Sirius

sirius

/ Chapitre 2 / Dans une forêt, allongés dans la mousse printanière, Avril et Kid, sous la voute céleste, contemplent l’immensité du monde :

– Agad Avril, on peut voir Sirius tout là-haut !
– Oui Kid, c’est parce que c’est l’étoile la plus brillante.
– Et comment elle fait ?
– Ah ça je ne sais pas vraiment, il faudrait regarder dans le livre de Madame Mô ou demander au conteur, mais j’imagine que c’est parce qu’elle voit tout et entend tout.
– Comme moi et les zanimos !
– Oui ! Parce que vous êtes des étoiles aussi. Vous guidez le monde, vous êtes sa mémoire, son trésor.
– Avril lé une zétoile aussi. Kid et Avril zauront toujours les mains serrées.
– Oui Kid, ensemble, nous sommes là, vivants.

Ce n’est pas le chapitre 2 du roman, c’est seulement une tentative, une projection, un voeu. Parce que le roman se termine sur le chapitre 1, et commence au chapitre 69. Comme vers une fin décroissante, un compte à rebours. Et surtout un (re)commencement. (re)partir à zéro. Après l’apocalypse. Le chaos, la sauvagerie, la folie, l’exil. Et la survie.

A quoi pourrait bien ressembler le monde si le ciel se vidait de ses étoiles ? Stéphane Servant nous invite à suivre le chemin inquiétant, bouleversant, questionnant, rebondissant, intime et universel, d’un enfant sauvage et de sa grande soeur, rescapés d’un monde qui n’existe plus. Fait de rencontres touchantes et improbables, où se bousculent la nature, les animaux, l’homme.

Imagine une toute petite lueur, une toute petite braise, dans les toutes petites mains d’un enfant innocent. Imagine que tout le long du chemin, cet enfant brave tous les dangers et les peurs, avec le soutien infaillible de sa soeur, et de son compagnon de route et d’espoir, un cochon. Imagine qu’au bout, armé de son insouciance et de sa foi immuable, cet enfant rallume une flamme, un feu, envers et contre tout. Et que tout se tient, tout se lie, c’est peut être ça la naissance d’une étoile.

Quand l’attente d’un roman se traduit immanquablement par un grand moment de lecture et de poésie, une avalanche d’émotions, un incontournable de la rentrée littéraire, un coup de

« Quand Avril lui avait demandé ce qu’était un bon livre, la vieille dame avait souri :  » un livre avec une histoire d’amour et des larmes, beaucoup de larmes, bien sûr ! »…

Tu sais ce qu’il te reste à faire.

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La naissance des coeurs de pierre

pierre

 

Quelques lignes avant la fin « Jamais on ne pointera du doigt que c’est notre monde tel qu’il est qui a engendré tout cela. Notre monde qui a fait naître ces douleurs, ces fuites et ces silences. »

Tu sais bien, il y a des jours oū tu donnerais n’importe quoi pour faire taire cette humanité qui bouillonne en toi, pour t’assécher jusqu’à la dernière goutte de clochette, pour te réincarner en poêle que tout te glisse dessus. Et ces nuits oū tu te demandes comment faire mourir autant de toi à l’intérieur quand tu sens ton coeur tellement vivant ?

Dans ce roman, tu entendras 2 voix : celle de Jeb, 12 ans, et celle d’Aude, adolescente. Lui est sur le point d’entrer dans le Programme de la Communauté, et elle, sous la pression d’exigence parentale et prête à être sacrifiée sur l’autel du premier amour. Comment le monde fracasse l’enfance. Deux bombes humaines que tu voudrais tenir dans ta main.

J’écris à chaud, presque dans l’urgence. Ce roman m’a bouleversée en quelques heures. C’est violent, cruel, terriblement juste et injuste, vivant. Le titre parfait.

J’écrivais ces mots il y a quelques temps déjà :
Les cordes sensibles sont les branches qui frissonnent et dansent par tous les vents, quand le caillou s’emmerde ferme à être immuable et solide.
Tu sais quoi, on s’en fout si ça déborde et si t’en fous partout et si les promesses que tu te fais dans le noir de ta chambre secrète ricochent contre l’âpreté d’une réalité qui te dépasse.
On n’est pas des cailloux, merde.

Si tu veux faire vibrer les tiennes, fonce !

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Marquise

marquise

Imagine un opéra-rock en plein Versailles, un truc déjanté à faire pâlir la Marie-Kirsten de Coppola. Tout et surtout du bordel au nom du plaisir, de la frivolité et de la sainte beauté, amen !
Rythme endiablé, personnages loufoques, une intrigue initiatique et secrète, décor chargé et glam-hallucinatoire, avec en fond d’écran une critique subtile et un brin insolente du monde d’aujourd’hui. Le tout servi par une narratrice à l’humour explosif et droite dans ses bottes en cuir.
Des airs classiques et aériens comme des plumes pailletées au rock qui fait valser les perruques.. God save the Marquise !
A chaque boudoir qui s’ouvre, tu te demandes si tu vas pas croiser la Merteuil, le Valmont et Tony Montana en train de pogoter ! Rien à gommer ici, tout se tient bien jusqu’à la toute toute fin.
Un premier X’prim vraiment réussi.

