Un jour…au bout du monde

Aujourd’hui, je vous présente 2 beaux albums qui traitent du même thème : l’adoption. Des enfants sans parent, des parents sans enfant, il y en a dans la vie, il y en a dans les livres. Ici, là-bas, partout.

Un jour, mes parents viendront d’Ingrid Chabbert, illustré par Stéphanie Augusseau, collection Histoires comme ça, Editions Alice, 2013.

Une petite fille à la robe rouge attend. Entre les murs d’un orphelinat, elle espère trouver sans vraiment chercher. Elle les rêve rien qu’à elle, elle les souhaite rigolos, amoureux, câlins. En attendant son départ, elle se souvient de son arrivée. Un jour, ils viendront, elle le sait.

Un éventail d’émotions tant dans le texte épuré que dans les illustrations à dominance jaune et bleue. Bleu comme le froid de l’attente, de l’orphelinat, des jours trop longs, de tristesse, de solitude. Jaune comme ces ouvertures sur le monde extérieur, comme l’espoir, comme la lueur vers le pays du bonheur, comme ce jour qui arrive enfin. Et un peu de rouge orangé aussi, comme la chaleur des mains tendues, comme les rires parfois, comme la caresse sur la joue, comme la vie qui bat son plein dans le coeur de cette petite fille. Un fil de cerf-volant en filigrane, qui guide, qui tient, qui ne se brise pas, qui autorise les mots et les pensées. Parce que dans cette jolie histoire, c’est le point de vue de l’enfant qu’on entend et qu’on comprend. C’est là l’originalité. Une mention particulière pour la double page sans texte où les illustrations seules émeuvent : 4 mains tendues qui se croisent, un sourire de bonheur : tout est dit.

Retrouvez l’avis de Kik

L’orphelinat du bout du monde de Coralie Saudo et Emma, collection La tête sur l’oreiller, Editions Les P’tits Bêrets, 2012.

Pépine l’autruche et Pato le crocodile sont très amoureux, mais très tristes aussi car ils ne peuvent pas avoir d’enfant ensemble. Puis un jour, ils trouvent un oeuf orphelin. Ils décident ensemble d’en prendre grand soin jusqu’à l’éclosion de Colori, leur bébé perroquet. La jolie nouvelle se répand : s’il y a des parents qui ne peuvent pas avoir d’enfant, et des enfants sans parent, pourquoi ne pas créer un orphelinat du bout du monde où chacun trouvera sa famille ?

Ici, on parle de stérilité, d’adoption, de différence et surtout d’amour. Avec finesse des mots et joie des illustrations colorées et sublimes, le droit au bonheur s’expose pour tous et toutes. Un album très doux, poétique, dans l’air du temps. Peu importe qui se cache dans l’oeuf, chacun a le droit d’exister et d’être aimé. Pas de discrimination, pas de préjugé, seul l’amour compte. Et ça fait du bien !

L’adoption est un thème qui me tient particulièrement à coeur. La littérature jeunesse s’en empare de façon douce et poétique. Subtilité, finesse, ouverture d’esprit, émotions. Deux albums à découvrir, à offrir, à lire : COUP DE COEUR !

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , , | 2 commentaires

Des arbres et 20 bougies !

La forêt imaginaire sortie des branches et des feuilles d’Olivier Douzou et José Parrondo célèbre les 20 ans du Rouergue Jeunesse. Le bel âge, la belle idée ! À chaque grand événement l’homme a toujours planté un arbre : festivités !

L’arbre, symbole de la vie, de la création, du temps qui s’allonge, qui s’étire à l’infini… Le printemps aussi. Tout juste paru, le joli bourgeon s’intitule Forêt-Wood, haut en couleurs, riche de créativité, et qui invite à la contemplation et à la rêverie…sans limite. Promenons-nous dans ce bois…

Sous la forme d’un catalogue, les deux auteurs répertorient une centaine d’espèces aux douces consonances latines et nomenclatures scientifiques rigoureusement bousculées, entre humour et poésie, émerveillement et surprise ! Du sucré Pater Glucosus, l’arbre à papa tout rose au salé Aperitivus Cocktailus, l’arbre bretzel…en passant par le drôle Ikeanordicus, l’arbre en kit à monter au Arbor Armor, l’arbre-menhir indestructible… Des clins d’oeil à la littérature jeunesse bien sûr : Arbraracourcix le pin gaulois et Silva Letargica Anesthesia Somnifera Valium Somnola le bois au bois dormant.  

