Du grand bleu

La mer et l’océan ont toujours été des sources intarissables d’inspiration, d’évasion, de respiration. Je pense à Dumas, Hemingway, Defoe, Hugo, et tant d’autres. Tour à tour décor, objet, voire personnage, la grande bleue nous remue, nous fait tanguer, nous terrorise, nous fascine. Prenons le large le temps d’un album et 2 romans.

9782812606212FS

Dossier Océan de Claudine Aubrun, collection Doado noir, le Rouergue, 2014.

Brune, orpheline de mère désormais, est recueillie par sa tante et son oncle. Devenue muette et un brin taciturne, elle se réfugie, solitaire, dans le dessin et la photo. L’objet de ses journées : l’océan. Elle contemple, elle croque, elle respire. Jusqu’au jour où le corps d’une femme est retrouvé dans les dunes.

Polar bien ficelé, au rythme soutenu, écriture qui s’accélère. Tous les ingrédients sont réunis, et la recette fonctionne à merveille. Suspect en garde à vue, agressions, photos compromettantes : Brune découvre le secret de famille insoupçonnable, comme une vague enfin résolue. Pour peu, on entend les épines de pin des Landes craquer sous nos pieds. Mention spéciale à la couverture signée Alain Laboile, toujours très à propos chez le Rouergue. Pépita et Alice ont aussi plongé.

Servant Stéphane - Cheval Océan

 

Cheval Océan de Stéphane Servant, Actes Sud Junior, collection D’une seule voix, 2014.

Angela avait promis à sa grand-mère de venir sur cette plage du Portugal. Elle a tenu sa promesse malgré les circonstances. La voilà debout face à l’océan, fort, puissant, indomptable. Comme sa colère à elle, sa douleur, l’injustice d’une vie brisée.

Quand la force des mots de Stéphane Servant vous engloutit : on se noie, on suffoque, on plonge, on espère le souffle, on se brise. Océan de larmes, océan de mots, océan d’émotions : la dernière tasse d’amertume se termine laissant place à l’horizon. Magnifique métaphore de cette adolescente dans le flux et reflux de la vie. Tsunami-hommage aux femmes qui rappelle le sublime Coeur des louves.

Sublime coup de coeur.

Pépita, Nathan et Céline engloutis aussi.

 

96869571.to_resize_150x3000

Evi la vague de l’été de Jeanne Taboni Miserazzi, illustré par Célia Dumont, Les Minots, 2014.

Evi est une jeune vague qui s’apprête à vivre son premier été. Les enfants sont impatients aussi : on s’approche, on se mouille, on se jette, on flotte. Une petite Eva arrive, c’est le début d’une amitié d’été durant lequel les mots d’enfant se mêlent aux flots de l’eau.

Histoire singulière narrée par une vague personnifiée et illustrée dans des tons de bleus oniriques, des rouleaux qui caressent la poésie. Des sourires rieurs, des seaux et des pelles, des souvenirs d’enfance, réunis dans un bel album. Pour évoquer et dédramatiser la peur de l’eau, et prolonger le plaisir des vacances à la mer ! Très réussi. Céline a surfé aussi.

 

BONUS : le 22 octobre débarque le nouveau monstrueux livre de Bertrand Santini, illustré par Paul Mager : Jonas le Requin Mécanique aux éditions Grasset Jeunesse.

Tremblez donc !

Publié dans 2-10 ans, Ados | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

Amitié, swap et SummerBookCamp !

A l’ombre du grand arbre, 10 blogueurs se sont réunis le temps d’un weekend dans le Sud de la France.
La virtualité, c’est bien…la réalité, c’est encore mieux !
Récit d’une rencontre.

Le rdv est pris depuis septembre dernier… et grâce à notre hôtesse Pépita, nous avons fait le premier Summerbookcamp !

SBC 1Pour l’occasion, nous avons organisé un nouveau swap orchestré par Bouma sur le thème de l’amitié et du partage !

SBC 2

Pépita m’a gâtée : 2 romans dont je rêvais, Eleanor & Park de Rainbow Rowell, Comment tomber amoureux sans tomber de Susie Morgenstern, un album L’orgre, l’arbre et l’enfant de François Aubin, des gourmandises, du bonheur à planter et des clins d’oeil à ma nouvelle vie ! Le tout parsemé de petites étoiles !

