Dans la tête…

… des auteurs et illustrateurs de littérature jeunesse, et par extension de leurs personnages, il s’en passe des choses ! De l’imagination, de la créativité, de la drôlerie, des idées surprenantes, le tout sans cesse renouvelé ! Petit inventaire d’albums qui secouent les neurones !

                                                          albert                        Dans la tête d’Albert, ça déménage, ça part dans tous les sens, ça ne s’arrête pas ! Sous une inertie trompeuse, Albert rêve, revit, réfléchit, se repose, classe et trie, mémorise, imagine sans cesse. Le cerveau humain est une énigme qui intrigue fortement le chien d’Albert, le narrateur.

En voilà un ovni littéraire incroyable et sacrément réussi ! Un parti pris narratif original : celui du chien qui observe sur la page de gauche, et les réflexions internes d’Albert sur celle de droite. Chaque narrateur utilise le « je » invitant le lecteur à penser le visible et l’invisible. Annie Agopian, l’auteure, place les pensées d’Albert entre « ses deux oreilles », et les sentiments s’expriment en rouge. Quant aux illustrations de Carole Chaix, elles sont foisonnantes, imbriquées au texte, intenses, quasi théâtrales ! Un album intelligent qui donne envie de prendre son temps, d’observer, de se questionner. A lire et relire avec plaisir. Et pourquoi pas à proposer à des plus grands. ***coup de coeur***. Chez Thierry Magnier, 2015. L’avis de Pépita

Le Monde imaginaire de Martin couverture-Martinde Corinne Boutry, illustré par Loren Bes, Mazurka, 2013.

 Martin est un tendre, un rêveur et a pour passion le dessin. Alors quand la réalité le blesse, il se crée un monde imaginaire : il y met ce qui le rassure, ses aspirations, son audace et ses folies. C’est son royaume secret. Il lui suffit de dessiner une porte pour franchir la limite réalité/fiction.

Je découvre cette jeune maison d’édition jeunesse avec cet album tout doux. Hymne à la créativité et à l’imaginaire illustré par les pinceaux-aquarelles de Loren Bes. Le propos me rappelle le monde d’Alice de Lewis Carroll ou la nécessité de s’échapper et de se créer son autre réalité. Un petit escargot se promène de page en page, libre à chaque lecteur de se l’approprier pendant son voyage.

histoireDonne-moi une histoire, voilà l’injonction d’une petite fille à son papa créatif ! C’est Jean-Luc Englebert, auteur et illustrateur, chez Pastel, qui s’y colle et c’est réussi ! Alors quand demoiselle se met à rêver, elle met à contribution son papa. Après quelques propositions refusées, la voici en chevalière, à la tête d’une armée prête à faire la guerre. Oh et puis non, la guerre c’est trop nul ! Bon et qu’est-ce qu’on fait maintenant, papa ?

Quand la complicité père-fille s’illustre tendrement dans un dialogue créatif, c’est un vrai plaisir ! Un papa qui crée et réajuste l’intrigue et les dessins au gré de la fantaisie de sa fille. Un album à lire à l’heure du coucher pour s’endormir avec le sourire.

Chez les fourmis rouges, c’est sur la Troisième branche à gauche téléchargementque ça se passe ! Alexandra Pichard nous invite à suivre les pérégrinations d’une petite fille partie à la recherche de son chat grimpé dans un arbre. Oubliez ce que vous pensiez connaître des arbres, celui-ci est unique en son genre ! Vous y croiserez notamment : une chaussette esseulée, des patineurs artistiques, un homme en pyjama, un gardien de zoo au bout du rouleau, un arrêt de bus, les Beatles, ou encore des marathoniens ! Rien que ça ! Je n’en dis pas davantage et vous laisse vous ébahir devant tant d’imagination et de fantaisie !

Dans cet album, on joue, on cherche, on farfouille dans un labyrinthe pastel où chaque détail a son importance. Preuve s’il en fallait que l’arbre est un monde à part entière ( dédicace à mes copinautes). Cette petite à la bouille ronde (je suis fan oui) apprend la patience et la persévérance et l’entraide. A la fin de cette quête initiatique riche de rencontres improbables, à la cime de l’arbre avec son chat, aurait-elle grandi ? Un album comme je les aime ! Le graphisme, le papier, le grand format, les couleurs, l’originalité, la fantaisie, la drôlerie : ***coup de coeur***. A découvrir de toute urgence et s’y perdre des heures durant. 

 devoirs[Attention, éloignez les parents et les professeurs]. Qui n’a jamais été en panne d’excuse de devoirs pas faits ? Pas de panique pour la prochaine fois, et dites merci à Davide Cali et Benjamin Chaud, et aux éditions Hélium ! C’est servi sur un plateau dans un petit album, superbement illustré pour peaufiner les détails si on vous questionne, et c’est rigolade assurée de surcroît !