 

Un album, livre-objet, livre-souvenir, livre-cadeau, pour les petits et les grands sans limite d’âge pour rêver, imaginer, sourire, rire et rêver encore !! Il est beau, doux, d’une grande qualité, de ces livres qu’on aime tant.

A l’image de cette maison : la qualité éditoriale, les choix, les auteurs et les illustrateurs, les talents, les collections. C’est un régal pour les yeux, une réussite absolue ! Je suis fan !

*** COUP DE COEUR ***

Et comme un anniversaire, ça se partage : venez planter votre arbre rêvé sur le tumblr crée à cette occasion ici ! Il y a déjà des pépites à découvrir ! Ici l’arbre ne cache pas la forêt, il la révèle : fantaisiste, apaisante, colorée, foisonnante, universelle. Un très bel anniversaire à la forêt du Rouergue !


 

Publié dans 2-10 ans, Ados | Marqué avec , , , , , , , , | Un commentaire

Le coeur en braille

Il était dans ma PAL depuis quelques temps… Une rencontre avec l’auteur et une dédicace au Salon du livre de Paris, et hop ! Et Quel moment ! Il s’agit du premier roman de Pascal Ruter, Le coeur en braille, paru chez Didier Jeunesse, en juin 2012. La couverture est illustrée par Anne Montel, et nous dévoile cette galerie de personnages hauts en couleur !

Le ton est donné en 4 ème de couverture :

Jusque là, pour Victor, une année scolaire, c’est du saut à l’élastique sans l’élastique ! Ce qu’il préfère ? Ecouter les Rolling Stones, se gaver de loukoums avec son copain Haïçam, parler mécanique avec son drôle de père… Quand il ne s’amuse pas à planquer le papier des toilettes des filles, il essaie d’échapper aux punitions qui pleuvent sur lui comme la foudre sur le paratonnerre. Mais lorsque Marie-José, génie absolu, déboule dans sa vie un beau jour de contrôle de maths, c’est tout son univers qui implose….

PS : si vous avez envie de rire, c’est normal. Si vous avez envie de pleurer, c’est normal aussi.

L’atmosphère du collège est retranscrite avec brio : les cours et les profs, la corvée des devoirs, les perfidies, les violences, le sentiment amoureux naissant, et les amitiés qui prennent une grande place. Mention spéciale au CPE, alias Lucky Luke, un fan de cyclisme qui se met en quête de la grande littérature ! Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et servent à merveille le récit. Il y a Victor, le narrateur, un peu cancre mais tellement drôle, qui vit seul avec son père, qui au fur et à mesure du roman grandit, s’élève et se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il y a son meilleur ami Haïçam, gourmand loukoumophile, peu bavard mais brillant, un surdoué des échecs, béquille à toute épreuve pour Victor. Il y a aussi Marie-José, la fille tirée à 4 épingles, virtuose du violoncelle, qui donne tout son sens au titre du livre…
Dès les premières pages, l’auteur impose son ton : une écriture très imagée et drôle. Victor en est le digne représentant : une vie intérieure riche et en ébullition, entre doutes, réflexions quasi philosophiques et rêveries d’ado. Les répliques fusent vite, préparez-vous à des fous rires inattendus ! Quant au fond, l’histoire est touchante, le suspens en crescendo, et tient le lecteur jusqu’au bout ! Une grande réussite ! Et un véritable hymne à l’amitié et à la solidarité ! Un roman d’apprentissage fort !
De ces romans qui vous font aimer les transports en commun, ceux dans lesquels on replonge vite vite vite dès qu’on peut ! Et je suis vraiment contente de vous annoncer 2 bonnes nouvelles : d’une part, il est sélectionné pour les Prix des Incorruptibles 2013/2014 pour le niveau 5è/4è, d’autre part, il vous reste quelques semaines pour le découvrir avant la parution du second roman de Pascal Ruter, Du bonheur à l’envers, en mai donc, chez Didier Jeunesse. Alors foncez !!
Retrouvez les avis de KikPépita et Alice.
Publié dans Ados | Marqué avec , , , , | Un commentaire