SBC 3C’était aussi le moment de se laisser conter des histoires à voix haute, sur le super tapis à histoires de Bouma et d’être comme des dingues autour d’un troc de livres !

SBC 4

SBC 5

Et puis vint le temps d’un symbole fort entre nous : un arbre, le nôtre, planté pour de vrai dans ce beau jardin accueillant. C’est un érable, l’arbre préféré de Pépita.

SBC 6

Quel weekend ! Quel plaisir d’être ensemble et de partager de bons moments ! Le rdv est déjà pris pour l’été prochain ! D’ici là, nous ressortons plus forts, plus motivés, plus liés de cette aventure humaine et passionnée ! Merci à tous mes copinautes !

SBC 7

 

Crédits photos @les lectures de Kik et @Mélimélodelivres.

 

Publié dans 2-10 ans, Ados | Marqué avec , , | 3 commentaires

L’amour au subjonctif

Qu’on se le dise, Pascal Ruter est doué pour la drôlerie ! J’en avais déjà eu un aperçu dans ses deux précédents romans, Le Coeur en Braille et Le Bonheur à l’envers, mais là avec l’Amour au Subjonctif, j’en suis convaincue !

Prenez une classe de 3ème, 3 professeurs, un voyage à Rome, le tout trimballé dans un bus conduit par un type improbable et rock’n’roll nommé Tarzan et affublé d’un chat nommé tête de con, et vous voilà prêt à accrocher votre ceinture parce que ce voyage va vous décoiffer ! Véridique !

Si les voyages forment la jeunesse, celui-ci va accélérer l’apprentissage de Roméo, timide amoureux caché derrière ses lunettes, Juliette celle qu’il aime en secret depuis la maternelle, Merlin, cleptomane incurable, Zoé et Anna, et d’autres, sans oublier les profs : Madame Kroc qui va littéralement se lâcher, Monsieur Gentil qui perd pied, et Madame Triolet qui finira en Carmen !

Dans un roman chorale, chacun va nous faire part de ses impressions : chacun son histoire, son style, son ressenti. Le tout forme un roman cohérent, drôle à souhait, surprenant et touchant, hyper rythmé et fantasque ! Des scènes et des dialogues complètement déjantés, des personnages bien travaillés, et des questions existentielles d’adolescent subtilement abordées. Mais aussi des références culturelles et historiques dans les ruines de la Rome Antique et ô miracle : une utilisation du subjonctif passé des plus séduisantes…

La couverture est signée Margaux Motin, on adore ! Bref, de la légèreté et une bonne dose de bonne humeur pour aborder l’été dans les meilleures conditions ! *** coup de coeur ***

Saint Pascal de la marrade, priez pour que jamais je ne fasse un voyage scolaire de ce genre, quoique…. ;-)

Kik et Pépita ont ri aussi !

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , | Un commentaire

Et maintenant ?

Il arrive parfois qu’un accident vienne tout chambouler dans la vie. Le quotidien, les gens, les familles, l’organisation, l’équilibre, tout. Aujourd’hui, je vous présente 2 romans et un album qui traitent de l’après.

Kmille fait son blog de Cécile Le floch, Rageot, 2009.

Un accident de voiture et la vie de cette jeune fille de 13 ans bascule. Sur fond de divorce annoncé, tout s’enchaîne : retour à la maison, paralysie et fauteuil roulant, retour au collège. Camille décide d’ouvrir un blog, journal intime virtuel où elle dépose ses humeurs, ses émotions, ses questionnements. Et sa colère : colère-injustice, colère-incompréhension, colère-jugements des autres, colère-inadaptation pratique. Soutenue par une meilleure amie pour qui rien n’a changé, la carapace se fend petit à petit face à deux garçons attentionnés et bienveillants. Mieux : le blog trouve un lectorat à l’écoute et disponible et aux multiples visages.

Roman sympathique, abordable et agréable. Le sujet du handicap est traité avec un certain recul servi par l’humour caustique de la narratrice. Le blog est un prétexte pour aborder la notion de vie privée et vie publique. Pas de pathos à outrance, ni de mièvrerie, des personnages attachants. La fin aurait pu être un peu plus nuancée toutefois : « la happy end » n’est pas le seul moyen de prouver une existence heureuse malgré le handicap me semble-t-il. A lire dès 10 ans.