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La vie encore

encore

Quand pour échapper au flot continu des perversités du monde, tu t’offres une parenthèse, une bulle, un cocon en attrapant un livre parmi d’autres.
D’abord, le titre comme une respiration. Puis une citation d’Aragon. Une lune et quelques étoiles, et les premiers mots, et ce « je », universel. Je suis la guerre des Hommes contre les Hommes.
Pourtant. Pourtant  » la vie résiste au creux des plus petits endroits ». Beauté. Je est le musicien, l’enfant, la femme, le peintre, le passant. Et l’art est résistance. Puisque lire est une évasion, aussi.
Et l’évidence des derniers mots, au futur, sans conditionnel, parce qu’on peut décider. La Paix.
Merci Thomas Scotto, Zoé Thouron, Editions Du Pourquoi Pas. Merci pour cette douce suspension. Merci de résister.
La Vie Encore, oui.

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Le Domaine

domaine

Ouvrir le domaine de Jo Witek, chez Actes Sud Junior, collection Thriller, c’est prendre des risques. D’abord, tu risques d’avoir une furieuse envie de cesser toute autre activité (sociale, professionnelle, alimentaire) et ce jusqu’à la dernière ligne. Ensuite, c’est risquer d’apprendre un certain nombre de choses et de te coucher moins bête. Notamment en ce qui concerne la faune et la flore, en particulier l’ornithologie et de limite tomber en amour de l’engoulevent. Et si tu as de la chance, je te conseille de t’installer dans un coin de nature, de fermer les yeux pour faire une pause, et d’écouter les trésors qui t’entourent. Puis, tu risques de t’attacher aux personnages, de chercher leur faille, d’observer, d’analyser, de déduire, mais c’est sans compter le talent de l’auteure qui explose dans les dernières pages. Enfin et non des moindres, quand tu auras fini, tu risques d’avoir une sensation de manque, alors je te conseille d’enchaîner sur Un hiver en enfer. Là tu verras, ce sont d’autres émotions, fortes, bouleversantes, qui vont te prendre au ventre.
J’ai lu et adoré. A tes risques et plaisirs !

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Les belles vies

vies

Bienveillance : disposition affective d’une volonté inclinant l’indulgence et la compréhension et qui vise le bien et le bonheur d’autrui.
Et c’est bien cet état qui se manifeste à la lecture du roman. A plusieurs niveaux.

D’abord, la bienveillance de cette « tata » et de ce « tonton », de ces gens accueillants des enfants perdus et cabossés de la DDASS. Il y a de l’amour chez ces gens-là. Beaucoup. Et de la patience aussi. Bel hommage à ceux qui donnent des racines et des ailes malgré les griffes de la vie.

Ensuite, la bienveillance-connivence entre tous ces jeunes qui se retrouvent dans cette campagne le temps d’un été. Eux, c’est toi, c’est moi, c’est le voisin, le fils de, la copine de classe, des ados et des plus jeunes. Sur le fil de l’enfance qui tangue mais qui ne chavire pas. Parce qu’ils sont ensemble. Plus forts. Ils se souviendront toute leur vie de ces moments. Et toi t’as la gorge serrée quand tu refermes cette parenthèse presque enchantée.

Enfin, et non des moindres, la bienveillance de l’auteur pour ses personnages. Tu le sens qu’il les aime. Il ne les lisse pas, bien au contraire, ils ont du relief, de l’épaisseur, de la vie. Tu sais ces personnages tellement incarnés qu’ils en deviennent de vraies personnes. Et toi tu t’y attaches. Tu leur souris, tu leur fronces les yeux quand ils glissent, et tu les félicites quand ils se rattrapent au bord de la route, tu vois ?

Alors, si ton quotidien est saturé de brutalités, viens donc te mettre au vert en leur compagnie, tu verras ça te fera le plus grand bien. Les bons sentiments, c’est comme les bons romans, ça se partage comme un fruit bien mûr une longue journée d’été.

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Tant que mon coeur bat

coeur

 

La littérature : ce qui dit l’humaine condition, ce qui exploite les ressources de la langue pour amplifier les effets sur le destinataire, une profération nécessaire et exigeante. Aucun doute sur la qualité littéraire de ces 2 textes.

Elle, une marionnette et Grandir Maintenant, 95 pages de haute-voltige, de haut-vertige. Deux récits intimes qui expérimentent l’amour, les amours adolescentes. D’une justesse fulgurante proportionnelle à la douleur convoquée, impulsive, intense. Sens dessus-dessous, sans demi-mesure, les mots de Godard
« totalement, tendrement, tragiquement » qui viennent cogner aux tempes. On retient son souffle, on ne retient pas les larmes.

Des phrases courtes qui subliment les silences. Le point final comme un destin suspendu. Sublime. Et le titre prend tout son sens. Irrésistiblement.

