratter autant que les larmes brûlent les joues de cette fillette. Elle tourne en rond et tourbillonne jusqu’au premier cri de l’injustice : le premier non et le gilet vole à son tour et pour toujours. Alors oublier et grandir. Près d’un autre qui écoute, qui parle, qui ne fait pas attendre et qui aime.

De l’art d’émouvoir en peu de mots. Du talent des illustrations sobres et épurées. De ces albums poétiques où l’essentiel est suggéré avec pudeur. De cette littérature jeunesse sobre qui aide les enfants à soulager leur peine. De ces sujets difficiles que sont les divorces, les séparations, les familles recomposées. De l’espoir d’un nouveau jour plus doux, des printemps qui reviennent, des parents de sang ou non bien présents, des enfants qui grandissent malgré tout. Nécessaire et émouvant ***coup de coeur*** Retrouvez le joli billet de Maman Baobab.

Le Fil de Soie de Cécile Roumiguière, illustré par Delphine Jacquot, éditions Thierry Magnier, 2013.

Marie-Lou aime regarder sa grand-mère qui coud. Les doigts de fée, les étoffes et les tissus, et ce refrain qu’elle fredonne dans une langue inconnue : beaucoup d’admiration pour Mamilona. Un secret aussi, pas un de couturière non, un secret de vie : d’où vient-elle ? quel est ce chant ? Marie-Lou voudrait ce secret révélé pour son 10 ème anniversaire. Mamilona parle peu car « il y a des choses que les mots ne savent pas dire ». Un soir en rentrant bien triste de l’école, Marie-Lou va trouver refuge auprès de sa grand-mère qui lui explique que pleurer ne sert à rien, et que quoiqu’il advienne, la beauté et l’intelligence sont des secrets précieux à l’intérieur de soi. Pour l’anniversaire de la fillette, Mamilona l’emmène au Cirque Plume. Et là dans la pénombre d’une acrobate résonne le chant entendu depuis l’enfance. Mamilona est émue, Marie-Lou aussi. En se couchant cette nuit-là, Marie-Lou va découvrir le secret brodé sous la robe de sa poupée.

Cet album m’a bouleversée, je n’ai pas d’autre mot. Enfin si j’en ai, mais j’ai aussi toujours cette émotion dans la gorge et dans les yeux. Un texte beau et intime, fort et doux à la fois. Une histoire de famille, une histoire de filiation, un bout d’Histoire qui se transmet : l’univers des Roms, la déportation, l’enfermement, la peur et la mort, puis l’espoir et la vie. Des illustrations poétiques et oniriques au fil des pages comme des broderies, des couleurs chaudes et douces dont on ne se lasse pas : sublimes. Un travail d’orfèvre où les souvenirs font écho au présent, contre l’oubli et les silences : le devoir de mémoire. Un objet-livre magnifique à offrir et à garder comme un trésor précieux. Une plume délicate et humble, un texte-hymne à la transmission sublimé par des illustrations émouvantes, merci Mesdames pour ce cadeau. Quand le Fil de Soie se fait fil de soi ***coup de coeur***

La Jeune Fille à la Laine de Seungyoun Kim, éditions Didier Jeunesse, 2013.

Une jeune femme met au monde une petite fille sucrée et aux joues de pêche. La fillette grandit mais ne parle pas : elle n’est pas muette, juste murée dans son silence. Sa mère tricote, la fillette est intriguée. Sa maman lui explique qu’avec la laine, on peut tout faire. A ce moment-là, déclic ! La petite s’écrie pour la première fois « Lalènne ! Lalènne ! ». La jeune tricoteuse en devenir a trouvé sa voix/voie, et s’en va tricoter sa vie…à commencer par un papa. Un papa avec des poches pleines de bonbons, un papa doux et confortable comme un lit… jusqu’où cette pelote la mènera-t-elle ?

Voici un album délicat, tout en finesse, tout doux malgré le sujet sensible de l’absence du père et le silence de la fillette. Le texte est épuré mais convaincant, les illustrations belles alternant des espaces bien remplis et des pages cotonneuses presque vides. Un fil de laine est conducteur, pages après pages, changeant de couleur au gré des saisons et des années qui passent. La jeune fille deviendra femme et tricoteuse du village, et aura sa boutique Lalènne. Preuve qu’on peut grandir et avoir confiance en soi. Le tête-à-tête d’une maman célibataire et sa fille est évoqué avec justesse et tendresse. Un bel objet-livre intime et feutré pour apprendre à se tricoter des moments à soi et son propre langage aussi. Encore un ***coup de coeur***

Voilà 3 coups de coeur pour 3 livres, la littérature jeunesse est vraiment un trésor. Beaucoup d’émotion à la lecture et à la rédaction, et une pensée particulière aux anges que j’ai rencontrés sur ma route.

 

 


 

Cette entrée a été publiée dans 2-12 ans, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Un fil, des filles, du lien

  1. Ping : Lily | 3 étoiles, le blog.

  2. Ping : Au fil des blogs | ✪ cécile roumiguière

  3. Ping : Un fil, des filles, du lien | L'école de...

  4. Céline dit :

    Les trois me font très envie…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

five × five =