Vertiges de l’Amour

Ah l’Amour ! Thème romanesque et inépuisable par excellence ! Comment lui dire ? Comment lui écrire ? Comment le vivre ? Comment ne pas souffrir ? A chacun son style, sa voix, ses mots, ses maux. Aujourd’hui, je vous propose deux romans et un sublime album.

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Oublier Camille de Gaël Aymon, Actes Sud Junior.

D’abord une amitié, puis l’amour qui s’installe, comme une évidence. Yanis est fou amoureux de Camille qui lui échappe, fatalement. Tempête d’émotions sous son crâne d’adolescent, des questions dans tous les sens, des codes à comprendre. La difficulté de s’exprimer et l’anéantissement de la perte de l’autre.

Je découvre les mots de Gaël Aymon dans un roman, je les connaissais dans les albums. Et j’y retrouve toute la sensibilité à fleur de peau à travers ce personnage masculin qui se questionne, s’affole, se cherche, se découvre, grandit. Roman court et authentique, qui traduit avec une justesse infinie la confusion des sentiments. Fragilité, pudeur, contradiction sont les traits du portrait honnête d’un adolescent d’aujourd’hui. Quand les hommes parlent de leur amour, c’est rare et beau.

Carton plein chez mes copinautes : Pépita, Céline, Kik, Bouma, et Nathan.

 

A ma source gardée de Madeline Roth, Thierry Magnier. téléchargement

C’est l’été, Jeanne retrouve ses amis dans le village familial. Jeanne voit Lucas et tout son être s’emballe. Leurs nuits sont leur secret. Un amour sans condition. Un bonheur vif qui brûle tout sur son passage. Jeanne revient l’été suivant. Foudroyée par la vérité. Une chute vertigineuse. Et la vie qui grandit en elle.

Lu d’une traite comme happée par un tourbillon en forme de vrille dans le coeur. Ce monologue puissant prend aux tripes et émeut aux larmes. L’impuissance face à l’amour qui dévaste, le chagrin presque inépuisable de la désillusion, la profondeur si juste des sentiments : les mots de Madeline Roth sont intenses, le style concis et essentiel, les images évocatrices, au point d’en ressentir un pincement au ventre pour de vrai. Un moment de lecture qui marque irrésistiblement. Sans aucun doute, l’auteure avait rendez-vous avec ses mots, et nous, lecteurs, nous assistons à la naissance de ce talent. *** coup de coeur ***. A lire d’urgence. 

téléchargement (2) Mme Eiffel d’Alice Brière-Haquet, illustré par Csil, Editions Frimousse.

Mr et Mme Eiffel coulent des jours heureux dans la belle capitale. Main dans la main, toujours plus loin. Jusqu’au jour où Mme Eiffel tombe malade. Les experts sont unanimes : il lui faut un bon bol d’air. Son ingénieur de mari se met alors en tête de construire des rails jusqu’au ciel….

SUBLIME est le premier adjectif qui me vient pour décrire cet objet-livre, précieux comme un trésor ! Le duo récidive après le très beau Paul, et c’est toujours aussi beau ! De la douceur des mots en passant par l’univers graphique si poétique de Csil, du noir au blanc, du rose sur les joues des amoureux comme un coucher de soleil estival sur la ville, la qualité du papier et la couverture au grain toilé : le secret de la tour Eiffel enfin dévoilé ! J’ai pensé à l’Ecume des Jours de Vian, et cet amour si fort qu’on en oublie la maladie et que rien ne semble impossible. Une réussite éditoriale dont on tombe amoureux au premier regard *** coup de coeur *** A offrir à l’être aimé. 

L’Amour n’a pas fini de faire couler les larmes l’encre, et c’est tant mieux ! Et comme on peut aussi tomber amoureux des livres, une petite étude pour sourire !

 

 

 

 

 

 

 

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Lily

Je l’attendais ce roman. Pour son titre. Pour son auteure, Cécile Roumiguière. Pour cette collection, Encrage, chez la Joie de Lire. Promesse tenue.

lily Paris, aujourd’hui, sortant d’une séance à la cinémathèque, Les Parapluies de Cherbourg, un grand-père raconte à sa petite-fille ses souvenirs. Il lui parle de sa cousine, Lily, qui rêvait d’entrer à l’Opéra de Paris. Et de cet amour inconditionnel qui la liait à son grand frère Michel.