Je n’ai pas fait mes devoirs parce que… des elfes ont caché mes crayons, nous avons été attaqués par des Vikings, un cinéaste a utilisé ma chambre pour son prochain film… Imagination débridée, fous rires assurés ! Et si jamais, vous cherchez aussi des excuses quand vous êtes en retard à l’école/collège/lycée/travail, vous pouvez aussi rigoler en trouver dans Je suis en retard à l’école parce que… (même duo auteur/illustrateur, même éditeur, même marrade!). L’avis de Chlop.

Bonus : Comme je suis complètement POUR que les adultes lisent des albums jeunesse, en voilà un bien cynique, bien drôle, bien illustré : Enfantillages de Gérard Dubois, enfantillagesau Rouergue. Petit format (pour rire dans le métro ou à la pause-déj), un mot doux-amer sur la page de gauche, une illustration à droite. Des thèmes savamment choisis : amabilités, quelques jeux, quelques distractions, moments perdus, parades, cache-cache, les amis, tendresse.

L’image d’Epinal n’est pas loin. Les codes de l’enfance revisités, beaucoup de tendre cruauté, intemporalité, décalage et second degré : une petite merveille à s’offrir/offrir pour ne pas oublier l’enfant qu’on a été ! Moralisateurs, étriqués et rabat-joie s’abstenir !

Publié dans 2-12 ans | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

Dans le désordre

Tradition oblige, c’est le moment de vous souhaiter une belle nouvelle année ! Pleine de joies diverses, d’accomplissements en tout genre, une santé de fer et des nerfs d’acier pour tout affronter, et bien évidemment des lectures par milliers ! Mais en 2016, je vais aussi vous souhaiter d’autres choses et j’ai choisi le roman de Marion Brunet, Dans le désordre, qui paraît aujourd’hui, chez Sarbacane, collection X’prim, pour illustrer mes voeux.

dans-le-desordre-377x600Tout commence lors d’une manif contre l’austérité. Jeanne, Basile, Alison, Lucie, Jules, Tonio et Marc : 7 révoltés qui vont se rencontrer. Certains se connaissent déjà, leur colère va faire le reste. Des liens immuables se tissent, et aboutissent à une petite communauté qui s’installe dans un squat pour le meilleur et pour le pire. Plans d’action, débats nocturnes, réflexions communes, fêtes et luttes rythment leurs vies à l’unisson. Et au milieu de ce joyeux désordre, débarque le grand amour pour Jeanne et Basile.

« Sinon quoi ? Aller dans le mur, accepter la violence d’Etat, voir les banques s’enrichir, les gens s’endetter puis s’appauvrir jusqu’à la bêtise et l’anéantissement de toute révolte, et ne rien faire ? ». Alors, lutter. Refuser. Vivre autrement. C’est là l’enjeu, et ils le savent : l’union fait la force. Certes, d’autres l’ont fait avant eux, et ? Il faudra essayer encore et encore et encore. No pasaran !

Des personnages multiples et attachants, aucun n’est mis de coté. La plume de Marion Brunet à la fois brute et fine, un style percutant et efficace, un rythme qui donne envie de tourner les pages en oubliant le temps et serrer les poings, voire beugler quelques chants révolutionnaires. Et surtout un cri : celui d’une meute, celle qui dénonce les injustices et les violences d’une société perdue. Et aussi un élan : immense, ensemble, différent, salutaire, engagé, résistant. Dans le désordre, c’est le roman qui ouvre grand le champ des possibles. Et ça fait du bien par où ça passe, bordel ! ***coup de coeur***

De quoi commencer l’année avec rage, envie, détermination, enthousiasme. Foncez en librairie !

Alors pour 2016, je vous souhaite de la force et de l’espoir, aucun renoncement, de la foi sans faille en ce que vous êtes et ce que vous faîtes, de faire de vrais choix et aucun regret, la volonté de changer le monde, de vous engager dans les causes qui vous tiennent à coeur ! En 2016, ensemble et debout.

 

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , | 3 commentaires

Wild girl

Quand Audren inaugure la nouvelle collection de romans ados, Litt’ chez Albin Michel, c’est déjà une promesse. Quand en plus, l’héroïne est une institutrice déterminée dans l’Ouest américain au temps des chercheurs d’or, là c’est carrément une aventure !

téléchargement

Wild Girl ou l’histoire de Milly Burnett, 19 ans, qui quitte son confort du Massachusetts natal pour un voyage dont elle se souviendra longtemps, direction le Montana, et la petite école de Tolstoy. Milly a deux ambitions : enseigner et être libre. Comment concilier les 2 quand on est jeune, entourée par des gens à l’esprit étriqué, dans une contrée encore inconnue et un brin sauvage ? Et que se passe-t-il quand bravant les conventions et le harcèlement quasi quotidien d’une femme influente de la communauté, Milly décide d’accueillir Joshua, élève marginal de 17 ans à la mauvaise réputation ?