Autre roman chez Rageot également : Courir avec des ailes de géant d’Hélène Montardre, 2014.

Glenn a 8 ans et découvre les plaisirs de la course avec son père et son petit frère au bord de l’océan, en Australie. Mais quand le père meurt dans un accident d’avion, la Terre s’arrête de tourner pour cet enfant. Avec leur mère française, ils débarquent à Toulouse chez leurs grands-parents. Glenn ne parle plus français, son coeur est resté dans les pas de géant de son père à Sydney. L’entrée au collège est une montagne à gravir, sa mère est devenue ultra-protectrice. Alors, en secret, Glenn explore en courant les alentours de la maison. Il n’y a que dans ces moments-là qu’il se sent vivant.

Roman prenant qui décrit en murmurant la tristesse d’un enfant blessé, que seule sa passion va sauver. Epaulé par un grand-père bienveillant, le cordon maternel va se défaire doucement pour le laisser prendre son envol. Les bienfaits du sport autant physiques que mentaux sont très justement décrits. La fin est très touchante et crédible. Quand on aime, on ne compte pas les kilomètres ! Roman simple et fort qui donne sacrément envie de courir ! A lire dès 10 ans aussi.

La maison sans escalier de Juliette Parachini-Deny, illustré par Thierry Manes, des ronds dans l’O, 2014.

Une maison aux volets bleus, une famille de 3 personnes : c’est ici que commence la nouvelle vie de cette fillette en chaise roulante. Elle va explorer cette maison sans escalier. Dans le jardin une balançoire oubliée, dans le grenier un cheval à bascule esseulé. Possiblement deux nouveaux complices trouvés. Des doutes, des peurs, des larmes à la veille de la rentrée. Pourtant la vie ne s’est pas arrêtée…

Attention beauté ! Les illustrations sublimes et délicates, tendres et douces servent à merveille les mots humbles et poétiques, ronds et réconfortants. On suit, à pas feutrés pour ne pas la déranger, cette fillette fragile et sensible dans les premiers jours du reste de sa vie. Les regards sont expressifs et vrais, les mots prononcés bienveillants et sincères. Les métaphores filées sont subtiles et pleine de pudeur. *** coup de coeur *** pour cet album délicat, audacieux et beau tout simplement.

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , , , | 3 commentaires

D’une seule voix

En bonne facebookineuse que je suis, j’ai suivi le précieux conseil d’une auteure jeunesse, Cécile Roumiguière. Hop un tour chez mon libraire, et me voilà avec le récit de Thomas Scotto, Ma Tempête de neige, chez Actes Sud Junior, paru en février 2014. Collection créée  par Jeanne Benameur et Claire David, ce sont des textes courts, à lire d’une traite, et à relire pour soi et le monde.

Lui, le narrateur, c’est Zacharie, 19 ans. Elle, son amoureuse, c’est Katell, 24 ans. Il s’adresse à cet(te) inconnu(e) tant attendu(e), tant désiré(e), déjà aimé(e). Des questions, des doutes un peu, des larmes d’émotion, de l’excitation, de l’euphorie, et de l’impatience, beaucoup. On suit le fil de ses pensées, on le vit avec lui, on y est aussi. Annonce à l’entourage, souvenirs d’enfance et projection fantasmée. Rituels nocturnes à 4 mains, références à Brautigan qui donne son charme au titre enneigé. C’est l’histoire d’un désir fort : on ne naît pas père, on le devient.

Quelle claque ! Je l’ai lu et relu. C’est beau et bouleversant d’assister à ce flot poétique qui déborde du coeur d’un jeune homme. Une déclaration d’amour comme un cri puissant et sincère. Mettre des mots sur cet à-venir si présent avec autant de finesse et de pudeur, ça m’émeut. On assiste sourire aux lèvres, coeur battant et larme à l’oeil, à la naissance d’un homme. Le genre de récit qu’on relira comme un trésor, et qu’on offrira comme un cadeau précieux. Merci Monsieur Scotto.