Mais en 1961, cet amour est mis à mal lorsque Michel part en Algérie. La distance s’installe et tue à petit feu l’énergie et l’espoir de Lily. De rébellion en désertion, Michel nous raconte l’horreur.

Pendant ce temps-là, une ombre des toits de l’Opéra veille sur la jeune danseuse, et Lily découvre la nécessité de faire des choix…

Roman à 3 dimensions : Paris d’aujourd’hui, Paris des années 60, l’Algérie en guerre. L’alternance des narrations permet à ce roman dense de s’aérer le temps de quelques pages, pour mieux retendre les fils de l’histoire. Cécile Roumiguière dénonce la Guerre et les non-dits sur ce qu’on a trop longtemps nommé « les événements », et qu’on rencontre peu en littérature jeunesse. Un roman nécessaire.

Lily, étoile mise en lumière par tous les hommes de l’ombre qui gravitent autour d’elle : seul absent, le père. Car il s’agit aussi d’un roman sur la filiation, thème déjà présent dans le sublime album, le fil de soie, sélectionné par les Incorruptibles. Ici, la fraternité est omniprésente : le lien entre Michel et Lily bien sûr,  mais aussi de façon plus symbolique celui entre Lily et son partenaire de danse Jacques, et celui entre Michel et Yassim se soutenant dans l’enfer. Je vous conseille la lecture de la genèse du roman par l’auteure.

C’est aussi un roman sur une jeune fille en devenir, l’histoire d’une émancipation. Lily est un personnage féminin fort et touchant. Elle s’affranchit et s’affirme dans la douleur de la rupture, dans sa passion de la danse, dans sa relation à l’autre. Pendant ma lecture, j’ai repensé au roman inachevé et autobiographique de Camus, le Premier Homme, et si Lily était la première femme…?

Vous l’aurez compris, c’est un ***coup de coeur***. Mention spéciale à la couverture de Séverin Millet, à la dédicace de l’auteure « A ceux qui disent non », et à toutes les références-hommage à la création artistique des années 60. Je finirai avec ces mots qui me touchent particulièrement : » La vie, c’est énorme, ça ne peut pas être un seul fil qui se déroule sous tes doigts. Il en faut plusieurs, qui se tressent, se nouent. Qui cassent, parfois. D’autres s’effilochent. » 

 

 

 

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Dis, Papa…

Pourquoi tu veux hiberner alors qu’une abeille passe sous mon nez ? Hop je disparais !

oursPlus je cours comme un petit fou, plus tu es inquiet. Dans la ville, immense et pleine de fumée, le nez en l’air je me cache parmi la foule illustrée. Oh que c’est grand l’opéra ! Tu continues sans relâche de me chercher. Patatras ! Te voilà sur la scène illuminée et le silence se fait. Si tu veux tu peux me chanter cette chanson d’ours que te chantait ta maman et que tu écoutais en t’endormant :  » GROAAAAARRRRR « . C’est la panique, mais moi je reste là à t’écouter. Un câlin sur les toits, on est bien là !

Grand format, double-page fourmillant de détails rigolos, papier doux à caresser, cet album, le premier d’une série, de Benjamin chaud est un régal ! Un papa prêt à tout pour retrouver son petit casse-cou, ils sont attachants ces deux-là ! Retrouvez-les dans Poupoupidours et Coquillages et Petit Ours, chez Hélium. Et chez Pépita aussi.

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A cause de ta vilaine attaque, tu es à l’hôpital et tu ne parles plus. Alors si c’est comme ça moi non plus ! Mais j’aime trop dessiner, je vais communiquer par rébus pour que tu guérisses. Maman, ma soeur, la maîtresse, les copains et toi, vous n’aurez qu’à trouver ! En plus, c’est plus facile pour moi de te dire je t’aime comme ça….

Quand les dessins remplacent les mots/maux…. Des rébus pour papa, court roman d’Emmanuel Trédez, chez Oskar, on se prend à déchiffrer les rébus d’Amélie Falière avec plaisir. Créer une nouvelle communication quand on ne peut pas dire sa douleur, pour imiter papa, et pour fixer un point dans le temps jusqu’au retour. Récit sensible et touchant, où le jeu est je, où la liberté d’expression allège le chagrin.

