Ces intolérances ordinaires expliquées aux enfants

 

Beaucoup d’enfants vivent aujourd’hui très tôt dans une plus grande mixité qu’auparavant : origines, façons de vivre, handicaps… Mais cela n’empêche pas les paroles et les attitudes blessantes envers ceux qui sont jugés différents. Quel est le rôle des parents pour empêcher ces comportements ?

Tout ce qui est différent fait peur. Quand on ne connaît pas, il est plus facile de se moquer, de rejeter. C’est une protection. Mais avec de simples mots, on peut blesser l’autre, lui faire mal, c’est cela qu’il faut d’abord dire à un enfant. Les parents sont là pour trouver les mots, apaiser l’enfant victime, l’enfant témoin ou l’enfant qui a dit une parole raciste. Le discours moral, c’est de rappeler le bien, le mal et de dire qu’être raciste, c’est mal. C’est un discours nécessaire, mais pas suffisant. Il faut aussi un discours plus intellectuel qui rappelle que tous les hommes sont égaux, qu’on a tous les mêmes droits. D’ailleurs, les insultes et les gestes racistes sont punis par la loi.  De même que dire à un enfant qu’on est tous pareils, c’est bien. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut être dans la nuance, on n’est pas obligé d’aimer tout le monde ! Mais pour bien vivre ensemble, on doit se respecter. En proposant à l’enfant d’aller au-delà des apparences, on l’invite à entrer en relation avec l’Autre.

Notre sélection de livres pour aborder le racisme et les différences en famille pour un début de compréhension et donc de tolérance…

VOILA MON BALLON ROUGE, de Tiziana Romanin, éditions Sarbacane, 2006, 12 euros, à partir de 3 ans.

Les albums pour la petite enfance traitent régulièrement les thèmes de la différence, du racisme et du partage avec justesse, légèreté, conviction ou originalité. Mais celui-ci, presque inclassable, est d’un autre genre. À la fois plus symbolique et plus subtil, Voilà mon ballon rouge ! pose un nouveau regard sur la différence. Exit le pathos et les clivages habituels, place est faite à un style plus poétique et énigmatique tant dans le texte que l’image.

NOIR ET BLANC, de Agnès Lacor, illustré par Clémentine Collinet, éditions Casterman, 2000, 11 euros, à partir de 4 ans.

Un album sur le thème du message. Ici Papa est noir, maman est blanche. Une chance, mais également une cause de nombreuses interrogations. Car pour la petite fille « noir + blanc = gris ». Elle se demande quelle est sa couleur, jusqu’à la naissance du petit frère (qui lui non plus n’est pas gris). Noir et blanc ce serait finalement la couleur de l’amour. Un joli album sensible et plein de compréhension.

AU PANIER ! de Eliane Meunier, illustré par Nathalie Choux, éditions Le Rouergue, 2004, 11 euros, à partir de 5 ans.

Dans un parc animé, surgit une camionnette avec trois représentants de l’ordre. Telle une chansonnette  » pas de papiers, au panier! », le responsable envoie en prison tous les individus colorés : une femme, un oiseau vert, un chat et même le soleil y passe. Résultat, sans aucune couleur et sans vie, le parc est plongé dans la nuit. Ce petit album commence en page de couverture par rappeler le principe de libre circulation des personnes dont cet album est une satire. Autoritarisme exagéré où toute personne suspecte est arrêtée, mais aussi une déclinaison de la solidarité, voilà une courte leçon de tolérance suggérée. Espérons que les enfants y voient clair!

QUELLE EST MA COULEUR ? de Antoine Guilloppé, illustré par Géraldine Alibeu, éditions la joie de lire, 2003, 12 euros, à partir de 6 ans.

Un enfant en regardant son chien dormir, s’interroge sur la façon dont il est perçu par son entourage. Pour son instituteur, il est l’élève, mais les élèves le considèrent comme le copain arabe. Les Arabes le voient comme un petit Français, alors que les Français estiment qu’il est d’origine étrangère. Ce petit album interroge sur les origines et sur les préjugés en tous genres. En peu de mots, il saura faire changer d’avis. Une belle réussite pour un album touchant et graphiquement très réussi.

REVEILLON EN SOUS-SOL, de Virginie Gaucher, illustré par Gwen Keraval, éditions Magnard Jeunesse, 2003, 6 euros, à partir de 7 ans.