Du coup, j’ai eu très envie de découvrir un autre récit de la même collection. J’ai choisi Pas Couché de Cathy Ytak, paru aussi en février 2014.

Elle, c’est Manon. Jeune fille un peu particulière qui a un ami particulier. Lui, son ami, c’est Timothée. Entre eux, un lien fort tissé autour d’une passion commune sous forme de notes, de paroles, une platine et des vinyles. Pas de coucherie entre eux, juré, craché, promis. Pourtant le monde autour lui soutient que c’est impossible ! L’amitié fille-garçon sans larme ni embrouille n’existe pas. Et si Timothée disparaissait ? Cette question absolue met le doute dans l’esprit de Manon jusqu’au soir où…

Autre registre, mais toujours cette narration fluide, aérienne, intense ! Un sujet qui m’intéresse, une passion qui me parle, et un lien que je connais. Une complicité au fil du temps, des rituels, ce point où l’on n’a plus besoin de se dire les choses parce qu’on se connaît vraiment. Loin des clichés, l’auteure n’évince pas la question du désir : entre le déni, les évitements et l’évidence. Très beau texte aussi. Et une envie de lire à voix haute.

J’ai donc un gros COUP DE COEUR pour cette collection qui porte à merveille son nom. Beaucoup d’émotions, impossibilité d’arrêter la lecture, envie de les relire et de découvrir tous les autres !

 

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , , | 4 commentaires

SDL 2014 : prendre son temps

Voilà ce que je m’étais promis pour cette nouvelle édition. Prendre le temps de la découverte, d’écouter les débats, d’échanger et de partager, de passer voir ceux que j’aime bien. Enfin surtout ne pas courir, et me faire plaisir. Promesse tenue, je vous raconte ?

Vendredi soir, première table ronde menée par Fred Ricou : Histoires de femmes en littérature ado.


Avec Pascale Maret pour Les ailes de la Sylphide
Frédérique Deghelt pour Ma nuit d’amour
Paule du Bouchet pour Je vous écrirai
et Stéphane Servant pour Le cœur des louves. Forcément avec ses auteurs et cette thématique, je ne pouvais pas ne pas y assister. Très chouettes échanges, j’ai adoré !

Samedi matin, découverte par hasard du Magazine Peps ! C’est un trimestriel sur la parentalité positive dédié aux parents des 0-20 ans. Accueil fort sympathique par sa responsable administrative, Véronique Pernoud, et Carine Dubreuil. Je vous en reparle très bientôt. Puis direction le stand des éditions Les Minots, avec Angéline Chusseau et les doigts de fées de Lucie Vandevelde. C’est toujours un plaisir de les voir et d’échanger avec elles ! J’ai des trésors dont je vous reparlerai très vite.

Pour Eva, merci Lucie

On continue avec une autre table ronde et Fred Ricou. Cette fois, il s’agit de la relation Grands auteurs / Petits éditeurs, avec Eric Denniel (directeur des éditions Le Muscadier) et Patrice Favaro (auteur jeunesse ), et Jean René (directeur des éditions Bulles de Savon) et Michel Piquemal (auteur jeunesse). D’abord j’ai découvert ces deux maisons, et ce que je retiens de cet échange, c’est précisément la relation au temps : temps de l’échange entre l’éditeur et l’auteur, temps de l’écriture, temps de maturation, temps de relecture et temps qui permet un lien de confiance entre ces différents acteurs du livre. Débat hyper intéressant, échange sympathique, super moment !

le temps fait son ouvrage

Petite pause goûter d’anniversaire !

40 bougies !

 

 

 

 

 

50 ans et une Légion d'honneur !

 

 

 

 

Dimanche matin, histoire de bien commencer la journée, direction table ronde sur le thème du rire ! Grosse marrade avec Wiaz et son fantôme chez La Différence, Claire Renaud et ses histoires maboules, et Laurent Simon chez Hélium. Fred et le public n’étaient pas en reste ! Fou rire du matin, entrain !

 

Quand Laurent Simon croque Wiaz !

Hop direction la dédicace de Thomas Scotto chez Actes Sud Junior pour son sublime Ma Tempête de neige, lu et adoré la semaine dernière sur les conseils de Cécile Roumiguière que je retrouve avec plaisir devant le stand justement. Je le chronique très vite, promis !