Sur fond historique documenté, on assiste à la naissance d’une femme libre. Un roman initiatique fort, des personnages bien dessinés qui gravitent autour de l’héroïne, de l’amitié et de l’amour, un décor quasi théâtral, des thèmes essentiels distillés de façon subtile (les conventions sociales, le génocide indien, la loi du plus fort, le racisme et la peur de l’inconnu, la condition féminine), et le style fluide, rythmé et passionné d’Audren.

Sa wild girl, c’est une jeune fille touchante de volonté et de naïveté parfois. C’est l’incarnation de la vocation d’enseignante, qui donne le meilleur à ses élèves, qui les éduque au libre-arbitre, qui assume tous ses choix, qui éveille et transmet avec patience et générosité, qui tente d’être la plus juste possible. C’est un bel hommage à ce métier, et pour ça : merci.

Mention spéciale au titre qui ne pouvait pas être autre, et la couverture très réussie. Vous l’aurez compris, c’est un ***coup de coeur*** pour la femme et pour l’enseignante. Ruez-vous dans une librairie, enfilez vos bottes, et laissez-vous guider ! Je ne résiste pas à la tentation, cliquez donc

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

Quelqu’un qu’on aime

Quel beau titre tout en douceur, et la couverture qui en dit l’essentiel : des gens qui s’unissent, des gens liés, des gens qui s’aiment. Cette invitation à la lecture est signée Séverine Vidal, dans la collection X’prim chez Sarbacane. Et ça vaut le voyage.

téléchargementGary, le grand-père de Matt n’a plus toute sa tête, saloperie d’Alzheimer. Alors son petit-fils lui propose un voyage sur les traces de ses souvenirs de fan de Pat Boone. Refaire la tournée de 1958. C’est alors que Dixie annonce à Matt l’existence de sa fille Amber. Elle sera aussi du voyage. Le jour du grand départ, les vols sont annulés pour cause de tempête de neige. A l’aéroport, Luke qui fuit sa vie et Antonia qui fuit son ex et son travail, vont débarquer dans la vie des 3 autres. Les surprises de l’existence font le reste : les voilà embarqués tous les 5 dans un van direction la vie.

Autant le dire tout de suite, ce roman fait un bien fou ! Beaucoup de bienveillance et de tendresse, beaucoup de volonté et de respect : l’humain dans ce qu’il a de plus touchant. Des secrets, des souffrances, des espoirs, des rires, des vies. On assiste à la naissance de sentiments nobles, à la naissance d’une famille aussi. On voudrait nous aussi être dans cette « vasse ». L’amour inter-générationnel est beau. La spontanéité de certaines scènes fait sourire, souvent. La musique et les souvenirs nous bercent. Les personnages, ou dirai-je plutôt les gens, nous attendrissent. C’est un roman choral dont les voix résonnent en nous. La route dévoile les personnalités, les quêtes et les besoins. On voudrait ne jamais finir ce road-book.

J’espère qu’Antonia ne m’en voudra pas de mettre 3 étoiles à son histoire, pas 2 ni 4. ***coup de coeur*** . La bande-son qui accompagne le roman est sublime. Et lire ce roman à l’heure où les actualités montrent la laideur du monde, c’est une bulle, une résistance, un plaisir. Merci Séverine Vidal pour le tact, la pudeur et la magie. A lire, et à aimer beaucoup. 

 

 

 

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , | 2 commentaires

Première fois

Rentrée littéraire oblige, une quantité quasi vertigineuse de parutions depuis fin août ! Un régal pour les passionnés gourmands de lecture, mais aussi parfois un casse-tête pour s’y retrouver, non ? Aujourd’hui, j’ai choisi 4 romans qui ont un point commun : ce sont des premières oeuvres. Parce que la littérature jeunesse, c’est aussi de nouveaux talents qui émergent et qu’on a envie d’encourager !

 pensée  Pensée assise de Mathieu Robin, Actes Sud Junior, 2015.

Suite à un accident de voiture, Théo est en fauteuil roulant pour le restant de ces jours. Deuil, colère, acceptation. Et l’humour comme bouclier. Jusqu’au jour où l’amour, sous les traits de la pétillante Sofia, fait irruption dans sa vie. Théo ne désire qu’une chose : être à la hauteur, aux sens propre et figuré. Des tas d’idées loufoques et une volonté de fer le mèneront…à la paralysie affective.