Dis, papa, toi que je ne connais pas, ne serais-tu pas cet acteur génial qui met maman dans tous ses états ? Avec ma copine Lulu, on a bien essayé de t’appeler mais des Dupommier chachay’en a un paquet ! On t’a écrit aussi, mais tu n’as jamais répondu ! Est-ce que tu aimes les fraises tagaga comme moi ? Il faut que je sache ! Bon ben direction la Franche-Comté chez la tata, il paraît que tu y seras pour ton nouveau film ! On va enfin se rencontrer !

 La petite Chacha a de la suite dans les idées, un certain sens de la répartie, et une bonne dose de volonté ! Tendresse et humour pour rappeler combien il est important de savoir d’où on vient. Chacha apprendra qu’elle est née dans un trèfle irlandais, rien que ça ! Second volet du tandem Sandrine Beau/ Ariane Pinel, chez Alice, après la Robe à froufrous, Chacha se cherche un papa est un roman drôle, sensible et coloré !

gayMais quelle idée t’as eu de m’emmener en camping cet été ! Qu’ai-je donc fait pour mériter de me coltiner cette fille-là, Oriane, complètement obsédée, et que dire de son père gay et de ses toilettes customisées en piste de danse disco et boule à facettes ! Et le pire : depuis quand tu flirtes avec lui ? Depuis que tu es séparé de maman, tu fais vraiment n’importe quoi et je dois m’enfermer dans ces toilettes avec mon journal pour un peu de tranquillité ! Pour sûr, je m’en souviendrai de cet été !

Journal intime d’Arvid, 12 ans, qui découvre à la fois les affres de l’adolescence et la sexualité de ses parents ! Humour scandinave oblige, L’été où papa est devenu gay d’Endre Lund Eriksen, traduit par Aude Pasquier chez Thierry Magnier, est un roman original et surprenant, drôle à souhait, dans un style direct et assez franc, et qui aborde des thèmes sérieux comme la tolérance, l’homosexualité, la découverte de l’amour. Un plaidoyer pour le droit au bonheur de tous ! Grande réussite et carton plein chez mes copinautes : Pépita, Sophie, Alice et Céline.

Dis, papa, est-ce que ça va s’arrêter un jour ? Ai-je fait le bon choix, celui de vivre avec toi ?Deschavannes Pierre - Belle gueule de bois Est-ce qu’un jour tu tiendras tes promesses ? Est-ce qu’un jour je n’aurai plus peur de rentrer ? Est-ce qu’un jour on sera moins seuls ensemble ? Est-ce qu’un jour on s’aimera sans se faire mal ?

Premier récit aux griffonnés autobiographiques, Pierre Deschavannes nous livre, avec pudeur et émotion, le quotidien d’une relation père-fils tendue sur un fil. Entre Amour absolu et conflit alcoolisé, on sort de cette lecture avec en effet une Belle gueule de bois. Face à l’émotion qui m’a saisie, comme une évidence, ce roman est un *** coup de coeur *** 

Kik, Pépita et Nathan bouleversés aussi.

 

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En 2015…

C’est déjà la fin du mois de janvier… juste la limite pour vous souhaiter mes voeux de nouvelle année. J’ai pris le temps pour trouver quoi vous souhaiter pour de vrai. Et j’ai trouvé. En 2015, je vous souhaite donc…

abris* de trouver vos Abris, ces lieux et ces moments où l’on se fait du bien, où l’on se protège, où l’on garde les siens au chaud. C’est Emmanuelle Houdart qui nous ouvre les siens, chez les Fourmis Rouges, et c’est doux et c’est beau ! Dans un grand format, chaque double page invite le lecteur, en quelques mots poétiques qui disent l’essentiel et une illustration magnifique, foisonnante et soignée, à se réfugier, se construire, grandir et se retrouver. Des abris intimes où tous les âges de la vie sont suspendus : pour sûr, cet album est un abri dans lequel on replongera avec sérénité et douceur. Pépita et Colette ont aimé ce cocon.

 

* de la tendresse et du mystère à l’image d’Edmond d’Ingrid Chabbert, illustré par edmond 2Guridi, chez Frimousse.  Un petit animal se cache et se camoufle au gré du décor dans lequel il évolue. Discrétion et pudeur. Il trouve un oeuf. Mystère. Il ne trouve pas la maman, mais pas question de l’abandonner pour autant. Décision. Amour grandissant. Un papa, pour toute la vie.