Le printemps des mots

 » En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles  » Khalil Gibran.

Aujourd’hui, en attendant le printemps, le vrai, celui qui tarde, je vous propose 3 albums printaniers pour leurs mots et leurs illustrations : 3 univers emplis de douceur, parfois de fleurs, et de poésie.

L’Arpenteur de David Sire et Pierre Caillot, illustré par Magali le Huche, livre-cd aux éditions Des Braques, 2011.

Au pays des mots, de jour comme de nuit, sous le soleil ou sous la pluie, l’arpenteur marche seul. Il écrit les mots avec ses pieds et s’il s’arrêtait, les mots disparaîtraient. Pourtant un jour, il tombe : une frontière s’est mise à pousser, puis devient un mur gigantesque qui engloutit tous les mots du monde. Prêt à tout pour libérer les mots, l’arpenteur s’engouffre dans une minuscule brèche. Pour se donner du courage, il répète sans cesse  » livre, vivre, vibre, libre « . Qui se cache derrière cette muraille ? La peur. Un mot pour la stopper : curiosité.

Que c’est beau ! Toutes ces sonorités, toutes ces images : une farandole exceptionnelle ! Un ravissement pour les yeux et les oreilles. Un rythme, une poésie, un univers particulier qui fait tomber amoureux des mots ! A lire et relire à voix haute pour le plaisir et le voyage dans l’infinie beauté de la langue. Les illustrations sont sublimes : couleurs, rondeurs, douceurs, des mots manuscrits aussi, des détails qui courent partout partout ! L’objet-livre est donc très beau, la qualité sonore du disque remarquable, la voix de David Sire envoûtante, le propos presque philosophique : à découvrir d’urgence !

 

Le jardin des secrets de Marie-Hélène Lafond,

illustré par Lucie Vandevelde, éditions les Minots, 2013.

Un petit garçon collectionne les secrets dans une boîte cachée sous son lit. Quand le printemps arrive, il les sème tous mélangés dans son jardin : poussent alors des fleurs de secrets. Mais cette année, aucune récolte ! Quelle tristesse ! Le petit bonhomme part alors à leur recherche et questionne tour à tour la dame du pommier, les oisillons, le jardinier, le criquet, le lapin blanc, et Barnabé du châtaignier ! Bingo ! Echange de bons procédés : des fleurs de secrets contre des fruits à bêtises !

Poésie des mots, poésie des images ! Quel voyage ! Quelles idées ! Feu d’artifices de couleurs, de collages, de peinture, de crayonnés ! Du soleil plein les yeux. Un album gai, poétique, singulier, coloré pour susciter l’imagination inépuisable des petits. Mention spéciale pour la dernière double page sur laquelle les lecteurs peuvent écrire leurs secrets dans un joli jardinet qui attend leurs fleurs. C’est le printemps à portée de mains et d’yeux ! A commander ici. Retrouvez l’avis de Maman Baobab .

 

La mémoire aux oiseaux d’Ingrid Chabbert, illustré par Soufie, éditions Des ronds dans l’O, 2012.

L’histoire douce d’une grand-mère qui perd la mémoire et son petit-fils qui l’aime comme l’univers. Elle sort parfois en robe de chambre et pantoufles, elle met ses tartines dans l’armoire ou plante ses lunettes dans les pots de fleurs… Elle ne fait pas exprès, elle oublie. Et ce petit garçon qui voudrait tellement l’aider à ne pas oublier. Comment faire ? Lui rappeler tous les jours combien il l’aime, ça c’est un beau début à sa portée.