Pensée assise est avant tout un court métrage scénarisé par Mathieu Robin en 2005 et novélisé pour Actes Sud Junior. Pas toujours simple d’évoquer le handicap d’un ado, et pourtant beaucoup d’humour et de tendresse dans ces quelques pages. Se dépasser pour soi et l’autre, se construire dans la différence, aimer sans condition. Mention spéciale à la couverture. L’avis de Pépita.

 sauvageCoeur Sauvage de Fabien Fernandez, Collection aventures, Oskar éditeur, 2015.

Johann, ado moscovite, perd son grand-père avec qui il avait une relation vraiment tendre et forte. Ses parents ne s’en préoccupent pas, et pris de colère il s’enfuit. En quête de vérité, il part en pèlerinage affectif sur les traces de Papi Vassily. Des enfants des rues, les Bezprizorni, à certains membres inconnus de sa famille, en passant par la jolie Yulia, Baba Yaga et sa rencontre avec le tigre de l’amour : comment s’en sortira-t-il ?

Ecrit à la première personne, très bien documenté, ce roman embarque le lecteur pour une aventure dans des paysages reculés et des traditions vraiment passionnantes ! De la musique, des coutumes, le transsibérien, les légendes et poèmes, tout est voyage dans ces pages. Je connaissais un peu les illustrations de Fabien Fernandez, je découvre son autre plume et j’en suis ravie ! Un voyage qui révèle un personnage bien au-delà de ce qu’il pensait. Une très belle réussite ! ***coup de coeur*** Embarquez, vous aussi ! 

 DeCapesEtDeMots-204x300De capes et de mots de Flore Vesco, Didier Jeunesse, 2015.

Serine est une jeune fille qui n’a pas sa langue fantaisiste dans sa poche et plus d’un tour de passe-passe dans son sac. Alors quand elle se présente pour devenir demoiselle de compagnie d’une reine tyrannique et sournoise, c’est une promesse d’aventures et de rire ! Elle va semer la zizanie à tout-va sans se douter que quelques personnes ne lui veulent pas du bien. Sa joie de vivre et ses inventions langagières seront ses plus grands atouts !

Quand vanité, manipulation, trahison et mensonge perdent le duel face à l’inventivité, les idées brillantes, la répartie et les mots qui font mouche ! Mais quelle drôlerie et quel personnage ! Un brin impertinente, la couverture nous rappelle… Fantômette ! Un tourbillon de rebondissements, un humour décapant, de la créativité et des néologismes dans tous les sens : un premier roman jubilatoire ! ***coup de coeur***. A lire d’urgence pour muscler ses zygomatiques ! 

La pyramide des besoins humains de Caroline Solé, pyramide

collection Médium,  Ecole des loisirs, 2015.

Christopher est un ado SDF au coeur de Londres. Un jour, devant une vitrine, il tombe sur une publicité annonçant le nouveau jeu de télé-réalité : la pyramide des besoins humains. Le principe est simple : 5 catégories de besoins, 15 000 candidats, 5 semaines, un texte de 500 mots et vidéo/photo, le vote du jury. Il s’appelle Christopher, porte le n°12 778, et dans 5 semaines il deviendra célèbre.

Une fulgurante ascension virtuelle comme un pied-de-nez à la société qui laisse ses gosses dans la rue. Roman court, juste et bien écrit, comme un regard critique sur la société de consommation, la superficialité des médias, le voyeurisme, les réseaux sociaux. Et surtout une vraie réflexion sur la vie des SDF et nos besoins fondamentaux. Pas de pathos, beaucoup d’acuité pour un premier roman maîtrisé. Une auteure à suivre. Les avis de Bouma et Nathan.

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , | 4 commentaires

Et si demain…

La prochaine édition du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, en décembre à Montreuil, aura pour thème : Pour de vrai, pour de faux : réel et fiction. Aujourd’hui, je vous propose des livres qui questionnent ce rapport : un recueil de nouvelles d’anticipation et des romans réalistes.

et si demain Et si demain… de Michel Piquemal, collection Place du marché, éditions Le Muscadier, 2015.

Imaginez un monde où les états seraient remplacés par un gouvernement de multinationales. Imaginez que l’on puisse effacer les mauvais souvenirs. Imaginez qu’on trouve un moyen imparable de séduction. Imaginez le mariage sur critère génétique. Imaginez l’école exclusivement en ligne. Imaginez le retour des jeux du cirque. Demain, l’enfer à portée de main.