Qualité de papier superbe, format haut et univers graphique poétique, les mots d’Ingrid Chabbert sont toujours doux et pudiques. De la suggestion, de la subtilité, de l’humilité pour parler d’adoption. Un personnage très attachant, un bel objet-livre, un duo réussi. Comme je les aime. Kik et Chlop aussi.

je vous aime

 

* de la poésie et beaucoup de nature, comme ce recueil de Marc Baron, illustré par Anna Obon, chez les Bulles de Savon. Dans Je Vous Aime, il y a les brins d’herbe, du lilas, des torrents, des pierres, du soleil, des marmottes et des chats, des roses, des abeilles et des arbrisseaux, la mer, les 4 saisons, la nuit aussi, quelques notes de musique et surtout beaucoup d’amour. Des rimes, des mots et des illustrations sobres et belles pour dire à la nature combien on l’aime. La remercier de ce qu’elle nous donne à voir, à toucher, à sentir. Ouverture des sens sur des rythmes poétiques, en voilà une jolie façon de parler poésie et douceur de vivre aux plus petits. Comme un cadeau précieux.

* de l’amour, un sursaut écologique, et beaucoup de volonté comme L’Ours Masqué de lours-masquéFrance Quatromme, illustré par Mélanie Desplanches, chez Les Minots.

Comment vivre son amour quand celle qu’on aime vit loin sur la banquise ? Comment déclarer sa flamme à travers la distance sans gaspiller, sans polluer, en consommant local, et sans aggraver le réchauffement climatique ? Cet ours est touchant de maladresse amoureuse et de détermination ! Son grand coeur et sa volonté le guideront. Les mots de l’auteure n’ont rien de didactique ni de moralisateur, ils guident poétiquement le personnage crée par l’illustratrice pleine de talent ! Un joli conte moderne aux couleurs chaudes pour sensibiliser. Une réussite !

louve* des émotions fortes à partager avec sa tribu comme cette Louve de Fanny Ducassé, chez Thierry Magnier.

Elle vit dans les bois avec sa tribu de renards, elle les couve comme une louve. A chaque émotion forte, sa chevelure rousse s’enflamme jusqu’à l’extinction dans le ruisseau. Jusqu’à sa rencontre avec le bel homme-loup. S’apprivoiser alors.

Premier album de l’illustratrice talentueuse, format carré, déjà en réédition. Univers onirique à souhait, fourmillant des détails, des tons chauds et automnaux. Réussite qui confine à l’ornement. Quand la rencontre amoureuse prend sa dimension sur double-page, on sent la vibration des coeurs qui s’emballent comme les craquements des feuilles d’automne. On attend le prochain album dans quelques jours. Bouma et Céline ont craqué aussi.

Plus que jamais, continuons de lire des livres aux plus jeunes, donnons-leur le goût de la lecture, éveillons leur curiosité et leur imagination, donnons-leur les clés du Beau et du Savoir, afin de les armer pour leur vie adulte contre l’intolérance, l’obscurantisme, et toutes ces dérives nauséabondes. Je vous souhaite une belle année livresque ainsi qu’à vos proches et petits lecteurs en herbe ! 

 

 

 

 

 

 

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Sous mon sapin, les romans

livres

A quelques jours de Noël, certains me demandent des conseils de lecture à lire ou/et à offrir. Et cette année, une étude affirme que le livre est le cadeau idéal ! Alors réjouissons-nous ! Ma sélection romans incontournables de cette fin d’année 2014 en espérant faire des heureux.

 

Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux, Gallimard Jeunesse. TQNSV

C’est l’histoire de Bo et Hama, lui forgeron la nuit, et elle ouvrière le jour. Un amour fou. Mais une catastrophe survient à l’usine, et les voilà en fuite et à jamais changés. Quand l’ombre remplace la lumière, l’amour suffit-il à nous garder vivants ?

***Conte universel, roman d’amour, d’aventure et d’apprentissage, porté par la grâce d’une plume simple et sublime. Qui bouleverse son lecteur, du sourire aux larmes. Une alchimie littéraire rare et puissante : des personnages touchants, des titres de chapitre évocateurs et parfaits, une belle couverture, un style épuré et terriblement efficace. Une lecture qui marque à jamais et qui reste encore émouvante des semaines après***

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Intemporia, le sceau de la reine,  Claire-Lise Marguier, Rouergue.

