un jour, un thème : l’abandon

La peur de l’abandon est présente chez tout être humain. Elle est liée à la séparation initiale d’avec la mère. Un tout petit enfant n’est pas encore armé pour l’affronter. C’est l’apprivoisement progressif de la séparation qui permet l’avancée vers l’indépendance et l’entrée dans l’âge adulte. Le sentiment d’abandon existe chez tous les enfants. Mais qu’en est-il de ceux qui vivent un vrai abandon ( de naissance, le départ d’un parent, la mort ou l’absence ) ? Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant mis à un moment de sa vie en situation de rupture ?

Comment restituer son histoire à un enfant ? Comment l’aider à intégrer l’histoire de son abandon ? A surmonter les blessures de l’abandon ? Quel sens donner aux comportements compliqués des enfants abandonnés, quelles réponses y apporter ? Je vous propose une sélection de livres pour aborder le sujet, pour comprendre et apprendre : des mots pour dire des maux.

LA CROUTE, de Charlotte Moundlic, illustré par Olivier Tallec, Père Castor Flammarion, 2009, 10 euros, à partir de 4 ans.

Cet album raconte le parcours d’un petit garçon dont la maman vient de mourir. On le suit dans tous les efforts qu’il fait pour bravement faire face à cette tragédie. Un jour, il tombe et s’écorche, instantanément il entend la voix de sa maman, alors dès que la croûte se forme, il décide de la retirer dans l’espoir que la voix reviendra… Un autre jour, sa grand-mère vient et réussit à lui dire des mots qu’il entendra et qui apaiseront sa douleur… Le texte rend très bien le cheminement de la pensée d’un enfant, et réussit à être à la fois extrêmement émouvant tout en gardant une pointe d’humour. Les illustrations quant à elles, dans toute leur simplicité, sont très justes et réussissent à apporter à l’ensemble une certaine légèreté.

LE SECRET DE MAMAN, d’Edwige Planchin, illustré par Chadia Chaïbi-Loueslati, éditions Lolant, 2011, 12,50 euros, à partir de 5 ans.

Un petit garçon surprend une discussion entre sa maman et sa grand-mère. Il apprend qu’il a une soeur quelque part que sa maman a abanDONNEE. Pourquoi lui a été gardé et pas elle? Pourquoi sa maman ne lui en a pas parlé? Par une maîtrise du vocabulaire et une justesse des ressentis, Edwige Planchin réussit à communiquer beaucoup d’émotions : la colère, la honte, la culpabilité, la tristesse, la mélancolie, l’amour et l’espoir. Pour l’auteure, l’abanDON est une preuve de courage plein d’amour pour ces enfants à qui l’on donne une chance de vie meilleure. Simple, lumineux et émouvant.

UN PAPA, C’EST EPATANT, de Pascale Francotte, Alice éditions, 2002, 8 euros, à partir de 6 ans.

La vie quotidienne d’un papa racontée avec des mots simples et en noir et blanc. Un trait précis, très réaliste. Un papa c’est formidable, ça sait tout faire, c’est sportif et courageux, comme le raconte cette petite fille, son regard toujours capté sur ce « papa imaginaire ». Tout le monde sait ce qu’un papa peut être et devenir, et on rêve de lui… même lorsqu’il est parti. Une histoire tendre, avec une dernière image de marionnette, comme pour mieux dédramatiser cette situation d’abandon. Un formidable petit album.

LA LUMIERE DE BOUCHKA, de Rachel Hausfater, illustré par Rémi Wyart, éditions Sarbacane, 2006, 15 euros, à partir de 6 ans.

Une nouvelle fois, le papa de Bouchka est parti, la laissant seule avec sa maman. Tout semble noir, sale et triste aux yeux de Bouchka. La lumière ne parvient plus à l’atteindre. Enfermée dans sa colère, elle trépigne, elle enrage et elle se répand en torrents de larmes. Elle a atteint les abîmes les plus profonds, plongée dans la noirceur de son ressentiment. Seule dans sa chambre, elle se replie sur elle-même, laisse son esprit divaguer et sa colère s’exprimer, perdant la notion du temps et de l’espace, s’imaginant perdue dans la forêt, poursuivie par les loups…Lorsque Bouchka parviendra à s’apaiser, à retrouver son calme et à ouvrir son cœur, la lumière reviendra alors dans sa vie. Magnifique album sur le sentiment d’abandon et la souffrance liée à l’absence d’un être cher, l’écriture est infiniment délicate, suave et touchante. La mise en images mérite vraiment le détour.

EN 2010, TROP LOIN, de Rascal, éditions Pastel, 2009, 12 euros, à partir de 8 ans.