Michel Piquemal invite son lecteur à utiliser son temps de cerveau disponible et aiguiser son sens critique. Onze nouvelles bien flanquées, efficaces, brutes, cinglantes. Ironie salutaire pour une collection indispensable et intelligente. A découvrir avant que la fiction ne dépasse la réalité.

Comme une envie de voir la mer d’Anne Loyer, mercollection tertio, Alice éditions, 2015.

Imaginez que vous êtes une jeune fille de 16 ans, brillante, jolie, entourée, le bac en poche et l’avenir tout tracé. Imaginez qu’un simple appel téléphonique va tout envoyer valdinguer. Imaginez que ce qui se terre et se tait depuis toujours en vous s’emballe comme une fulgurante colère. Imaginez que dans votre fuite vous embarquiez votre frère handicapé et angoissé pour aller voir la mer.

Roman sensible et crédible où les secrets de famille et l’amour filial dévastent tout. Anne Loyer brosse le portrait d’une ado en recherche de soi, de ses origines, et un lien fraternel fort et beau parce qu’authentique et pas acquis. Comme une envie de voir la mer(e) ou l’importance d’assumer tous les choix. ***coup de coeur***. Les avis de Pépita et Alice

peauLa peau d’un autre de Philippe Arnaud, collection X’prim, éditions Sarbacane, 2012.

Imaginez que depuis votre naissance, on ait tout choisi à votre place, y compris la couleur de votre peau. Imaginez qu’au bout de 20 ans, vous réalisiez ça et que vous décidiez alors de montrer au reste du monde qui vous êtes. Comment ? En prenant une classe de maternelle en otage, mitraillette et ceinture d’explosifs.

Roman à trois voix : celle du terroriste, celle de l’institutrice, celle d’une enfant. Une lecture sous tension pour un roman uppercut ! Une construction en huis-clos, mêlant passé et présent, focalisation interne : le lecteur est embarqué directement. Décidément, la collection X’prim a l’art et le talent d’éditer des romans dont on ne sort jamais indemne. ***coup de poing***

Le bureau des objets perdus de Catherine Grive, objetcollection doado, Rouergue, 2015.

Imaginez que depuis toujours, vous perdiez tout, absolument tout. Pas une simple étourderie, quasiment une façon de vivre. Vous en riez parfois n’hésitant pas à solliciter l’aide de vos proches. Jusqu’au drame : vous avez perdu votre blouson fétiche !

Ce qui pourrait être une histoire légère d’ado un peu superficielle est un révélateur : elle fuit les conflits entre ses parents, elle fuit le chômage paternel, elle est en quête d’elle-même. Et pour une fois, elle va chercher seule. Emancipation. Ce blouson, qui lui donne tant confiance en elle, cadeau de son oncle menteur et fantasque, symbolise son rapport à l’espace, au temps, aux êtres. Une sorte d’hommage à la valeur sentimentale qu’on donne à nos objets. Les petits riens qui changent tout. L’avis de Pépita.

50979Le jour d’après de Christophe Léon, Thierry Magnier, 2014.

Imaginez que vous êtes une lycéenne qui souhaite que son père arrête de battre sa mère. Imaginez que vous êtes un jeune brillant dont la passion est de photographier les objets qu’il vole aux gens dans le métro. Imaginez que vous êtes un septuagénaire ronchon dont les enfants tentent désespérément d’enfermer en maison de retraite. Vous allez vous rencontrer, et après…?

Construction narrative dramatique menée de main de maître, suspens, rythme rapide, personnages se dévoilant peu à peu : un roman fort et cohérent. Une fin redoutablement efficace qui ne laisse pas indifférent. Un bel exemple de jeunesse forte et vive. ***coup de coeur***

 » L’une des ambitions premières du roman sera de saisir l’expérience humaine à travers la fiction.  » André Malraux.

Bonus adulte : Et si demain, je lisais ma toute première bande dessinée ? Ce serait sur les conseils de mes amis, ils se reconnaîtront, et ce serait Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé, éditions Delcourt, 2015.

pas toiImaginez que vous allez devenir père pour la seconde fois. Imaginez que jusqu’à la naissance, vos angoisses s’apaisent, puisque le corps médical vous dit que tout va très bien. Jusqu’à la rencontre avec votre petite fille. Une petite fille pas comme les autres. Et ce diagnostique qui dit comme un gros mot : trisomie 21.

Autobiographique, et très graphique, c’est le récit émouvant d’un père pas comme les autres. Difficile chemin de traverse, semé de doutes, peurs et bonheurs inattendus. Drôle, tendre, sincère. A lire.

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , | Un commentaire

La langue des bêtes

Voilà 15 jours que je l’ai refermé, 15 jours que je cherche les mots. La plume bouleversante de Stéphane Servant a une nouvelle fois opéré, dans la collection Doado au Rouergue.