Yoran, jeune homme dynamique et loyal, vit dans un village de la Plaine, où règnent la paix et la bienveillance. Il prend Loda pour femme et ils attendent un enfant. Quand soudainement, le village subit une épidémie de fièvre dont les victimes portent une marque étrange sur le ventre : une demi-lune. Loda et son enfant sont en danger. Yoran enrage et apprend avec effroi l’existence d’un bouclier invisible qui protège la Plaine. Les Anciens lui révèlent alors qu’à l’extérieur, non loin de là, règne le chaos mené par une reine, Yéléna, secondée par son frère et assoiffée de pouvoir.  Seule une pierre pourrait sauver le village et Loda. Prêt à tout, Yoran se lance dans une quête incroyable et incertaine, armé de courage et de volonté. Il y découvrira la manipulation, les Insoumis et Tadeck. Comment s’en sortira-t-il ? Que lui révélera cette aventure ?

***Quand Claire-Lise Marguier inaugure la nouvelle collection Epik du Rouergue, c’est une double réussite ! Très bien écrit et construit, ce premier tome vous embarque dans une aventure au rythme soutenu. On retient son souffle, on avale les centaines de pages, on en redemande ! Pour sûr, la suite prévue en 2015 sera tout aussi épique, on se languit de la découvrir !***

 différents

Différents, Maryvonne Rippert, Jacques André éditeur.

Quand Will débarque dans la classe d’Agathe, c’est sa vie qui va être chamboulée ! Quand son voisin, Achille, décide de recevoir toute une famille de gitans dans sa belle propriété, c’est la vie du quartier qui va dégénérer ! Et quand l’Histoire rencontre le quotidien des lycéens, c’est tout l’univers d’Agathe qui va basculer ! Et si la vie commençait maintenant ?

***Plaidoyer pour toutes les différences mené par des personnages bien attachants, où l’horreur de l’Histoire se révèle à la lumière des intolérances ordinaires. Pas de manichéisme facile ici, simplement beaucoup d’humanité et de tendresse,  seules les émotions sont justes. Un beau roman sur la tolérance, le respect et l’Amitié. Mention spéciale au petit triangle rose de la couverture dont j’ignorais la signification, et qui m’a beaucoup émue***

 Les sandales de Rama, Tristan Koëgel, Didier Jeunesse. Rama

Au Népal vit Upendra, jeune homme qui rêve de devenir guide de montagne comme son père. En attendant d’apprendre son futur métier, il vend des barbes à papa aux touristes avec son ami Ajun. Un jour, par accident, il tombe sur Satiya, ancienne Kumari, choyée par son riche bijoutier de père. Les adolescents vont se lier d’amitié et d’amour, de confidences en séduction, jusqu’au jour où Satiya sera obligée de se marier à un autre. La vie d’Upendra, mais celle d’Ajun aussi, vont alors prendre des tournures imprévisibles.

***Des ruelles de Katmandou, en passant par les temples, jusqu’aux sommets de l’Himalaya, on suit le long voyage initiatique de ces personnages hauts en couleurs. Les paysages si bien décrits nous invitent à la rencontre de cette culture : les fakirs, les contes et les traditions, les croyances. Tristan Koëgel récidive avec exotisme, après son premier roman en Somalie, et nous envoûte. Un roman qui donne envie de découvrir ces terres et offre une évasion totale***

                                                   

Là où naissent les nuages, Annelise Heurtier, nuagesCasterman.

Amélia, fille unique d’une famille aisée, comble un vide affectif en mangeant, depuis toujours. Elle admire son père et sa mère l’intrigue. Ses deux parents aiment l’humanitaire et les voyages à la rencontre de l’humain sont fondateurs dans leur histoire. D’ailleurs, Amélia s’apprête elle aussi à faire son premier voyage en Mongolie. Sauf qu’à cause d’un imprévu de taille, elle va devoir partir seule. Et là les choses vont se compliquer : comment se confronter à la différence de culture ? Mettre de côté ses problèmes face à la misère et aux difficultés des autres ? Comment ne pas être déstabilisée face aux changements qui s’opèrent malgré/en elle ?

***Ce qui aurait pu être un beau roman initiatique sur fond de paysages grandioses est en réalité beaucoup plus subtil que ça. L’auteure de Sweet Sixteen, par sa plume sobre et profonde, nous offre là un moment de vraie lecture : celle où le lecteur devient acteur, où la ponctuation brouille les pistes et trahit la confusion des sentiments. Et comme sa propre mère, Amélia apprend à choisir, renoncer, assumer, grandir. Double invitation au voyage : intérieur où tout est bouleversé, extérieur où tout est sublimé. La couverture tient sa promesse : Paris à l’envers, la yourte mongole à l’endroit : et entre les 2 naissent les nuages***

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Montreuil 2014, toujours aussi grand !

affiche

Cette année, le Salon de Montreuil fêtait ses 30 ans ! Il n’en fallait pas moins pour me faire sauter dans un avion, et hop tour d’horizon !

