Le phénomène Harry Potter

Jamais une histoire déjà contée n’a été aussi attendue que le dernier film d’ Harry Potter. Succès commercial délirant, phénomène inédit de la littérature jeunesse, série captivante réunissant plusieurs générations sur une décennie, la saga de J.K Rowling est devenue une icône pop des années 2000. En trois temps : avant, pendant, après, l’occasion idéale pour revenir sur le sorcier à lunettes et imaginer son futur.

 

Avant : Lire a changé de nature

La littérature jeunesse n’est pas née avec Harry Potter. Mais jamais, on n’avait vu un tel phénomène, d’autant plus planétaire. Harry Potter n’a pas bouleversé le paysage éditorial jeunesse, qui continue d’exister avec ou sans lui, mais l’a mis sous les projecteurs. Soudainement, lire a changé de nature. A une époque paresseuse parce que saturée d’images, trop préoccupée par le temps ou juste faible intellectuellement, on a repris plaisir à veiller tard à la lumière d’une lampe de chevet. La raison n’est pas seulement à chercher derrière le patchwork de thèmes que Rowling emprunte et mélange (enfance, adolescence, magie, amitié, autorité, courage, solitude, mort…), ou leur combinaison à une nouvelle fantasy qui ne dissout pas complètement le réel dans l’imaginaire pur, mais à l’ensemble, associé à un effet boule de neige.

Plus qu’un best seller, Harry Potter est un blockbuster de la littérature jeunesse. Un mix génial arrivé au bon moment et qui va fédérer en faisant de l’enfant bientôt adolescent le héros d’un grand spectacle le prenant au sérieux. Le tour de force ultime de la saga de Rowling est aussi d’avoir élargi son lectorat. Pas seulement à cause de la durée sur laquelle s’étend la série, mais par le soudain engouement d’un public adulte, poussé par les films à y regarder de plus près. Ceux qui ne lisaient pas ont dévoré, et parfois dans la langue de Shakespeare, les volumineux tomes d’Harry Potter. Jamais littérature jeunesse n’a connu une telle démocratisation, au point de devenir pour certains leur unique référence. Outre l’effet de masse, ce récit d’apprentissage teinté de mythologie british et de passion pour les cours d’école est devenu le phénomène inédit d’une culture pop dont il est lui-même l’héritier. A la fois postmoderne et classique, parachevant son succès sur les cendres angoissées de l’après 11 septembre, Harry Potter a changé la donne. Mais celle-ci a-t-elle bouleversé le monde au-delà des nouvelles lois de l’entertainment ? Pas sûr.

Pendant : Enfant de la pop culture

Il y a plusieurs manières d’expliquer un succès, plus encore comme celui d’Harry Potter, phénomène littéraire, cinématographique, culturel, social. Mais on pourrait en distinguer deux qui sont liés. D’abord l’énorme machine commerciale :  Harry Potter a fait de Rowling l’une des plus grosses fortunes d’Angleterre. Les livres se sont vendus à plus de 400 millions d’exemplaires dans le monde ; les films ont rapporté à l’heure où sort le dernier épisode des milliards, de quoi éponger pas mal de dettes… Tout ceci n’aurait pas été possible si la Warner n’avait pas vite investi des budgets croissants sur les films qui, coïncidant avec la démocratisation des effets spéciaux numériques, purent rendre vraisemblable l’univers des livres. Mais ceci ne suffit pas. Il faut considérer avant tout Harry Potter comme l’enfant parfait de la pop culture à son stade terminal. Cette pop inoffensive, pas forcément idiote (Rowling aborde avec sérieux l’adolescence et la mort), mais qui doit tout aux forces d’un entertainment sans faille, vidé du moindre regard subversif sur le monde ou les choses, parce qu’il doit d’abord se maintenir en vie. Machine capitaliste au sourire sympathique mais froid….