105915812 Un chapiteau de cirque dézingué au fond d’un bois, entre un village et une grande ville éclairée. La piste aux étoiles ne brille plus, les saltimbanques isolés et usés, les animaux errant parmi des voitures fracassées, le puits aux anges déchus. Seuls les yeux de la Petite restent éclairés, nourris d’histoires et de légendes, avalant les mots trouvés dans les livres, et ceux que lui content le Père aux mains d’ogre, Belle la mère trapéziste-funambule, Colodi et sa marionnette, Pipo le clown et son lion Franco, Major Tom le nain. Une famille. Une famille cabossée, une famille hors norme, une famille en résistance.  » Il faut continuer à tisser. Peu importe le motif, Petite. L’important, c’est que la couverture soit chaude et douce et que tu puisses t’y blottir quand le froid est tout autour. Il faut tisser, Petite. Nous sommes là pour ça. » No pasaran.

Une expulsion pour cause de construction routière. La Petite découvre l’école, les enfants et leur cruauté, un monde civilisé qu’ils disaient. Un instituteur-poète et des mots. Des maux. La chute. Fatalement. Irrémédiablement. « Parce que parfois les mots s’imposent à notre esprit comme des augures et que dès lors nous sommes soumis à leur seule volonté. Et c’est peut être là qu’ils acquièrent leur vraie magie : quand nos propres mots nous submergent et font de nous des marionnettes de papier. » 

« Celui qui sait lire peut comprendre le monde. Celui qui écrit peut le changer ». Stéphane Servant nous rappelle avec humilité et poésie combien le monde a oublié ce que disent les histoires, ce qu’est la langue des bêtes, son pouvoir universel et sa beauté, ce qu’est l’Amour. La Petite, c’est vous, c’est moi, c’est la convocation immédiate de l’enfant intérieur que nous sommes. Ses mots, qu’on avale et qui nous happent, entre ombre et lumière, viennent murmurer, gratter, appuyer, vibrer, tendre et tisser à l’intérieur, dans une lenteur savoureuse. A travers ce roman sublime et maîtrisé, on perçoit l’intime, le beau, le fragile, l’essentiel. Tout, absolument tout de la couverture-photo de l’artiste Laura Makabresku, au titre, en passant par les personnages, l’intrigue, le décor et le style si romanesque, si subtil, si poétique, est une invitation au voyage, à l’abandon, à l’imaginaire : de la Grande Littérature. Désormais, il y aura pour moi un avant/après La Langue des Bêtes. 

… And I’m floating in a most peculiar way, And the stars look very different today…

Un de mes plus beaux moments de lectrice : une évidence, un rendez-vous, une émotion rare. Certaine qu’on en parlera encore longtemps.

Merci Monsieur Servant.

Mes copinautes Pépita, Céline et Kik bouleversées aussi.

 

 

 

 

 

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , , | 3 commentaires

Swap de l’évasion !

A l’ombre du grand arbre, nous avons nos rituels. A l’aube de notre second SummerBookCamp, nous avons organisé un swap d’été. A la veille de la première édition de Lire en Short, nous avons choisi l’évasion !

ma swappeuse est...bretonne !

ma swappeuse est…bretonne !

je suis super gâtée !

je suis super gâtée !

Au moment où j’écris ce billet, je dévore des petites étoiles car ma swappeuse a misé sur les étoiles pour m’évader…et elle a bien fait !

Que de trésors !

Que de trésors !

Allez je vous révèle le contenu en détails : Une Etoile dans le coeur de Louis Atangana, Sans la télé de Guillaume Guéraud, Histoires de la Maison qui voulait déménager d’Hervé Walbecq, l’intégrale magistrale Tobie Lolness de Timothée de Fombelle, et Et je danse, aussi d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. Une jolie pochette étoilée cousue main, une étoile cousue main aussi pour accrocher mes clés, des bonbons en forme de coeur et d’étoile, et… une brosse à dents ! Alors avez-vous deviné qui me l’a envoyé ?

C’est bien sûr Kik ! Alors un IMMENSE MERCI chère copinaute pour tous ces romans à lire, ces découvertes, ces gourmandises, ces petits cadeaux ! J’ai de quoi m’évader tout l’été et lire en short à l’ombre du grand arbre !

Bel été à tous et toutes ! Bonnes vacances ! Travaillez moins et lisez plus !