Emue...

Et maintenant, sur la grande scène, un débat qui me tient à coeur : la lecture, un perpétuel combat ? Sont présents Vincent Cuvellier, écrivain, Sylvie Gracia, éditrice, Christine de Mazières du SNE et Vincent de St Vincent de Médias Participation. Si vous voulez les chiffres, c’est ici. Ont été abordés la sacralisation du livre, le lien entre le livre et les jeunes lecteurs, l’importance de la création surtout en secteur jeunesse ( ce sera d’ailleurs le thème du prochain salon de Montreuil ), le problème du temps dont on dispose pour la lecture, l’espace de liberté solitaire et intérieure qu’offre le livre, mais aussi le partage et la proximité qui se créent. Sujet qui m’intéresse au plus haut point…il nous faudrait plusieurs vies pour en faire le tour ! Comme le défend Vincent Cuvellier : moins d’injonction et plus de plaisir !

la lecture : combat ou engagement ?

Le numérique ne m’a pas échappé : la Souris qui raconte s’est associée aux Apprimeurs pour les cartes à lire. Une nouvelle expérience de distribution de livres numériques pour le libraire et d’acquisition pour le lecteur : une jolie carte papier qu’on peut faire dédicacer et offrir comme un livre. Il suffit de se connecter et d’entrer le code de téléchargement. C’est tout nouveau, je vous en dirai davantage très bientôt ! Bonne initiative dans tous les cas.

les cartes à lire

D’autres découvertes et chouettes rencontres dans les allées. J’ai de quoi lire et chroniquer pour un moment ! Merci à toutes celles et tous ceux qui défendent le livre en général, et le livre jeunesse en particulier. Merci pour les échanges et les sourires. Bref ce fut un weekend au poil ! ah non, pardon, à poil ;-)

Frigide si tu me lis ... ah ah ah !

Publié dans 2-10 ans, Ados | Marqué avec , , , | 4 commentaires

Comme des images

Je l’attendais. Vraiment beaucoup. Il a paru le mois dernier, acheté le matin même, lu dans la journée. Il s’agit du dernier roman de Clémentine Beauvais, Comme des Images, chez Sarbacane, collection X’prim. Deux valeurs sûres. La lecture de son précédent roman, La Pouilleuse, chez le même éditeur, m’avait bouleversée. Nous en avions fait une lecture commune à l’ombre du grand arbre.


Il était une fois, ça commence comme un conte…un conte désenchanté. Des ados, un lycée prestigieux, une course à la réussite, des adultes qui mettent la pression, des histoires d’amitié et d’amour. Léopoldine a rompu avec Timothée pour Aurélien. On l’apprend par sa meilleure amie, sans identité, qui est aussi la narratrice. Timothée se venge en envoyant à tout le lycée une vidéo compromettante de Léo. Injures, diffamation, atteinte à la vie privée, jalousies, trahisons, humiliation, jeux de regards, alliances, jugement, critique, et droit à l’image. Ici, comme le souligne le titre, tout est question d’image : image de soi, image des autres, illusion d’optique, image virtuelle et reflet de la société.

La couverture annonce la doublure : Léopoldine a une jumelle, Iseult. Celle qui sourit et regarde son avenir droit devant et celle qui lève les yeux au ciel. La journée cauchemardesque est doublement vécue : Léo doit surmonter l’épreuve, et par répercussion Iseult aussi. Oui mais voilà, Iseult n’a pas la force de sa soeur : plus Léo relève la tête, plus Iseult perd la sienne. Jusqu’où ?

Entre un Huis-Clos élitiste, le lycée Henri IV, où les acteurs en représentation quasi-permanente définissent à la perfection la formule de Sartre  » l’enfer, c’est les autres  » et les jeux d’humiliation et de perversité en format épistolaire 2.0 version réseaux sociaux dignes des Liaisons Dangereuses de Laclos, Clémentine Beauvais nous offre un roman terriblement efficace, à la langue incisive, aux personnages travaillés, à l’issue fatale. Un roman hypnotique et moderne qui décrit avec justesse et intelligence certains travers de la société, les affres de l’adolescence, l’ingérence humaine : le cri primal de l’injustice, le premier non.