Nous sommes à la veille de Noël et Antoinette Michon, vendeuse, s’apprête à rentrer chez elle seule, après une journée harassante au cours de laquelle elle aura encore supporté « Banania » et sa bande de copains. Comble de malchance, elle se retrouve bloquée dans l’ascenseur de la galerie commerciale et lorsqu’elle appelle à l’aide, c’est « Banania » qui lui répond. Ce face à face sera pour elle une sacrée révélation, l’occasion de faire tomber tous ses préjugés sur les jeunes de son quartier et sur les étrangers. Il ne s’agit pas vraiment d’un récit policier, mais d’une petite leçon de vie, Virginie Gaucher réussit le pari de camper, en quelques pages, des personnages crédibles en nous livrant des bribes de leur histoire personnelle sans les juger, et au final, la thématique du conflit de générations et de communautés est bien traitée.

LE CHAT DE TIGALI, de Didier Daeninckx, éditions Syros, 2000, 10 euros, à partir de 8 ans.

Un instituteur achève sa coopération en Kabylie. A son retour, il ramène Amiche, le chat de Sonia. Sa présence dans un petit village du Sud de la France soulève l’hostilité des habitants. « on n’aime pas les Arabes », fussent-il félin. Entre racisme et souvenirs, un texte court sur la différence et surtout sur la tolérance.

COUP DE THEATRE A L’ECOLE, de Jo Hoestlandt, illustré par Claude et Denise Millet, éditions Bayard Jeunesse, 1999, 6 euros, à partir 9 ans.

La maîtresse de Mona a le projet de monter Blanche-Neige en pièce de théâtre. Les rôles sont tirés au sort et Mona, une petite africaine, doit jouer le rôle principal. C’est alors que les ennuis commencent. Entre jalousie et différence.

NOIR GRAND, de Sébastien Joanniez, illustré par Daniela Tieni, éditions  Le Rouergue, 2012, 11, 5 euros, à partir de 10 ans.

Difficile de passer inaperçu dans un petit village lorsqu’on a la peau d’une autre couleur que celle de ses parents, que celle des autres habitants. Le jeune narrateur a la peau tellement noire que « ça fait la nuit partout » quand il arrive. On le dévisage, on chuchote ou on suspend ses mots. Un regard neuf sur le monde et ses travers. Il ne chante pas des réconciliations fallacieuses, il ne ment pas sur l’espoir. Des « sale Noir », « Tête de Nègre », « Ça pue un noir ! » se feront encore entendre. Mais il est important de demander en retour : « ça pue quoi ? » et quelle est la douleur cachée, la peur incontrôlée qui se cachent derrière la haine ? C’est bien ce que fait cet enfant qui observe, qui interroge, qui rassemble les contradictions de sa vie pour en faire un tableau de rencontres et de paix.

CAFE AU LAIT ET PAIN AUX RAISINS, de Carolin Philipps, illustré par Jean-Louis Tripp, éditions Père Castor Flammarion, 1999, 10 euros, à partir de 11 ans.

Un jeune garçon allemand d’origine éthiopienne vit dans une cité d’immigrés. Un soir, en attendant Sonia pour aller voir le feu d’artifice, il est victime d’une agression raciste. Un roman sur la montée de la xénophobie chez les jeunes adolescents.

SANS RAISON PARTICULIERE, de Yaël Hassan, éditions Syros, 2002, 8 euros, à partir de 12 ans.

Sans raison particulière pourrait bien être la chronique du racisme ordinaire. Serge, 17 ans, fils d’un notable d’une petite ville de province, est emporté dans une spirale de la haine et de violence, sans raison apparente, tout juste par ennui et pour épater la belle Betty. Sans même une idéologie bien marquée. Jusqu’au jour où il rencontre Monsieur Brodky, un ancien déporté, qui vient témoigner devant les classes de teminale. Un témoignage autant qu’une leçon sur le racisme ordinaire, où plusieurs histoires, en parallèle se croiseront.

 

 » Nous ne supportons plus que la République soit ainsi défigurée, la laïcité instrumentalisée au service de la stigmatisation de millions de nos concitoyens, la xénophobie banalisée […] Nous refusons que la peur soit utilisée pour faire reculer nos libertés » Raymond Aubrac, juillet 2011.

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3 réponses à Ces intolérances ordinaires expliquées aux enfants

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  2. In Cold Blog dit :

    Il n’est jamais trop tôt pour bien faire.
    Je me permettrais d’ajouter à votre liste le très beau livre de David Dumortier, Mehdi met du rouge à lèvres (Cheyne) sur un petit garçon, autrement différent, qui souffre d’une intolérance tout autant discriminatoire.

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