Coup de  absolu de cette rentrée littéraire. La prochaine fois qu’on me demande pourquoi j’aime la littérature dite jeunesse, je ne répondrai pas, je tendrai Tant que mon coeur bat de Madeline Roth,Thierry Magnier Éditions.
Merci pour tout ça.

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Louis Pasteur contre les loups-garous

pasteur

Il y a un an, j’avais un coup de coeur pour son premier roman, De capes et de mots. Flore Vesco revient avec Louis Pasteur contre les loups-garous, chez Didier Jeunesse, et c’est toujours aussi bon !

On suit les élucubrations scientifiques du jeune Louis, 19 ans, fraîchement débarqué de sa campagne, qui entre à l’Institution royale Saint-Louis à Paris en tant que boursier. D’une curiosité quasi obsessionnelle, Louis s’installe un laboratoire dans les combles. C’est ici que commence l’invention de la pasteurisation et du vaccin.
Il y rencontre également la jeune Constance, polie et discrète. Mais de terribles évènements surviennent. Louis et Constance mènent l’enquête. La jeune fille sage se découvre une certaine témérité et un talent indéniable d’escrimeuse. Jusqu’où iront-ils pour sauver les élèves et le roi Louis-Philippe ?

Roman policier-scientifique-historique-fantastique-romantique, rien de moins ! Avec un rythme soutenu, et le verbe rapide, nous voilà embarqués dans une histoire palpitante. D’ordinaire pas fan de lycanthropie, je me suis prise au jeu sans même m’en rendre compte. Parce que l’auteure a le don de mêler les genres avec une fluidité et un humour qui forcent l’adhésion ! Les 2 personnages se complètent, et aucun ne fait d’ombrage à l’autre. On ne voit pas le temps de la lecture passer ! Un gros bonus pour les recherches, archives et documentation, et un autre pour l’originalité des chapitres.

La formule fonctionne à plein régime :
– 300 g de rigolade
– 10 kgs d’aventure
– 10 cl de connaissances scientifiques

Un second roman vraiment réussi. On attend donc le prochain !

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Génération K tome 1

k

L’union fait la force. C’est ce que vont découvrir 3 jeunes qui ont en commun des pouvoirs surprenants dus à leur particularité génétique : un chromosome en forme de K, mutation de leur ADN qui fait d’eux des Génophores. Ils sont doublement traqués par la mafia napolitaine et un labo pharmaceutique Biomedicare. Mais sont-ils les seuls ? Commence alors une trilogie prometteuse à travers l’Europe.

Kassandre, téméraire et rebelle, prisonnière de l’aristocratie, se rêve batteuse d’un groupe de métal hurlant. En opposition totale avec son milieu social, elle nous offre une scène magistrale qui donne envie de beugler fuck you et d’envoyer valser toutes les règles ! Merci pour cette joyeuse audace, je suis tombée en amour de cette punkette !
Mina, plus sage et discrète, est la fille de la domestique de la famille de Kassandre. Elles ont été élevées par le même sein, et sont devenues inséparables. Elle est en quête d’un père inconnu. Prête à tout pour suivre son amie, elle va se révéler bien plus intrépide qu’elle n’y paraît.
Et Georges, enfant de la DDASS, tout juste sorti d’un centre de détention, n’aspire qu’à la liberté, et qu’on lui foute la paix. Un brin nerveux, assez lucide sur la réalité des choses, il a la dégaine verbale irrésistible et bien placée.

Un premier tome qui plante le décor, l’intrigue, et campe les personnages, dans un rythme soutenu. Déjà beaucoup d’actions, de surprises, d’humour servis par une alternance des 3 narrateurs. La fiction rejoint sensiblement la réalité, et c’est assez bluffant.

Après les Autodafeurs, Marine Carteron revient à grande vitesse avec talent, suspens, délice ! Captivée du début à la fin, je l’ai torpillé en 24h. Avec néanmoins un regret : c’est quand la suiteeee ??? argh ! Attention danger d’addiction à prévoir.

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La vitesse dans la peau

peau

Pascal disait « l’homme est un roseau pensant ». C’est la première chose à laquelle j’ai pensé en refermant ce roman. Elina, petite plante muette, végète au Jardin des Plantes depuis la mort brutale de sa mère. Un jour, elle observe les coureurs. Révélation : pourquoi courir dans le sens des aiguilles d’une montre ? Elle se met en route dans le sens inverse, espérant remonter le temps et la retrouver. C’est alors que Violette, adulte en fauteuil roulant et ancienne coureuse, la remarque. De conseils en révélations, le lien entre ces deux-là leur réapprend le sens de la vie.

Roman sensible où le deuil fait son chemin lent et pénible. La course à pieds comme catharsis. De belles envolées poétiques. Le plus court chemin vers la résilience n’est pas une ligne droite. Il faut du souffle et de l’endurance, de la volonté et un peu de discipline. Récit-ode à la danse et à la liberté qu’elle offre aussi. Et qui donne une furieuse envie de courir dans le sens qu’on veut !

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