Enorme premier ***coup de coeur*** roman 2014 et carton plein chez mes compères Nathan, Céline, Sophie et Céline.

Une des particularités de cette collection X’prim étant la bande-son accompagnant le roman, durant toute ma lecture, je n’ai eu de cesse de fredonner celle-ci.

 

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , | 4 commentaires

Les espaces et les sentiments

Des espaces. Comme la prairie qu’on croit plus verte chez le voisin, comme cette forêt si sombre et si dense qu’on pourrait bien s’y perdre et y croiser le loup, comme l’immensité de l’air qu’on ignore et qui peut tout souffler sur son passage. Des espaces comme des décors et des (é)toiles de fond. Et puis des sentiments. Invoqués, convoqués, suggérés, sublimés, fantasmés, prononcés, illustrés.

Caravane d’Ingrid Chabbert, illustré par Soufie, éditions Limonade, 2013.

Léonie vit dans une maison qui roule au gré du travail de ses parents. Les écoles, les copains, les villes filent et défilent. Elle rêve pourtant de se poser « là où les gens ne se moquent pas ». Des champs vides, des doigts qui pointent, pas d’attache. Jusqu’au jour où main dans la main, ils s’installent dans un pré-bonheur qui sent bon la campagne. Léonie réalise alors que le bonheur la suit partout où ils vont, dans cette caravane pleine d’amour.

Les illustrations de Soufie portent cette histoire : rondes, douces, légères. Pour mieux atténuer le coeur lourd de trop de départs et de changements. Un album tout carré, fin et coloré. Une invitation au voyage, des mots justes et tendres qui questionnent l’essentiel : peu importe où la vie nous mène si l’on est avec ceux qu’on aime. Céline s’est laissée porter.

Loup Noir d’Antoine Guilloppé, Casterman, collection les albums, 2014.

Une forêt vêtue de neige et de nuit, des pas d’enfant, une présence sauvage qui guette, un silence pesant. Une fuite qui s’accélère, une tension palpable, des frissons dans l’obscurité…jusqu’à la chute.

Une réédition de cet album incontournable et intemporel : sublime. Qualité incontestable de l’objet-livre, bichromie suggestive où tout est dit sans un mot, pouvoir de l’imaginaire, tension et frissons garantis. Magie des contrastes comme la patte de l’auteur-illustrateur, entre attraction-fascination et rejet-peur du loup qui fonctionne à tous les coups…coup de griffe, coup de grisou, coup de coeur !

Un Courant d’air de Juliette Binet, Rouergue, 2012.

Deux personnages dos à dos, un cri silencieux porté par le souffle d’une note qui deviendra un coup de vent-cerf-volant, une jupe qui tourbillonne, une tempête dans les arbres, un océan déchaîné. Un cri qui dit qu’il faut se parler quitte à faire le tour de la Terre, à l’image de ce livre-accordéon qui fait le tour de lui-même. Un message d’amour à l’encre : timide et puissant, poétique et panoramique, silencieux et éloquent.

L’onde libérée comme une onomatopée, celle que rien n’arrête, celle qui traverse les tempêtes, celle qui déchaîne les coeurs, entre l’intime et le public, le désir et la frustration, le contenu et le contenant : souffle vital et libérateur, comme un livre. Sublime et émouvant : ***coup de foudre***

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , , , , | 5 commentaires

Magie des rêves

Quoi de mieux pour vous souhaiter une douce année 2014 que 3 albums qui font rêver ? C’est parti !

Une nuit sans étoile de Laure Cadars, éditions Eponymes, 2013.

Un mange-lumière dévorait chaque nuit une étoile. Ses préférées étaient les filantes si pétillantes. Nuit après nuit, les étoiles se firent rares. Il fallait attendre que la lune éternue ! Alors le mange-lumière impatient croqua la lune ! Apparut enfin une…luciole qui cherchait un amoureux. Mais la voûte céleste demeurait vide. Quand tout à coup, une étoile s’embrasa…

Je n’en dirai pas davantage. En revanche, je vous dirai avec plaisir que cet album est très beau : format à l’italienne, qualité du papier , choix des teintes,  illustrations charmantes et le texte poétique à souhait ! J’ai adoré ! Le titre, des étoiles à toutes les pages, une histoire de luciole amoureuse : forcément je devais le lire ! Je découvre cette maison par la même occasion et j’en suis ravie. *** coup de coeur ***


Dans mes rêves de Juliette Parachini-Deny, illustré par Lucie Vandevelde, éditions Les Minots, 2013.