Une jolie rétrospective des affiches était proposée sur la grande scène, et l’occasion de voir l’évolution de ce rdv désormais incontournable.

Ensuite, l’occasion de flâner à l’expo Passages qui met en lumière les oeuvres originales, les lignes artistiques et graphiques d’illustrateurs fondateurs de la diversité et la richesse de la littérature jeunesse. Des merveilles pour les yeux !

Puis hop un tour sur le stand de la Charte pour acheter le tee-shirt illustré par Clothilde Delacroix, en soutien aux auteurs et illustrateurs qui, si le livre était une pomme, gagneraient…les pépins !

 

 

 

 

 

Et retomber en enfance, les yeux fermés, pour un voyage le temps d’une lecture à voix haute de Tant que nous sommes vivants d’Anne-Laure Bondoux, et Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle, la pépite du roman, parus chez Gallimard : 2 trésors ! 

Et aussi prendre des cafés avec des copines, rencontrer un super papa, papoter avec les auteurs et éditeurs qu’on suit de près, rigoler avec les copinautes à l’ombre du grand arbre, remercier les attachées de presse toujours disponibles et accueillantes, se frayer un chemin parmi les hordes d’enfants, braver la chaleur, tomber par hasard sur des gens qu’on aime bien, découvrir des trésors, se faire des cadeaux, dénicher des surprises pour un swap, faire de nouvelles rencontres, râter des gens qu’on voulait voir, et repartir la valise pleine dans l’autre sens ! Une fois n’est pas coutume, Montreuil c’est grand, grisant, un peu frustrant, amusant, motivant, enrichissant, plaisant, fatiguant, supercarburant, bruyant, plein d’enfants, épatant, évadant, émouvant, en lisant, obsédant, éclairant, important, tous les ans, extasiant, inspirant, euphorisant, insuffisant, encourageant, émoustillant, approvisionnant, déterminant, appétissant, impressionnant, engloutissant. 30 adjectifs pour 30 bougies ! Rdv l’année prochaine du 2 au 7 décembre 2015.

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Du grand bleu

La mer et l’océan ont toujours été des sources intarissables d’inspiration, d’évasion, de respiration. Je pense à Dumas, Hemingway, Defoe, Hugo, et tant d’autres. Tour à tour décor, objet, voire personnage, la grande bleue nous remue, nous fait tanguer, nous terrorise, nous fascine. Prenons le large le temps d’un album et 2 romans.

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Dossier Océan de Claudine Aubrun, collection Doado noir, le Rouergue, 2014.

Brune, orpheline de mère désormais, est recueillie par sa tante et son oncle. Devenue muette et un brin taciturne, elle se réfugie, solitaire, dans le dessin et la photo. L’objet de ses journées : l’océan. Elle contemple, elle croque, elle respire. Jusqu’au jour où le corps d’une femme est retrouvé dans les dunes.

Polar bien ficelé, au rythme soutenu, écriture qui s’accélère. Tous les ingrédients sont réunis, et la recette fonctionne à merveille. Suspect en garde à vue, agressions, photos compromettantes : Brune découvre le secret de famille insoupçonnable, comme une vague enfin résolue. Pour peu, on entend les épines de pin des Landes craquer sous nos pieds. Mention spéciale à la couverture signée Alain Laboile, toujours très à propos chez le Rouergue. Pépita et Alice ont aussi plongé.

Servant Stéphane - Cheval Océan

 

Cheval Océan de Stéphane Servant, Actes Sud Junior, collection D’une seule voix, 2014.

Angela avait promis à sa grand-mère de venir sur cette plage du Portugal. Elle a tenu sa promesse malgré les circonstances. La voilà debout face à l’océan, fort, puissant, indomptable. Comme sa colère à elle, sa douleur, l’injustice d’une vie brisée.