La métaphore filée de cette mémoire qui s’envole comme les oiseaux donne à cette triste histoire d’Alzheimer de la douceur. La sensible plume de l’auteure rend la chose poétique, moins dure, et aide ce petit garçon à transformer sa colère en Amour toujours plus fort. Les illustrations toutes en rondeur et couleurs tendres de Soufie sont belles. De ces mots et ces images qui rendent la vie réelle plus douce et ça fait du bien. Je suis ravie que cet album soit sélectionné pour le Prix des Incorruptibles 2013/2014 pour le niveau CP. C’est un thème très peu abordé et pourtant il a toute sa place dans la littérature jeunesse aujourd’hui. Et quand c’est joliment fait, on ne peut que s’en réjouir. Retrouvez l’avis de Dorot  ici.

Je dédie cet article à ma grand-mère qui n’est plus, mais qui est née le jour du printemps et qui a fait pousser en moi les fleurs des livres. Avec toute ma tendresse, à jamais.

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , , | 3 commentaires

Western Girl

Il y a des auteurs qu’on suit de près et des romans qu’on attend avec impatience. Après avoir dévoré sa trilogie cet été, je ne vous cache pas que j’attendais Western Girl d’Anne Percin, aux éditions du Rouergue, collection doado, qui vient de paraître. J’ai immédiatement envie de vous dire que ma patience est largement récompensée et de crier Hiha ! Yeepee Yeah !

Elise, jeune bretonne de 16 ans, vit dans son monde peuplé de chevaux, de musique country, de bottes en cuir et de chemises à franges. Telle Calamity Jane, elle saute sur l’occasion de réaliser son rêve américain : un stage de 3 semaines dans un ranch du Dakota. Là voilà donc parmi d’autres adolescents français, son journal de bord à la main, prête à galoper après sa soif de grands espaces, sa crinière rousse au vent ! Oui mais la chevauchée fantastique prend des allures de rodéo quand elle ne rentre pas dans les cases de la communauté snobinarde qui l’accompagne et qu’elle n’est pas une fille docile comme Laura Ingalls ! De malentendus aux alliances de cons-fédérés, de véritables choix aux convictions inaltérables, Elise garde les rênes de son destin, saute les obstacles, parfois chute, remonte en selle, reste droite dans ses bottes telle une héroïne digne d’un roman de Jane Austen.

C’est frais, c’est drôle, c’est dépaysant, c’est intéressant, c’est attachant ! Elise est la digne soeur de Maxime Mainard : une ado au caractère bien trempé, pleine de répartie et de réflexions matures sur le monde et ses intolérances, qui s’émerveille de choses simples, passionnée, passionnante, ça galope sous son chapeau ! Elle se questionne, s’émeut, brasse la palette des émotions impulsives et enflammées des ados ! Ce roman est un moment de plaisir franc et massif ! Toujours cet humour décapant de l’auteure et ce climat confortable pour le lecteur ! Un régal aux odeurs de marshmallow grillés sur fond d’harmonica au clair de lune : quand le rêve devient réalité. Coup de coeur ***

La bande originale qui l’accompagne est, une fois n’est pas coutume, un enchantement, entre plaisir bercé par les voix envoûtantes de Johnny Cash et Tom Waits, et découverte du répertoire country. Pas besoin d’être bon cavalier ou danseur au Saloon pour embarquer avec Elise ! Vous passerez du trot au triple galop le temps d’un fou rire, en chantonnant  » Because you’re mine, I walk the line « . Bonne chevauchée livresque !

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , , | 2 commentaires

Là où je vais

Un jour, flânant dans le rayon jeunesse de mon libraire, une couverture attire mon attention : Là où je vais de Fred Paronuzzi, éditions Thierry Magnier, couverture de Laurent Moreau, 2013.