Quand vient la nuit, elle éteint la lumière et ses rêves s’illuminent. Du rouge-coquelicot, des pinceaux arc-en-ciel, un arbre-cabane à secrets, une pluie d’été sous laquelle danser, une montgolfière-messagère de mots d’amour, des poissons qui volent au vent, une marelle pour chatouiller le ciel, des oiseaux libres, un cheval blanc et même un prince !

Poésie à tous les niveaux : le texte, simple, bref, imagé, poétique, tendre et des illustrations qui explosent dans tous les coins et dans toutes les couleurs Qualité de papier, bel objet, techniques variées : encre de chine, collages, peinture, crayons. C’est beau ! Un inventaire fantaisiste, un imaginaire débordant, un univers onirique : magique ! *** coup de coeur *** à lire, relire, découvrir, redécouvrir, observer, scruter sans fin ! Un album qui fait vraiment rêver les petits et les grands, comme Céline et Drawoua. Le lecteur est invité à dessiner son rêve à la fin, et nous d’attendre le prochain. Bravo pour ce duo qui fonctionne à merveille ! Je suis fan !


Du bout de mes doigts de Jorge Lujan et Mandana Sadat, traduit par Carl Norac, Syros, 2013.

Un petit fille du bout des doigts touche une noix de coco telle une danseuse touchant le ciel. La noix se transforme en lac, qui par ricochet imaginaire, rejoint la lune. Le temps d’une danse, elle traverse le ciel de toutes les couleurs … Des poissons, une licorne, des étoiles, songe mi lunaire mi-aquatique. Féerique. Léger. Tendre. Beau simplement.

Alors là aussi c’est poétique et coloré. Très bel album sur fond noir mat, papier épais, pour mieux faire surgir les couleurs éclatantes ! Cette petite fille danse la ronde de ses idées fantastiques, elle virevolte sur son arc-en-ciel, elle respire la douceur et la joie ! Les parents attendris veillent, s’éclipsent et reviennent. Beaucoup de tendresse dans ce *** coup de coeur *** offert par ma complice Céline et son tiroir magique lors du swap de Noël.

Nourrir l’imagination, découvrir des univers multiples, jouer avec les mots, en prendre plein les mirettes, toucher du doigt des émotions, rêver sans cesse et sans limite d’âge, prendre le temps : voici ce que je vous souhaite à toutes et tous pour cette nouvelle année livresque !

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , , | 8 commentaires

Swap de Noël à l’ombre du sapin

Et oui à l’ombre de notre grand arbre adoré, c’est déjà Noël : il pleut des colis, des cadeaux, des attentions, des mots doux et..des livres ! Pour prolonger l’effervescence post-Montreuil et anticiper les fêtes de fin d’année, il fallait associer une couleur et des émotions… C’est à Céline et son tiroir magique que je dois ma joie ce soir ! Vous voulez voir ?

La prouesse de Céline réside à concocter un colis tout de noir sans plomber mon moral et comme elle est douée : pari relevé ! Il y a aussi de l’argenté, de belles illustrations, des découvertes, du chocolat..noir pour accompagner mes lectures futures, un joli cahier spécial ALODGA, et un mot tout doux, pas noir du tout pour le coup, qui fait chaud tout chaud au coeur.

des mots qui me vont bien

Et après déballage, ça donne quoi ? 

Un roman qui a l’air extra, 2 albums que je rêvais d’avoir, une girafe un peu toquée, le Mariage du Ciel et de l’Enfer, une proposition de mariage ( tu ne sais pas à quoi tu t’exposes ma chère), et des pages blanches pour écrire…

Un immense MERCI à Céline pour ton premier swap ! Ravie que tu fasses partie de cette belle aventure collective où on ne voit jamais la vie en noir. Merci à Bouma pour l’organisation. Et de très belles fêtes à tous mes complices !

Quand William Blake s'invite à l'ombre du grand arbre

Publié dans 2-10 ans, Ados | Marqué avec , | 3 commentaires