Publié dans 2-12 ans | Marqué avec , , , | 2 commentaires

Des dragons et des licornes

Des créatures fantastiques ou extra-ordinaires, il y en a depuis la nuit des temps. Des sirènes d’Homère aux loups-garous de Tolkien, en passant par les fées de Shakespeare et Falcor de Michael Ende. La littérature jeunesse contemporaine n’en est pas avare non plus. Aujourd’hui, je vous parle de dragons et de licornes avec 4 albums pour rêver et rire !

Les 3 dragons de Lucie Vandevelde, éditions les Minots. téléchargement

Imaginez 3 frères dragons des mers : Etoile du Nord, méchant, avare et fasciné par tout ce qui brille, Pierre de Lune, le plus beau qui utilise son élégance comme subterfuge, et enfin Fleur de Sel, le plus drôle, végétarien qui s’amuse et rit beaucoup. Ajoutez une reine des ténèbres, Gandevelour, manipulatrice et prête à tout pour obtenir ce qu’elle veut. Si vous tendez l’oreille, vous entendrez aussi un harmonica, un accordéon et une trompette. Voguez sur les mers d’Islande en compagnie de Barbe Rouge, sur la mer blanche d’Alaska et ses poissons volants, et faites éternuer tous les poissons de tous les océans. A vous de découvrir la suite…

Quand Lucie Vandevelde prend la plume et ses doigts de fée, ça donne un album à l’italienne grandiose ! On plonge dans les profondeurs avec délice, on se noie dans les couleurs éclatantes, on respire les minutieux détails. L’univers graphique de Lucie est vraiment reconnaissable, original, chatoyant, et invite au voyage des yeux dès la couverture. Mais son imagination chante aussi avec les mots, la langue et les sons. On sent une grande liberté de l’artiste dans ces pages, et on en redemande ! Les éditions les Minots ont eu la brillante idée de publier un carnet d’artiste : Au Pays des Dragons : créer, inventer, lire, écrire, imaginer, dessiner, chercher, voyager, coloriser, c’est à vous d’entrer dans les illustrations et de faire vôtre cet univers. Quelle belle idée ! ***double coup de coeur***

téléchargement (1)Corne de licorne & pet de dragon de Claire Ubac, illustré par Irène Bonacina, Albin Michel Jeunesse.

Quand une licorne à toute petite corne, un basilic rabat-joie qui ne pétrifie personne, un dragon qui crache du feu du mauvais côté et une sirène qui chante comme une casserole unissent leur force pour dénoncer une escroquerie légendaire : ça promet d’être drôle ! Une aventure déjantée dans un château, des créatures fantastico-infirmes, une bonne dose de drôlerie, des situations farfelues et une révolution : rien de moins !

Intrigue hyper rythmée, rebondissements cocasses, personnages bien trempés : voici un album haut en couleurs ! Le dessin vif et humoristique, un peu à la Quentin Blake, s’accorde parfaitement au rythme soutenu du texte. C’est vraiment drôle par moment. Mention spéciale à la dernière page et son inventaire de créatures délirantes pour amateurs de jeux de mots. Très réussi !

 C’est pas toujours pratique d’être une créature fantastique : la licorne, de téléchargement (2)Sibylline et Marie Voyelle, éditions Des Ronds dans l’O.

C’est vrai que la licorne fait souvent rêver… pourtant elle n’a pas une vie facile ! En effet, aller au cinéma, faire du sport, bricoler, s’habiller ou encore jouer à cache-cache ne sont pas des activités pratiques pour les licornes, c’est le moins qu’on puisse dire ! De quoi démystifier cette créature en rigolant un bon coup ! Oui la licorne mange des arcs-en-ciel mais comme vous et moi, son quotidien lui pose quelques soucis.

Que c’est drôle ! Il faut une sacrée dose d’imagination pour se mettre dans la peau d’une licorne et vivre son quotidien ! Rien que cette idée m’a fait rire ! Les expressions des licornes sont à pouffer ! Quelques pages de drôlerie, ça fait beaucoup de bien ! Idée d’album vraiment super originale je trouve, et objet-livre bien sympathique ! A paraître dans la même collection : la sirène et le loup-garou (je me marre d’avance !)

téléchargement (3)Les bleuets du dragon bleu d’Isabelle Wlodarczyk, illustré par Minji Lee-Diebold, éditions Amaterra.

 Grégoire, petit dragon, est un gourmand : il mange tous les bleuets qu’il trouve. A force d’en manger, ses yeux deviennent couleur myrtille et ses flammes des étincelles douces et bleues. Ce qui n’est pas du tout du goût du grand dragon gris ! Grégoire conte fleurette à Spatule la libellule, ce qui redouble la colère du dragon gris ! Voilà que ce matin, Grégoire a les yeux tout rouges d’avoir tant pleuré : Spatule a été chassée de la prairie. De tristesse, Grégoire devient tout gris. Mais le printemps revient toujours, non ?