Une histoire à la fois poétique et dure qui ose un sujet difficile : celui de la séparation des enfants avec un de leurs parents en prison. L’enjeu, c’est comprendre ce qu’est l’éloignement et les moyens qu’un enfant peut trouver pour se rassurer et se créer une bulle à l’écart du regard des autres. C’est grâce à son imagination qu’un enfant peut à la fois réussir à surmonter certaines épreuves et qu’il peut, par ce biais, chercher à redonner l’espoir à son père enfermé. Des dessins d’une qualité graphique irréprochable et qui soutiennent le texte avec une poésie qui affleure à chaque double-page. Un superbe support pour comprendre l’éloignement et le malaise des enfants qui se retrouvent privés d’un parent sans véritablement comprendre pourquoi.

MERE ABSENTE, FILLE TOURMENTE, de Rolande Causse, illustré par Georges Lemoine, Gallimarrd Jeunesse, 2002, 10 euros, à partir de 9 ans.

Anne est une jeune fille qui attend la nuit. Elle vit seule avec son père depuis que sa mère est morte. Le soir, elle attend l’obscurité et l’apparition des premières lueurs, ces étoiles brillantes au-dessus des toits. Au centre de loisirs ou à l’école, Anne ne pense qu’à une chose, revoir l’étoile, celle de sa mère. Alors la jeune fille s’assoit et retouve en elle toutes les phrases qu’elle doit dire à sa mère. Un travail de deuil pour un livre magnifique. Un livre qui a certainement marqué la littérature de jeunesse en France. Un texte sobre pour mieux décrire l’absence et la disparition d’un être cher. Des illustrations, très réalistes, qui traduisent aussi ce sentiment d’abandon, ce mal-être, mais également l’espoir de la vie.


LA FABULEUSE HISTOIRE DE JENNY B,
de Jacqueline Wilson, illustré par Nick Sharratt, Gallimard Jeunesse, folio junior, 2003, 5 euros, à partir de 11 ans.

Jenny B., 10 ans, décide d’écrire sa vie. La petite fille vit dans un foyer, puisque sa mère est partie. Entre conte de fées, humour et parfois cruauté, Jenny B. écrit son journal avec la ferme intention de revoir un jour sa mère. La rencontre avec une écrivain venue pour un article sur les enfants, va transformer sa vie… Une histoire touchante sur la vie souvent difficile de ces enfants, sans pathos et avec humour et drôlerie.

COMME UN COQUELICOT, de Marie-Florence Ehret, Bayard Jeunesse, Millésime, 2005, 11 euros, à partir de 12 ans.

Viendra, viendra pas…La mère de Mathilde est loin, en maison de repos et ne donne pas beaucoup de nouvelles. Mathilde espère toujours voir sa mère revenir auprès d’elle et de son frère, qui est momentanément en pension. Viendra, viendra pas…Ces mots trottent dans la tête de la jeune fille. En attendant, elle vit dans un hôtel à moitié désert avec celle qu’elle appelle Tante Jeanne. En fait, Mathilde imagine que le bonheur n’est pas pour elle. Heureusement, Tante Jeanne est là, veillant sur Mathilde qu’elle finira par adopter. Tout en délicatesse, ce roman a le charme doux-amer des premières souffrances, la mélodie des blessures profondes. L’auteure nous place au cœur de la vie, de celle qui donne des coups durs. Il y a du silence et de la douleur dans ce livre-là. A lire.

LES BEBES DE FARINE, d’Anne Fine, Ecole des Loisirs, collection Médium, 1994, 6 euros, à partir de 12 ans.

Comment le projet « bébés de farine » jette le trouble dans la classe des cancres et des cas désespérés et comment Simon, gros costaud, découvre sa personnalité. Durant trois semaines, chaque élève doit s’occuper d’un sac en toile rempli de farine comme s’il s’agissait d’un bébé, et tenir un journal quotidien sur cette expérience. Pour Simon Martin, depuis qu’il a son bébé de farine, c’est semble-t-il une autre vie qui commence. Ce bébé c’est une fille, il en est persuadé. Ce sac de farine pourra également, il en est sûr, lui apprendre pourquoi son père est parti six semaines après sa naissance. Ce roman au joli style fluide nous présente des petites teignes sur le chemin de la vie adulte à travers un procédé pédagogique amusant et décalé. Comme toujours chez Anne Fine, on est touchés par des scènes assez poignantes, et ici en particulier, par un final en apothéose! C’est un roman à conseiller aux pré-ados.

Quand l’enfant questionne l’Ailleurs, c’est d’Ici qu’il est question…

 

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2 réponses à un jour, un thème : l’abandon

  1. Edwige dit :

    Merci pour ces très belles chroniques, pour ta réflexion sur les séparations précoces et les fictions que tu présentes. J’ai trouvé cet article vraiment très intéressant.

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