Quand la force des mots de Stéphane Servant vous engloutit : on se noie, on suffoque, on plonge, on espère le souffle, on se brise. Océan de larmes, océan de mots, océan d’émotions : la dernière tasse d’amertume se termine laissant place à l’horizon. Magnifique métaphore de cette adolescente dans le flux et reflux de la vie. Tsunami-hommage aux femmes qui rappelle le sublime Coeur des louves.

Sublime coup de coeur.

Pépita, Nathan et Céline engloutis aussi.

 

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Evi la vague de l’été de Jeanne Taboni Miserazzi, illustré par Célia Dumont, Les Minots, 2014.

Evi est une jeune vague qui s’apprête à vivre son premier été. Les enfants sont impatients aussi : on s’approche, on se mouille, on se jette, on flotte. Une petite Eva arrive, c’est le début d’une amitié d’été durant lequel les mots d’enfant se mêlent aux flots de l’eau.

Histoire singulière narrée par une vague personnifiée et illustrée dans des tons de bleus oniriques, des rouleaux qui caressent la poésie. Des sourires rieurs, des seaux et des pelles, des souvenirs d’enfance, réunis dans un bel album. Pour évoquer et dédramatiser la peur de l’eau, et prolonger le plaisir des vacances à la mer ! Très réussi. Céline a surfé aussi.

 

BONUS : le 22 octobre débarque le nouveau monstrueux livre de Bertrand Santini, illustré par Paul Mager : Jonas le Requin Mécanique aux éditions Grasset Jeunesse.

Tremblez donc !

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Amitié, swap et SummerBookCamp !

A l’ombre du grand arbre, 10 blogueurs se sont réunis le temps d’un weekend dans le Sud de la France.
La virtualité, c’est bien…la réalité, c’est encore mieux !
Récit d’une rencontre.

Le rdv est pris depuis septembre dernier… et grâce à notre hôtesse Pépita, nous avons fait le premier Summerbookcamp !

SBC 1Pour l’occasion, nous avons organisé un nouveau swap orchestré par Bouma sur le thème de l’amitié et du partage !

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Pépita m’a gâtée : 2 romans dont je rêvais, Eleanor & Park de Rainbow Rowell, Comment tomber amoureux sans tomber de Susie Morgenstern, un album L’orgre, l’arbre et l’enfant de François Aubin, des gourmandises, du bonheur à planter et des clins d’oeil à ma nouvelle vie ! Le tout parsemé de petites étoiles !

SBC 3C’était aussi le moment de se laisser conter des histoires à voix haute, sur le super tapis à histoires de Bouma et d’être comme des dingues autour d’un troc de livres !

SBC 4

SBC 5

Et puis vint le temps d’un symbole fort entre nous : un arbre, le nôtre, planté pour de vrai dans ce beau jardin accueillant. C’est un érable, l’arbre préféré de Pépita.

SBC 6

Quel weekend ! Quel plaisir d’être ensemble et de partager de bons moments ! Le rdv est déjà pris pour l’été prochain ! D’ici là, nous ressortons plus forts, plus motivés, plus liés de cette aventure humaine et passionnée ! Merci à tous mes copinautes !

SBC 7

 

Crédits photos @les lectures de Kik et @Mélimélodelivres.

 

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L’amour au subjonctif

Qu’on se le dise, Pascal Ruter est doué pour la drôlerie ! J’en avais déjà eu un aperçu dans ses deux précédents romans, Le Coeur en Braille et Le Bonheur à l’envers, mais là avec l’Amour au Subjonctif, j’en suis convaincue !

Prenez une classe de 3ème, 3 professeurs, un voyage à Rome, le tout trimballé dans un bus conduit par un type improbable et rock’n’roll nommé Tarzan et affublé d’un chat nommé tête de con, et vous voilà prêt à accrocher votre ceinture parce que ce voyage va vous décoiffer ! Véridique !

Si les voyages forment la jeunesse, celui-ci va accélérer l’apprentissage de Roméo, timide amoureux caché derrière ses lunettes, Juliette celle qu’il aime en secret depuis la maternelle, Merlin, cleptomane incurable, Zoé et Anna, et d’autres, sans oublier les profs : Madame Kroc qui va littéralement se lâcher, Monsieur Gentil qui perd pied, et Madame Triolet qui finira en Carmen !