La 4 ème de couverture ne me laisse plus le choix :  » il suffit parfois de 3300 secondes pour que tout bascule. Léa, Ilyes, Clément et Océane, élèves du même lycée, vont en faire l’expérience. Ils se connaissent à peine mais ce jour-là, le temps d’un cours, chacun verra sa vie transformée. Quatre voix d’adolescents à la croisée des chemins « . Je l’achète et file tout droit le lire. En ligne droite la lecture, d’un même élan, sans m’arrêter. Quel roman ! De ceux qu’on ne lâche pas, qu’on dévore… suspendu aux pages jusqu’au point final.

Un roman choral : 4 voix, 4 identités, 4 sensibilités, 4 histoires. Deux unités : le temps, entre 11h10 et 11h59 et quelques secondes, et l’espace : le lycée. Ils se croisent sans se (re)connaître, chacun dans sa vie qui se construit ou se déconstruit, entre choix et chemin de croix, dans la tempête des passions adolescentes. Là où tout se joue : les apprentissages de la vie, les failles, les forces, les chutes, les découvertes. A la recherche de soi. Le tout parfaitement juste, en finesse, en glissement subtil, sans arrondir les angles, dans un style rapide et intense, où se jouent le pire et le meilleur. Un pur moment de lecture comme je les aime !

Là où je vais m’empresser de lire les autres romans de cet auteur…

Là où je vais vous annoncer que c’est un coup de coeur ***

 

 

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , | 6 commentaires

Paul, Maxence et Léonie

Aujourd’hui, je vous présente 3 beaux livres, 3 albums illustrés, 3 prénoms pour 3 histoires sensibles.

 

Paul d’Alice Brière-Haquet, illustré par Csil, éditions Frimousse, 2012, 17 euros.

Ce petit garçon n’est pas timide, il est simplement sensible. Et toutes ses émotions se traduisent par des couleurs : le vert de la colère, le bleu de la peur, le rouge de l’émotion… La vie à fleur de peau. Ce qu’il vit à l’intérieur se voit à l’extérieur. Est-ce un handicap ou une chance…?

Quand j’ai vu cet album, j’ai eu un coup de foudre ! Il est sublime : le texte, les illustrations, la couverture, le papier, les couleurs : tout absolument tout ! Cet album peut permettre aux petits d’apprendre les couleurs, de nommer leurs émotions, et pour les timides de se sentir moins seuls. Le duo auteure-illustratrice est poétique, évident, beau. A ( s’)offrir de toute urgence.

 

Maxence le pou de Marie Signoret, illustré par Gwen Keraval, éditions Fleur de ville, 2013, 12, 90 euros.

Maxence est un pou élégant, cultivé, passionné des livres et loge sur la tête de Tom. Jusqu’au jour où le shampoing anti-poux attaque ! Maxence part alors en quête d’un nouveau logis. De la blonde laquée à la tête dégarnie d’un chauve, tout ceci n’est pas simple… Maxence trouvera-t-il refuge ?

Cet album doux et carré est drôle ! Les illustrations ont un côté vintage que j’aime beaucoup. Les polices du texte sont colorées, changeantes et agrémentées de symboles. Ce pou est attachant et fantasque, ce qui peut dédramatiser l’invasion des petites têtes ! Je découvre cette maison d’édition, je vais la surveiller de près vu la qualité de cet album ! A découvrir ici .

 

Le lion de Léonie d’Aude Maurel, éditions D’Orbestier, 2007, 13 euros.

Léonie est née avec un étrange jupon à la place des jambes. Plus elle grandit, plus le jupon s’alourdit. De volière en cage de fer. Son papa trouve un moyen pour l’alléger, Léonie peut danser ! C’est alors que le cirque Trapèze arrive en ville. Il y a un lion très angoissé car sa cage est cassée et ouverte sur le monde. Léonie et le lion passent alors un marché…

Cet album a reçu le prix  du meilleur livre jeunesse en 2009 par Handi-Livre. Il traite du handicap sans jamais prononcer le mot. A travers des illustrations colorées et des collages, l’auteure aborde les thèmes sensibles de la différence physique, le regard d’autrui, l’envie d’autonomie. C’est un livre réaliste et poétique. Pas de pathos, juste une jolie métaphore filée pour mieux comprendre les différences.

