Un jour, une rencontre : Soledad Bravi

Salon du Livre, porte de Versailles, vendredi 16 mars. Je suis venue assister à la conférence sur la Création Numérique qui a lieu sur le stand Place des Auteurs. Sont présents une romancière Emma Reel pour son livre Ah, Mathias Malzieu pour l’Homme-Volcan, et Soledad Bravi pour Les Histoires de lapin. Après 45 minutes de débat, je me présente à Soledad Bravi, intéressée par sa création et lui demande un entretien. Elle accepte, et nous nous donnons un rdv téléphonique quelques jours plus tard.

 

Europa-Apps est une jeune entreprise, comment vous ont-ils convaincue de participer à la 1ère collection d’applications pour les 2-5 ans ?

Soledad : J’ai d’abord reçu un message via Facebook de François Blum, le créateur, qui me disait connaître et apprécier mon Livre des bruits ( paru en 2004). Au départ, je ne voyais pas vraiment l’intérêt de cette rencontre, pensant qu’ils n’avaient pas besoin de moi pour créer une application numérique pour le Livre des bruits. En revanche, François Blum m’a donné entière carte blanche pour une nouvelle création : Les Histoires de lapin . Et là c’est comme rencontrer le Père Noël !

Quelles ont été vos contraintes ? Vos surprises ?

Soledad : La contrainte principale reste le coût. En effet, plus il y a de détails, de possibilités d’interaction, de manipulations, plus ça coûte. Au-delà du coût, il y a également une contrainte pratique de temps de téléchargement de l’application sur Iphone et Ipad. Les utilisateurs ne sont pas intéressés quand il faut 1h30 de téléchargement. LA surprise c’est le son ! D’un coup, mes personnages deviennent animés, parlent, chantent, crient ! La dimension sonore illumine alors l’histoire. Ils ont eu recours à un vrai comédien pour enregistrer les voix des animaux. C’est encore plus ludique, ça permet davantage l’éveil des petits. Quand je l’ai écrit, je rêvais de ces sons, à partager avec les enfants pendant la lecture, et l’Ipad permet enfin ça aujourd’hui !

Dans le livre papier et le livre numérique, c’est toujours l’histoire qui prime ?

Soledad : oui toujours ! S’il y a trop possibilités de jeux dans la même application, le jeune lecteur perd le fil conducteur. Aujourd’hui, nous avons un autre mode de consommation de la culture : on survole, on consomme, on picore, on zappe. C’est bien là la différence entre les applications, très consommées et souvent gratuites, et les livres numériques. Un livre numérique, au même titre que le livre papier, demande de l’implication, de la disposition mentale, du temps et surtout l’accompagnement de l’adulte. La France est en retrait par rapport aux USA et au Japon : eux disposent davantage d’Ipad ou tablettes permettant à l’enfant d’entrer dans la lecture. Pour l’instant, l’utilisation de ces nouveaux supports est assez restreinte en France. Les propriétaires d’Ipad ayant des enfants de 2-5 ans et investis dans la lecture accompagnée sont peu nombreux. De nos jours, les parents vont au plus rapide : télécharger plein d’applications gratuites et laisser les enfants manipuler seuls. C’est une forme de surconsommation culturelle qui s’illustre bien dans le format du zapping. Or, il me semble primordial de guider et d’accompagner les enfants dans la lecture. Diversifier les lieux de rencontres autour du livre ( bibliothèques, médiathèques, salon…) et être investi en tant qu’adulte donne aux enfants le goût de la lecture.

Pensez-vous que le livre numérique annonce la fin du livre papier ?

Soledad : La création numérique commence à peine. Au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, depuis 2011, ils ont crée le prix de la création numérique. Il faut du temps pour que ça entre dans les moeurs . Commercialement parlant, il faut créer des extensions « jeux « pour les enfants. C’est le côté ludique aussi de la manipulation de l’Ipad par exemple et ça peut aussi permettre de créer de véritables moments en famille autour d’un livre par le biais d’un jeu. La problématique est aussi celle de la visibilité : les médias ne relaient pas l’information. Si vous cherchez sur une plateforme telle que Amazon ou AppleStore, vous êtes inondés d’informations, et vite perdus si vous ne connaissez pas le titre exact d’un livre.

Avez-vous d’autres projets de création numérique ?

Soledad : Je suis toujours en contact avec Europa-Apps. Des extensions « jeux « des Histoires de lapin sont à paraître, notamment des jeux autour des couleurs, des coloriages, des décalcomanies etc… Et il y a aussi de nouvelles créations à venir avec l’illustratrice Kimiko. Il faut créer du choix et de la diversité pour les très jeunes lecteurs.

 

Je remercie chaleureusement Soledad Bravi pour cet échange intéressant, sa disponibilité, sa fraîcheur et son enthousiasme ! J’en profite pour vous signaler 2 nouvelles parutions : Le Saule pleureur de bonne humeur, écrit par David Foenkinos et illustré par Soledad le 2 avril chez Albin Michel Jeunesse, et Le Livre des Couleurs, écrit et illustré par Soledad le 20 avril chez l’école des Loisirs.

 

Enfin, je vous recommande vivement les Histoires de Lapin

Parce que c’est beau, c’est drôle, c’est une vraie histoire, c’est simple, c’est coloré, c’est ludique et c’est de la lecture vivante ! La preuve en son et images ici : http://www.youtube.com/watch?v=-srHxpswbsY

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