On change complètement de registre : ici c’est de la poésie ! Que ces illustrations sont belles et ces métaphores filées comme des bleuets volants …  Quelle douceur dans les mots, les images et les sons ! C’est tellement doux qu’on caresse les pages. Les couleurs des crayons sont chaudes, les personnages ont du relief, le blanc si pur enrobe les pages, le papier est beau. C’est un sublime album, grand format, qu’on a envie de garder précieusement. Beaucoup de douceur, de tendresse, de poésie pour un plaidoyer délicat sur l’acceptation de soi. ***coup de foudre***

Et vous, quelles sont les créatures que vous aimez ?

Publié dans 2-12 ans | Marqué avec , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les Autodafeurs, la trilogie

Cher journal,

Il faut que je te raconte ma dernière expérience de lecture : passionnante, addictive, universelle. Il s’agit de la trilogie Les Autodafeurs de Marine Carteron, parue au Rouergue dans la collection doado.

IMG_20150601_113613

 

Il m’a fallu d’abord être très patiente, ce qui n’est pas ma qualité première de lectrice. J’ai donc attendu la sortie des 3 tomes pour pouvoir tout m’envoyer d’un coup ! Et ce fut un plaisir non dissimulé ! Alors par quoi pourrais-je commencer ? Le titre ? Les personnages ? L’intrigue ? Le style ? AH choix cornélien !

Il y a tant à dire : c’est très bien écrit, c’est drôle, c’est flippant, c’est prenant, c’est soutenu, c’est brillant, c’est rythmé, c’est énergique, c’est énigmatique, c’est palpitant, c’est surprenant, et tout se tient parfaitement sur plus de 1000 pages ! Marine Carteron est douée pour embarquer son lecteur, c’est le moins qu’on puisse dire !

Et les personnages… Cet idiot de Gus qui découvre son rôle au fur et à mesure, qui apprend de ses erreurs, qui grandit, qui sait reconnaître ses vrais amis et s’entourer des meilleurs maîtres, qui veut protéger sa mère et sa soeur, qui se confronte au Mal pour devenir quelqu’un de bien. Il est attachiant à souhait ! Et Césarine, ah Césarine ! Cette petite soeur autiste-artiste, à la logique implacable, à la tendre répartie, aux stratégies d’évitement pleine de bon sens, à sa capacité d’observation infinie, à sa façon de penser bien à elle : j’ai une tendresse très particulière pour elle qui m’a émue et fait sourire souvent. Evidemment, d’autres personnages existent et ont tous un rôle à jouer dans cette lutte contre les Autodafeurs.

Parce qu’il s’agit bien de lutter contre ceux qui aimeraient faire disparaître le Savoir, l’Histoire et les livres ! Cette trilogie est une déclaration d’amour aux livres, à la littérature, au savoir, à la transmission, à la filiation. « Le livre, c’est l’immortalité d’une pensée, d’une époque, d’un auteur. La fin des livres signerait la fin de l’humanité ». Tu te doutes, cher journal, que je plussoie cet avis. Et qu’à mon tour, ici et maintenant, je souhaite être une propagatrice !

Alors, vous lecteurs, foncez en librairie ou en bibliothèque, prenez ces 3 tomes, n’ayez pas peur de vous offrir un bonheur de lecture, vous en sortirez plus forts et heureux, et à votre tour devenez propagateur ! Et s’il vous faut un autre argument, jetez donc un oeil à la liste des prix obtenus : Prix Mordus du Polar 2014, Prix Handi-livres 2014, Jury littéraire du Giennois 2014/2015, Sélection des dévoreurs de Livres  2014/2015, Prix Imaginales des collégiens 2015, Prix Atout-Lire 2014/2015, Prix Futuriales 2015, Prix Frissons Vercors 2015, Prix Libr’à nous 2015, Prix roman jeunesse « lire au 17 » bibliothéque Sorbier 2014/2015, Prix Livrentête 2014/2015, Prix Abraylire 2013/2014, Prix Ruralivre en Cambresis 2015, Prix Lucioles Junior 2015…. et encore en lice pour Prix des incorruptibles 2014/2015, Prix des Embouquineurs 2014/2015, Les étoiles du Parisien, Prix littérado, Prix ado de Rennes 2015.

 Donc :

1 : Ce sont 3 coups de coeur !

2 : La forme de cet article est un hommage à Césarine

3 : j’espère qu’il y aura plus de 22 prix pour récompenser cette merveille 😉

4 : soyons tous des propagateurs ! Merci Madame Carteron. Et merci Le Rouergue d’éditer de la qualité !

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , , | Un commentaire