Corollaire de ce succès massif hérité des recettes de la pop culture des années 80 et plus largement de la pop littérature (la fantasy c’est aussi ça), Harry Potter ne serait pas devenu une légende s’il n’avait été une série – dont l’essence est aussi de lutter pour sa propre existence. Ce n’est pas un hasard si livres et films coïncident avec l’engouement général pour les séries télévisées durant les années 2000. Quoique de manière plus dense car segmenté en larges épisodes, Harry Potter a su créer la même fascination. Celle-ci doit beaucoup à la durée, au temps permettant aux lecteurs d’accompagner simultanément les personnages. De synchroniser leur vie sur des héros de fiction qui, matérialisés sur un écran, vieilliront sous leurs yeux durant une décennie. Là tient aussi le secret du rapport intime que créent les séries avec ceux qui les suivent. Mais quand la télévision propose de sublimer la banalité du quotidien, Harry Potter conserve l’envie des grands récits et veut traiter de thèmes forts. D’où sa suprématie définitive, à l’image de ce qu’est devenu l’autre serial monumental du cinéma : Star Wars.

 

Après : Moyen de séduction massive

Que restera-t-il d’Harry Potter ? On peut imaginer qu’il deviendra un classique de la littérature jeunesse, ce qu’il est déjà, et que les générations futures de trentenaires s’en souviendront avec nostalgie. Pour les films, leur apport au cinéma est moins évident, car peut-être trop industriel, laissant déjà peu de place aux cinéastes qui en ont pris les manettes. D’un point de vue cinématographique, Harry Potter n’apporte rien. Il illustre avant tout. Donne vie à un monde. On ne peut en tirer aucune leçon. Pas le moindre effet de style ou de mise en scène qu’on irait rattacher à un auteur ou une pensée. Rien n’en ressort que la transposition plus ou moins réussie d’une intrigue préexistante, avec des moyens hollywoodiens, donc de séduction massive.

Alors quoi ? Si on promet pour bientôt un parc d’attraction et qu’on imagine facilement Rowling ressusciter ses personnages, quel avenir pour le petit sorcier ? Avec la fantasy, tout est possible. Comme Star WarsHarry Potter fonctionne sur un bestiaire, il a son vocabulaire, ses multiples personnages, de quoi entretenir le feu mythologique pendant longtemps. Pourtant, la série n’a pas, ou pas encore, les possibilités vertigineuses et illimitées de Star Wars, monde gigantesque, ouvert dès l’origine (par son récit, son traitement de l’espace) et visité au travers d’une quantité inimaginable de produits dérivés. On voit ainsi mal se dessiner l’héritage d’une saga comme Harry Potter sinon par un énième retour vers la fantasy adolescente. Pourtant, ce qui restera et ce sur quoi il faut parier, c’est cet objet originellement dédié aux plus jeunes. Avec ces livres qui font de la « School Fantasy » comme personne auparavant, Rowling a trouvé une recette universelle. Pop en ce qu’elle mouline mille références dans de la littérature populaire, et fédératrice pour faire de la cour d’école un lieu commun où mettre la vie et orchestrer un combat avec la mort. Plus encore, elle touche à la mémoire et au temps : par sa simultanéité avec la jeunesse de son lectorat sur une génération, elle devient une partie de soi à transmettre et faire exister. Ce qui en restera plus encore qu’un univers comme Star Wars, c’est un récit fleuve avec lequel grandir. Et c’est déjà pas si mal…

Cette entrée a été publiée dans 2-10 ans, Ados, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Le phénomène Harry Potter

  1. Demarquet dit :

    Bonjour,

    Je te rejoins, sur l’adaptation « industriel » au cinéma…
    La touche de l’auteur associée à l’empreinte personnelle d’un réalisateur, aurait pu permettre d’élargir l’univers de Harry Potter, en misant sur l’aspect visuel… et non pas au travers d’effets spéciaux purement démonstratif et sans âme…
    J’aurais aimé voir Tim Burton le réaliser ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>