 

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , , | Laisser un commentaire

De la vraie vie

La littérature jeunesse nous propose de multiples catégories de romans : aventure, fantastique, apprentissage, dystopie, policier, historique… et réaliste. C’est de cette dernière catégorie dont il est question aujourd’hui. Je vous propose 3 romans pour jeunes lecteurs : 3 histoires, 3 auteures, 3 moments de vie.

 

Des crêpes à l’eau de Sandrine Beau, illustré par Sandrine Kao, chez Grasset Jeunesse, collection lampe de poche, 2011, 6 euros.

Solène vit seule avec sa maman depuis la séparation d’avec son père. Leur système D est bien rôdé et empli de bonne humeur et de complicité. Jusqu’au jour où le Monsieur des HLM débarque : il menace d’expulsion et profite de son pouvoir institutionnel. C’est la panique ! Heureusement, Solène a une précieuse aide : son amie d’école Zoé et son super-papa Basile qui va tout arranger d’une main de maître.

Ce roman simple et bien mené aborde des thèmes difficiles : la précarité, la monoparentalité, l’abus de pouvoir, mais aussi l’importance de la parole, la solidarité, le respect des droits et des individus. L’écriture sensible de Sandrine Beau est humble, juste et optimiste aussi. Il y a toujours des solutions. En parler est souvent le début. Et la vie est belle comme une assiette…de crêpes !

Retrouvez les avis de  Sophie, de Pépita.

I comme Iris d’Anne Loyer, illustré par Leila Brient, éditions Alice, collection Deuzio, 2013, 12 euros.

Iris, jeune fille de parents divorcés, vit avec sa maman qui court, court après le temps depuis qu’elles ont refait leur vie ensemble. Elle visite son père et sa nouvelle famille un weekend sur deux. Mais Iris a un souci : l’écriture. Ah ça elle sait parler, très bien et beaucoup, mais quand il s’agit de coucher les mots sur le papier, tout se complique ! C’est alors qu’arrive Ludovic l’orthophoniste : la complicité, la confiance, l’envie s’installent très vite entre ces deux-là. Enfin jusqu’au jour où sa maman invite Ludo à déjeuner. Entre quiproquo, incompréhension, colère, et jalousie, Iris va tenter de mettre des mots sur ses maux.

I comme Intelligence d’Anne Loyer pour décrire des sentiments forts, instinctifs, naturels. I comme Importance de ces orthophonistes qui accompagnent et aident ces enfants sur le chemin de l’écriture et de la lecture. I comme Imagination de cette petite fille pour maîtriser ses émotions et ses mots qui arrivent en rafale dans sa tête. I comme Imbrication des thèmes abordés. I comme Impact de la séparation sur les enfants. I comme Incommensurables Amour filial, confiance, écoute, moyens mis en oeuvre pour aider à grandir. I comme Il faut le lire !

 

Ma grand-mère m’a mordu d’Audren, collection Neuf de l’école des loisirs, 2013, 6,5 euros.

Oui c’est ce qu’affirme Marcus à qui veut bien l’entendre, ou plutôt l’écouter ! Parce que personne chez les adultes ne le croit ! M’enfin une grand-mère qui mord son petit-fils, et pour une émission de télé en plus ! Heureusement, Fleur la copine, elle, le croit et le soutient : pour cause, sa grand-mère à elle lui crache dessus ! Ensemble ils vont donc adhérer au VMV : association des victimes de mémés violentes ! Entre la maîtresse, le père, la mère, la psychologue et la mamie qui fait un déni de résistance, pas simple pour Marcus de se faire comprendre ! C’est vrai ça, doit-on tout pardonner aux vieux juste parce qu’ils sont vieux ? Et les enfants qui disent la vérité dans tout ça ?