Dans un roman chorale, chacun va nous faire part de ses impressions : chacun son histoire, son style, son ressenti. Le tout forme un roman cohérent, drôle à souhait, surprenant et touchant, hyper rythmé et fantasque ! Des scènes et des dialogues complètement déjantés, des personnages bien travaillés, et des questions existentielles d’adolescent subtilement abordées. Mais aussi des références culturelles et historiques dans les ruines de la Rome Antique et ô miracle : une utilisation du subjonctif passé des plus séduisantes…

La couverture est signée Margaux Motin, on adore ! Bref, de la légèreté et une bonne dose de bonne humeur pour aborder l’été dans les meilleures conditions ! *** coup de coeur ***

Saint Pascal de la marrade, priez pour que jamais je ne fasse un voyage scolaire de ce genre, quoique…. ;-)

Kik et Pépita ont ri aussi !

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Et maintenant ?

Il arrive parfois qu’un accident vienne tout chambouler dans la vie. Le quotidien, les gens, les familles, l’organisation, l’équilibre, tout. Aujourd’hui, je vous présente 2 romans et un album qui traitent de l’après.

Kmille fait son blog de Cécile Le floch, Rageot, 2009.

Un accident de voiture et la vie de cette jeune fille de 13 ans bascule. Sur fond de divorce annoncé, tout s’enchaîne : retour à la maison, paralysie et fauteuil roulant, retour au collège. Camille décide d’ouvrir un blog, journal intime virtuel où elle dépose ses humeurs, ses émotions, ses questionnements. Et sa colère : colère-injustice, colère-incompréhension, colère-jugements des autres, colère-inadaptation pratique. Soutenue par une meilleure amie pour qui rien n’a changé, la carapace se fend petit à petit face à deux garçons attentionnés et bienveillants. Mieux : le blog trouve un lectorat à l’écoute et disponible et aux multiples visages.

Roman sympathique, abordable et agréable. Le sujet du handicap est traité avec un certain recul servi par l’humour caustique de la narratrice. Le blog est un prétexte pour aborder la notion de vie privée et vie publique. Pas de pathos à outrance, ni de mièvrerie, des personnages attachants. La fin aurait pu être un peu plus nuancée toutefois : « la happy end » n’est pas le seul moyen de prouver une existence heureuse malgré le handicap me semble-t-il. A lire dès 10 ans.

Autre roman chez Rageot également : Courir avec des ailes de géant d’Hélène Montardre, 2014.

Glenn a 8 ans et découvre les plaisirs de la course avec son père et son petit frère au bord de l’océan, en Australie. Mais quand le père meurt dans un accident d’avion, la Terre s’arrête de tourner pour cet enfant. Avec leur mère française, ils débarquent à Toulouse chez leurs grands-parents. Glenn ne parle plus français, son coeur est resté dans les pas de géant de son père à Sydney. L’entrée au collège est une montagne à gravir, sa mère est devenue ultra-protectrice. Alors, en secret, Glenn explore en courant les alentours de la maison. Il n’y a que dans ces moments-là qu’il se sent vivant.

Roman prenant qui décrit en murmurant la tristesse d’un enfant blessé, que seule sa passion va sauver. Epaulé par un grand-père bienveillant, le cordon maternel va se défaire doucement pour le laisser prendre son envol. Les bienfaits du sport autant physiques que mentaux sont très justement décrits. La fin est très touchante et crédible. Quand on aime, on ne compte pas les kilomètres ! Roman simple et fort qui donne sacrément envie de courir ! A lire dès 10 ans aussi.

La maison sans escalier de Juliette Parachini-Deny, illustré par Thierry Manes, des ronds dans l’O, 2014.

Une maison aux volets bleus, une famille de 3 personnes : c’est ici que commence la nouvelle vie de cette fillette en chaise roulante. Elle va explorer cette maison sans escalier. Dans le jardin une balançoire oubliée, dans le grenier un cheval à bascule esseulé. Possiblement deux nouveaux complices trouvés. Des doutes, des peurs, des larmes à la veille de la rentrée. Pourtant la vie ne s’est pas arrêtée…

Attention beauté ! Les illustrations sublimes et délicates, tendres et douces servent à merveille les mots humbles et poétiques, ronds et réconfortants. On suit, à pas feutrés pour ne pas la déranger, cette fillette fragile et sensible dans les premiers jours du reste de sa vie. Les regards sont expressifs et vrais, les mots prononcés bienveillants et sincères. Les métaphores filées sont subtiles et pleine de pudeur. *** coup de coeur *** pour cet album délicat, audacieux et beau tout simplement.

Publié dans 2-12 ans | Marqué avec , , , , , , , | 4 commentaires