Ce roman est absolument abominable de répartie, de joutes verbales réjouissantes, de bon sens ! C’est frais, c’est drôle, c’est juste, c’est jubilatoire ! La plume d’Audren vous vole des éclats de rire et des éclats de lucidité à la fois. Il est question de respect, de réciprocité, de logique sur fond de famille recomposée, de place au sein de cette famille, de la place qu’on donne à la parole de l’enfant aussi.

Retrouvez les fous rires de Dorot et Pépita.

Voilà 3 romans à découvrir, 3 récits réalistes, 3 plumes différentes qui abordent à travers des personnages d’enfants en devenir les difficultés de la vie. Trois preuves, s’il en fallait encore, qu’on peut aborder tous les thèmes en littérature jeunesse, même les plus difficiles et les moins politiquement corrects : quand c’est fait avec humilité, honnêteté intellectuelle et talent, on sort toujours grandi de ces lectures.

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , | 3 commentaires

Liberté et Pouvoir

Aujourd’hui, je vous présente 2 très beaux livres qui traitent du pouvoir poussé à l’extrême mais aussi de révolte et donc de liberté. Il s’agit de l’album posthume de Mario Ramos, Le Petit Guili, collection Pastel de l’école des loisirs, paru en 2013 et de l’album Le Peintre des Drapeaux d’Alice Brière-Haquet, illustré par Olivier Philipponneau, paru en 2012 chez Frimousse.

 

Léon est un jeune roi-lion qui en accédant au pouvoir oublie vite ses promesses. Le peuple proteste. Double échec : Léon n’entend rien, et pire il redouble de cruauté. Il invente des lois de plus en plus répressives : qu’on brise les ailes de tous les petits oiseaux nouveaux-nés. La révolte commence. Afin de détourner l’attention, Léon organise des guerres, il est au spectacle. Non loin de là, naît le petit Guili, petit oiseau aimé et protégé par sa maman qui n’obéit pas à la loi : Petit Guili volera. Et essayera de comprendre ce monde avec ses yeux d’enfant.

 

Quel bel album ! Tout ce qui fait qu’on aime Mario Ramos et qui fait de ses livres des perles qu’on garde précieusement. Ce petit oiseau qui se questionne intelligemment, qui tente de comprendre l’absurdité des grands, qui interroge la vraie nature du pouvoir. Un album à tiroirs thématiques : l’autorité ne tient qu’à une couronne ? Le pouvoir exclusif rend-il fou et cruel ? Peut-on réellement s’opposer ? Autant de questions à se poser et à débattre en famille ou en classe. C’est, à mon avis, un très bon support pour aborder la notion de choix aussi et de libre-arbitre. Un album riche, poétique, engagé qui restera et qu’on ressortira autant de fois que nécessaire pour apprendre et comprendre. *** coup de coeur ***


 » Faites-nous un drapeau qui affiche haut nos idéaux « , voilà la requête des dirigeants de toutes les nations qui rend le peintre des drapeaux si heureux ! Il peint les symboles : une étoile pour la liberté, un coeur pour l’amour, un soleil pour l’égalité, avec toutes les couleurs du bonheur ! Tout ce petit monde était content…jusqu’au jour où le peintre découvre avec effroi que ses drapeaux flottent sur un champ de bataille où tout est gris et sale. Il reviendra avec un grand drapeau blanc, mais… la guerre se poursuit encore aujourd’hui.

Là encore, c’est un sublime album ! Dans un format à l’italienne, les illustrations d’Olivier Philipponneau ( gravures sur bois ) et le texte d’Alice Brière-Haquet forment un ensemble parfait, juste et cohérent. Une évidence. Il est question de pouvoir et de ses représentations symboliques, de guerre, mais aussi de résistance, de résistance par l’art. C’est un album engagé qui dit et dénonce. Encore un support de dialogue, de débat pour appréhender le monde, pour comprendre, pour grandir. *** coup de coeur ***

Si j’ai choisi de vous présenter ces 2 albums dans la même chronique, c’est bien sûr pour leurs nombreux points communs : les thématiques abordées, l’esthétisme, les questions soulevées, l’engagement. Mais pas que. Ils m’ont profondément émue et marquée. Ils n’obéissent pas à une fin heureuse, mais questionnent. Et c’est ça aussi la littérature. Il me semble que ces 2 albums donnent de la matière pour éduquer les plus jeunes au libre-arbitre ( notion fondamentale en ce qui me concerne ). Je n’indique pas d’âge délibérément, ils nécessitent un accompagnement de l’adulte pour les plus jeunes, et je m’en réjouis ! Et quand je lis le peintre des drapeaux, je me dis que la relève de Mario Ramos, de son oeuvre et de son engagement, est assurément entre de bonnes mains.

Publié dans 2-10 ans | Marqué avec , , , , , | 2 commentaires

Tarja est une salope ! ou pas.

Oui j’en conviens, ce vilain mot, cette insulte, dans le titre, c’est surprenant, voire un peu violent… Et pourtant. Et pourtant, ce n’est rien en comparaison de la violence quotidienne que subit Tarja, cette adolescente d’aujourd’hui. Les médias, notamment aux Etats-Unis, nomment ce phénomène le  » slut shaming  » : prenez des ados, des réseaux sociaux, une bonne dose de cruauté, et vous obtenez une nouvelle forme de torture mentale. Cette abomination qui fait des ravages est la toile de fond du très incisif roman Tarja de Jean-Noël Sciarini, aux éditions La joie de lire, collection encrage, paru en 2011, couverture illustrée par Hervé Tullet.

 

Genève, de nos jours, un lycée, des adolescents, et des murs salis d’insultes à l’encontre d’une jeune fille : c’est la vie de Tarja. Un groupe facebook pour parfaire sa réputation de fille facile. Elle rase les murs, se fait discrète, elle qui est passée de bonne élève à élève bonne à baiser. Oui Tarja flirte peut être plus que la moyenne, oui elle confond Amour véritable et coucherie, oui elle a besoin d’affection. Délaissée par ses parents enfouis dans leur vie professionnelle, inconsolable depuis la mort de sa meilleure amie Jessica, Tarja cherche du réconfort et se perd. Seule lumière dans sa vie, Léon son ami de toujours, soutien inconditionnel. Oui mais ça ne suffit pas : le mal est fait, Tarja finit par croire qu’elle est vraiment cette fille-là. Elle marche sur un fil telle une funambule aveuglée par ses chagrins. Et la chute va être brutale, longue, douloureuse. De secret en révélation, le portrait d’une jeune fille en souffrance dans une société bien pensante qui juge et condamne sans pitié.

J’ai lu ce roman en 3 heures, j’ai pris une claque monumentale. La langue acérée, aiguisée, sans détours de l’auteur est bouleversante. Les sentiments exprimés par Tarja sont durs, extrêmes et justes. On aimerait la protéger cette jeune fille brisée et pourtant en devenir. Les thèmes abordés sont multiples, traités avec finesse et bien ancrés au réel. C’est une lecture qui ne laisse pas indemne, de celles qui marquent, de celles qu’on digère lentement. Mais de celles qui sont nécessaires pour comprendre le monde dans lequel on vit.
J’ai eu la chance de rencontrer Jean-Noël Sciarini récemment, nous avons discuté ensemble de la légitimité d’aborder tous les thèmes en littérature jeunesse, et en littérature ado en particulier. Pour celles et ceux qui s’intéressent à cette question, je vous recommande cet article pertinent.

Et je vous signale que lors du prochain Salon du livre de Paris, fin mars, aura lieu une conférence : la jeunesse sans tabous, peut-on écrire sur tout ? ( vendredi 22 mars de 16h30 à 17h30, scène U10 ) en présence de l’auteur.

Retrouvez l’avis de Kik.

Publié dans Ados | Marqué avec , , , , , | 2 commentaires